La Clinique romande de réadaptation, à Sion, offre des séances de physiothérapie pour le moins originales. Le cheval est utilisé pour travailler certains mouvements spécifiques. Découverte. 

«J’ai l’impression d’être un cow-boy!» Juché sur un petit cheval, Klaus se balade dans les champs qui bordent le Rhône, à Sion. Pourtant, il n’est pas ici question de promenade au grand air pour le plaisir. Car même si le cadre est idyllique, on ne peut oublier qu’en toile de fond se dresse la Clinique romande de réadaptation. Victime d’une mauvaise chute en janvier dernier, l’alerte sexagénaire suit une séance de physiothérapie un peu particulière. Bien plus qu’une simple monture, l’islandais Saphir doit lui permettre de retrouver une partie des capacités perdues à la suite de ce traumatisme. «J’utilise les mouvements du cheval pour aider le patient à travailler, entre autres, son équilibre et la coordination de ses mouvements, explique la physiothérapeute Claudia Duperrier. Cette forme de physiothérapie se nomme l’hippothérapie-K, du nom de la personne qui a inventé cette technique.» Pour la deuxième année consécutive, la Clinique romande de réadaptation offre à ses patients la possibilité de suivre des séances directement sur son site. Une fois par semaine, Saphir se glisse alors dans la peau d’un thérapeute. Grâce à son calme à toute épreuve et son pas régulier, il donne confiance aux patients. 

Pas d’équivalent thérapeutique 

Peu à peu, Klaus se redresse. Sa musculature se détend, ses jambes se relâchent. Alors qu’il ne peut parcourir qu’une vingtaine de mètres avec des cannes, cette séance lui permet de retrouver les sensations que procure la marche. «Le cheval induit le même mouvement du bassin que si le patient marchait, souligne la physiothérapeute. Ce mouvement tridimensionnel n’a pas d’équivalent dans les autres thérapies que nous proposons à la clinique.» Il n’est pas ici question de faire du patient un cavalier! Au contraire, celui-ci doit se relaxer et suivre passivement le mouvement du cheval, sans tenter d’agir sur lui comme en équitation. Afin que la physiothérapeute puisse se consacrer pleinement à son patient, Saphir est guidé par une conductrice, qui s’assure que le pas soit constant. Une main dans le bas du dos de Klaus, Claudia Duperrier le sécurise. Parfois, elle donne une impulsion, afin de faciliter le mouvement, ou rectifie la position. «Les bénéfices sont multiples, se réjouit la professionnelle. Le déplacement de l’animal permet de mobiliser le bassin de façon sélective, tout en obligeant le patient à stabiliser le haut de son corps. Dissocier ces deux mouvements n’est de loin pas évident! Normaliser le tonus musculaire, notamment lorsque celui-ci est trop élevé, est également un objectif. La symétrie du corps s’en trouve améliorée.» 

Des indications multiples 

Il est temps pour Saphir de prendre soin de son prochain patient. Aidée par Claudia Duperrier, Laurence quitte son fauteuil roulant pour se hisser à cheval, à partir d’une rampe. Si la jeune femme souffre de sclérose en plaques, l’hippothérapie-K est profitable pour de nombreuses autres pathologies neurologiques. Accident vasculaire cérébral ou paraplégie incomplète font partie des indications les plus courantes. Cependant, sur les quelque 1000 patients annuels qui sont soignés à Sion, seule une minorité suit cette thérapie complémentaire. «Nous discutons au cas par cas avec les médecins, en fonction de la symptomatique, explique la physiothérapeute. Certains critères physiques doivent être remplis pour pouvoir en profiter, telle la capacité d’écarter suffisamment les jambes. Mais avant tout, il faut que le patient en ait envie et n’ait pas peur des chevaux!» Laurence accepte progressivement de lâcher ses mains de la poignée du surfaix. La séance, qui dure une trentaine de minutes, exige un effort non négligeable. Si les bienfaits physiques de l’hippothérapie-K ont été démontrés, le contact avec le cheval permet également d’apporter une bouffée d’oxygène bienvenu dans le quotidien difficile de ces patients. Avant de regagner sa chambre, la jeune femme n’oublie pas d’offrir une carotte à son thérapeute à sabots.

Séance de physiothérapie
Le temps d’une séance de physiothérapie pour le moins originale, Klaus quitte son fauteuil roulant pour une sortie en plein air. Les mouvements naturels de «Saphir», au pas, lui permettent de se redresser et de détendre sa musculature.
La physiothérapeute Claudia Duperrier
La physiothérapeute Claudia Duperrier sécurise son patient, une main dans le bas du dos, imprimant parfois un mouvement particulier.

Cette thérapie est proposée dans plusieurs cliniques en Suisse

D’autres cliniques suisses ont également intégré l’aide du cheval en hippothérapie-K dans leur offre de soins. C’est le cas notamment de la Clinique bernoise, à Montana (VS), qui emploie essentiellement le cheval pour des patients souffrant de sclérose en plaques. Le Centre suisse des paraplégiques, à Nottwil (LU), ainsi que la clinique de neuroréhabilitation REHAB, à Bâle, y ont également recours. En Suisse romande, seuls quatre physiothérapeutes indépendants offrent cette prestation dans leur propre structure ou en collaboration avec un centre équestre. L’hippothérapie-K est prise en charge par l’assurance maladie pour la sclérose en plaques, chez l’adulte, et par l’assurance invalidité pour l’infirmité motrice cérébrale (IMC) ainsi que les handicaps physiques et cognitifs graves chez l’enfant, comme la trisomie 21. À la Clinique romande de réadaptation, les coûts sont inclus dans le forfait journalier. 


Une formation spécifique

L’hippothérapie-K consiste à pratiquer de la physiothérapie avec l’aide d’un cheval. Cette méthode a été développée par la Bâloise Ursula Künzle à la fin des années 1960. Seuls les physiothérapeutes bénéficiant de bonnes connaissances hippologiques théoriques et pratiques, ainsi que d’une expérience professionnelle de deux ans au minimum peuvent suivre la formation. Une spécialisation en neurologie est également exigée. Les cours se déroulent sous la forme de module à Winterthour (ZH), en allemand. L’hippothérapie-K ne doit pas être confondue avec la thérapie avec le cheval (TAC), qui prend en compte l’individu dans sa globalité, en intégrant le plan psychique. 


Véronique Curchod