Depuis le début de l’automne, les chasseurs arpentent les forêts de Suisse romande. Mais sans l’aide de leurs chiens, nombre d’entre eux rentreraient bredouilles. L’éleveur jurassien Michel Buchwalder nous explique comment former des chiots à cette tâche. 

Un braque de Weimar, deux épagneuls bretons, un terrier allemand et un chien courant lucernois: Michel Buchwalder possède cinq chiens de chasse accomplis. Chasseur, garde-chasse auxiliaire, juge de travail et éleveur de braques de Weimar, c’est un fin connaisseur de l’univers cynégétique. Il arpente les forêts jurassiennes en compagnie de son épouse Claudine sur les traces de gibiers divers. Chacun de leurs animaux a sa spécificité. Callas est habile à lever chevreuils et lièvres, mais l’odeur du sanglier lui répugne. Manif ne chasse que les bécasses, faisans et perdreaux. Coca est particulièrement rusé pour traquer le renard. Fayette-des-Neuf-Champs, issue de son élevage, retrouve la trace de tout animal blessé. Quant à Inouk, il est polyvalent. Tous les cinq surprennent par leur calme, leur sang-froid et leur bonhomie. Les poules qui se baladent dans la cour n’éveillent même pas leur intérêt. 

«Un chien de chasse doit savoir faire la différence entre la période de travail et celle de repos, souligne le spécialiste de Rebeuvelier. J’accorde donc beaucoup d’importance à la sociabilisation et à l’éducation de mes propres chiens, ainsi que des chiots qui naissent à l’élevage. Ce sont avant tout des compagnons de vie, qui doivent être agréables au quotidien. La majorité du temps que nous partageons avec eux se déroule en effet en dehors de la période de chasse.» 

Une base génétique 

Le chien joue un rôle essentiel dans le cadre de la chasse, mettant à disposition de l’homme son odorat hors norme et ses capacités sportives à traquer inlassablement le gibier. Sans son aide, le chasseur n’a guère d’autres options que l’affût, plus aléatoire. Mais obtenir un bon chien de chasse est complexe, car de nombreux paramètres entrent en ligne de compte. «Pour être performant, il doit à mes yeux réunir trois qualités de base: une capacité olfactive supérieure à la moyenne, la volonté et l’envie de chercher du gibier, ainsi qu’une bonne dose de confiance en soi, explique Michel Buchwalder. Son nez va notamment lui permettre de remonter la piste d’un animal qui diffuse peu d’odeur, comme la bécasse.» Ces capacités étant grandement influencées par la génétique, les éleveurs sélectionnent les sujets qui présentent les meilleures aptitudes pour cette utilisation. Des lignées spécifiquement orientées sur la chasse existent ainsi au sein des diverses races créées par l’homme, comme les fox-terriers ou le labrador. Des épreuves d’élevage ont été créées pour mettre en valeur les aptitudes naturelles des chiens. «Mais il ne suffit pas de croiser deux reproducteurs aux capacités avérées pour avoir un animal qui soit également performant», reconnaît le chasseur. L’éducation et le dressage, notamment, jouent un rôle important. Dans ce contexte, les premières semaines de vie sont déterminantes. 

Des sens en éveil 

Dès l’âge de 4 semaines, Michel Buchwalder imprègne donc spécifiquement ses chiots pour la chasse. «J’essaie d’éveiller et de stimuler leurs sens en les confrontant à une multitude d’odeurs de gibier qu’ils seront susceptibles de rencontrer: renard, faisan, martre. La désensibilisation aux coups de feu est également capitale. Une mère calme répercutera son comportement serein sur ses chiots, qui ne seront ainsi pas effrayés par le bruit. Toute leur éducation se déroule de manière ludique.» Si l’imprégnation des chiots est identique, quelle que soit la race, le mode de chasse que l’amateur va pratiquer par la suite nécessite ensuite un travail particulier (voir l’encadré ci-contre). «La formation des chiens d’arrêt est certainement la plus complexe, observe l’éleveur. Ceux-ci doivent en effet maîtriser de nombreux éléments. Réussir à immobiliser le gibier – une bécasse par exemple – par sa seule attitude demande une grande maîtrise de la part du chien. S’il s’approche trop, l’oiseau va s’envoler. S’il reste trop loin, celui-ci ne restera pas immobile. Certains le font plus ou moins naturellement.» Rien n’étant acquis pour la vie, Michel Buchwalder passe beaucoup de temps à maintenir les acquis, en répétant souvent les exercices. Chaque semaine de l’année, ses chiens s’entraînent ainsi à pister «pour de faux» un animal.

Éleveur de braque de Weimar et chasseur, Michel Buchwalder est expert dans la formation de chiens de chasse. «Fayette» (ci-dessous) est capable de retrouver la trace de tout animal blessé. Ses cinq chiens ont tous leur spécialité, certains étant plus à l'aise dans la chasse de tel ou tel gibier.

Fayette et son maître

Fayette


Bon à savoir

A chaque chien sa spécialité

Traquer le faisan, le chevreuil ou le sanglier exige une technique de chasse et des compétences différentes. Des races de chien spécifiques ont ainsi été sélectionnées au fil des siècles. Certains, principalement les terriers et les teckels, sont destinés à déloger de leur tanière des animaux comme le renard ou le blaireau. Les chiens courants et de recherche au sang, à l’image des griffons et des bassets, poursuivent quant à eux le gibier grâce à leur flair exceptionnel. Donnant de la voix, ils l’amènent à proximité du chasseur, posté pour tirer. Ils sont également capables de retrouver les animaux blessés. Les chiens d’arrêt, tel le braque de Weimar, indiquent la présence de gibier en marquant l’arrêt à proximité de celui-ci, de manière à l’immobiliser. Quant aux rapporteurs et leveurs de gibier, comme le labrador, ils ramènent leur butin au chasseur.

Chien de chasse


Races Suisses

Elles ne manquent pas de talent

En Suisse romande, le type de chasse le plus fréquemment pratiqué est la chasse au chien courant. Cette spécificité s’explique d’une part par le type de gibier privilégié – chevreuil, sanglier, lièvre –, d’autre part par la topographie de notre région, qui comporte de nombreux vallonnements. Il existe quatre races suisses connues pour leur efficience à traquer le gibier: bruno du Jura, courant bernois, courant lucernois, courant schwytzois. Réputés pour leur endurance et leur vigueur, ils ont des origines très anciennes. Leur présence au temps de l’Helvétie romaine est attestée sur des mosaïques.


Véronique Curchod