Accompagnant certains agents de sécurité, bergers allemands et belges, notamment, contribuent à maintenir l’ordre et la sécurité lors de rondes nocturnes. Une mission qui demande tact et concentration. 

Lorsque la fête est finie, il est temps de rentrer chez soi. Mais pour certains, le moment est venu d’entrer en action. Girons de jeunesse, concerts, fêtes sportives ou culturelles: la surveillance nocturne des manifestations devient le souci premier des organisateurs. Ces derniers craignent souvent des actes de vandalisme, des vols ou des déprédations aux installations. Des rondes de sécurité sont accompagnées par des agents pour le moins particuliers: les chiens de service, qui ne sont pas là pour faire uniquement de la figuration. «Grâce à leur flair et à leur ouïe hors normes, ces animaux perçoivent des choses qui nous échappent, ce qui nous permet de gagner en efficacité, relève Christian Guisolan, patron de la société de sécurité Rainbow Security, à Ponthaux (FR). Ils peuvent notamment détecter des personnes dans des lieux sans visibilité ou reconnaître des situations anormales à une grande distance.» Malgré ces atouts non négligeables, les entreprises travaillant dans le domaine de la sécurité sont peu nombreuses à faire appel à ces collaborateurs quelque peu particuliers. «Au sein de notre entreprise, seul un faible pourcentage de nos agents interviennent avec un chien, signale Sébastien Voisard, responsable du service de formation de Securitas, à Lausanne. Le coût pour la formation et la mise en service d’un tandem agent et chien représente un frein à son développement. De plus, les agents doivent alors posséder leur propre animal, qui continue à partager leur vie en dehors du travail.» 

Prévenir les agressions 

Le champ d’action des chiens de sécurité est vaste. Si durant l’été on requiert souvent leurs services lors de manifestations festives, pour aider à maintenir l’ordre, le renforcement de la surveillance sur des sites sensibles comme des parkings privés ou des immeubles en fin de construction fait également partie de leurs tâches. Lorsqu’une alarme de protection se déclenche dans un bâtiment privé, ils permettent de rapidement lever le doute sur la présence d’un éventuel malfaiteur. Ils aident à s’interposer entre deux groupes quand le ton monte ou face à une personne qui veut passer malgré une interdiction. «Le chien possède un effet dissuasif important et évite ainsi qu’une situation délicate ne dégénère, constate Jean-Jacques Tuller, de l’ACSS, Agence canine sécurité surveillance, à Buttes (NE). Face aux personnes alcoolisées ou malintentionnées, lors de bagarres notamment, il permet de désamorcer les tensions.» Le chien doit cependant être capable de rester impassible lors de situations conflictuelles et n’intervenir que sur ordre de son maître. «Nous devons trouver le bon équilibre entre faire aboyer l’animal et le garder calme, sous peine de risquer au contraire d’attiser les tensions», explique le Neuchâtelois. 

Un équipier à part entière 

Quel que soit le contexte, le chien seconde son maître. Les oreilles qui se dressent, à l’affût, le regard tourné fixement dans une direction, il l’alerte lorsqu’un danger potentiel ou un intrus se présentent. Dans certains cas, il peut être amené à devoir le protéger en maintenant l’agresseur à distance, voire à attaquer ce dernier en cas de légitime défense. Pour garder son efficacité, il travaille cependant sur de courtes périodes, d’une trentaine de minutes, entrecoupées de pause. Surveiller un secteur demande en effet une concentration considérable. Dans certaines situations, les agents renoncent néanmoins à emmener leur chien: un terrain où le risque de blessure est élevé, par exemple à cause de bris de verre, une foule dense ou un lieu avec du bruit élevé. 

«Mon chien fait très bien la différence entre le travail et le loisir, se félicite Christian Guisolan. Dès que je lui mets son harnais et que j’enfile mon uniforme, il sait qu’il doit être attentif. En dehors du service, il peut être caressé par de jeunes enfants. À mes yeux, il est bien plus qu’un simple partenaire de travail. Lorsque je suis seul à surveiller un site, je sais que je peux lui faire une confiance totale et qu’il sauvera ma vie si nécessaire.»

Sécurité homme-chien
Christian Guisolan, en patrouille avec son chien «Larko».

Des races privilégiées

Pour intervenir comme chien de service, des critères précis doivent être remplis: obéissance, fiabilité, capacité de mordre sur commande, carrure imposante. Certaines races, tels les bergers allemands, belges ou hollandais, ont des prédispositions naturelles pour cette fonction. Très réceptifs au dressage, ils aiment apprendre et gardent longtemps en mémoire les enseignements reçus. De plus, ils imposent le respect par leur prestance. Ils ont l’avantage d’être acceptés dans toute  la Romandie, contrairement au rottweiler ou au doberman, qui, s’ils pourraient tout  à fait remplir ce rôle, sont interdits dans certains cantons. Au sein de ces races,  des lignées dites «de travail» ont  spécifiquement été sélectionnées.


Un entraînement spécifique

Les agents de sécurité qui travaillent avec un chien possèdent toujours leur propre animal. Le binôme est tenu de passer tous les deux ans un examen, qui permet de vérifier que le canidé est sous le contrôle de son maître en toute situation. Le chien est en effet considéré dans ce cas comme une arme. La réaction aux coups de feu, l’obéissance, le rappel, ainsi que la capacité de mordre et lâcher sur commande sont notamment évalués. Si la base de la formation est similaire à celle d’un chien de sport, les enjeux pour le chien de patrouille ne sont pas identiques. Le premier perdra au pire des cas des points en concours, tandis que le deuxième, en cas d’erreur, peut mettre la vie de son maître en danger. Pour parfaire la formation de l’animal, un entraînement en situation réelle, dans des endroits semblables à ceux où il sera amené à travailler – rues, entrepôts, parkings – est donc impératif.


Véronique Curchod