Afin de contribuer à une bonne cohabitation entre humains et canidés, tout propriétaire de chien est tenu de maîtriser son animal, sous peine de sanctions. Un brevet national vise à encourager la formation. 

Depuis deux ans, les propriétaires de chiens n’ont plus l’obligation de suivre les cours de formation qui étaient jusqu’alors prescrits au niveau fédéral. Cette loi avait notamment pour objectif de garantir la sécurité publique. La levée de cette exigence à la demande de l’Assemblée fédérale ne dispense cependant pas d’éduquer son compagnon sur une base volontaire. Le propriétaire d’un canidé a en effet une responsabilité importante vis-à-vis de la société, son animal ne devant mettre personne en danger. Tant la branche vétérinaire que les fédérations cynologiques tentent de sensibiliser les personnes concernées à l’importance de ne pas négliger cet aspect. 

Prévenir les morsures 

«La grande majorité d’entre eux comprend cette nécessité, salue Christian Zingg, responsable de la formation au sein de la Fédération romande de cynologie. En outre, un animal obéissant est plus agréable à vivre au quotidien, ce qui profite en premier lieu au propriétaire lui-même.» Les clubs canins n’ont ainsi pas vu une baisse significative du nombre de pratiquants, depuis que la formation n’est plus obligatoire. «Beaucoup d’entre eux prennent contact sur les conseils de leur vétérinaire, observe François Descombes, président de la Société cynologique Orbe (VD) et environs et éducateur canin. Je les trouve souvent plus motivés que lorsqu’ils venaient contraints par la loi.» 

Afin de protéger la population, toute morsure causée sur un être humain ou un autre animal ainsi qu’un comportement inapproprié doivent être notifiés au Service vétérinaire cantonal par les professionnels. Cette prescription légale permet de détecter les éventuels chiens agressifs, de les évaluer et de prendre ensuite les mesures adéquates, tel le suivi d’une formation. «Cette mesure a un effet dissuasif, qui vise à responsabiliser les détenteurs de chiens à vivre en harmonie avec leur environnement, souligne le vétérinaire cantonal fribourgeois, Grégoire Seitert. Une obligation supplémentaire ou nouvelle n’est pas forcément un gage de discipline.» Bien que, dans la majorité des cantons romands, les cas de morsure soient ces dernières années en augmentation, les vétérinaires cantonaux n’y voient pas une corrélation directe avec la suppression des cours obligatoires. «Cet accroissement semble plutôt résulter d’une amélioration de la collaboration avec la police, les vétérinaires et les médecins, qui constituent la principale source des annonces», explique Michel Rérat, vétérinaire cantonal genevois. Les divers cantons mettent également l’accent sur la prévention en apprenant aux enfants à se comporter de manière adaptée avec un chien connu ou inconnu, via le programme «Prévention des accidents par morsure de chien». 

De la théorie à la pratique 

Pour encourager les propriétaires à éduquer leur chien, un brevet national a été mis sur pied par plusieurs organisations faîtières vétérinaires et cynologiques. Cette formation pratique et théorique est validée par un examen. Plus de 150 instructeurs ont été formés en Suisse romande et sont habilités à dispenser ce cours. Le succès escompté n’étant pour l’heure pas au rendez-vous, une nouvelle formule se met en place cette année. Un carnet, qui contient l’ensemble de la matière du brevet, permettra d’attester progressivement les objectifs atteints, de façon modulaire. Cette flexibilité devrait séduire les propriétaires, qui ont ainsi un objectif clair de formation. «Pour s’intégrer harmonieusement dans notre société, le chien doit pouvoir accompagner son maître partout, que cela soit au restaurant, dans un magasin ou dans le train, relève l’éducateur canin François Descombes. Un bon rappel, notamment, est essentiel pour pouvoir le lâcher sans crainte en forêt. Il faut en outre qu’il soit bien socialisé, afin de pouvoir côtoyer canidés et humains sans agressivité. L’apprentissage débute dès le plus jeune âge, car de mauvaises habitudes sont ensuite difficiles à corriger.» 


Différences d'un canton à l'autre

Les personnes qui souhaitent détenir un chien doivent se renseigner sur la législation en vigueur dans leur lieu de domicile. Dans le canton de Vaud, une autorisation ainsi que l’obligation de suivre des cours 

et de réussir un test de maîtrise sont nécessaires pour l’american staffordshire terrier, l’american pit bull terrier et le rottweiler, ainsi que pour les chiens dont un des géniteurs appartient à l’une de ces races. Fribourg a introduit cette contrainte pour quatorze races, dont le doberman, 

le dogue argentin et le mastiff. À Genève, les détenteurs de chiens de grande taille (plus de 25 kg et 56 cm au garrot) doivent réussir un test de maîtrise et de comportement avec leur animal, dès que celui-ci 

a atteint l’âge de 18 mois, auprès d’un éducateur canin agréé. En outre, quinze races sont interdites dans le canton. Le Valais a également opté pour l’interdiction formelle de détenir sur son territoire douze races, parmi lesquelles le doberman et le rottweiler. Dans les cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel, aucune restriction n’a été mise en place. 


Véronique Curchod