Un dos et des oreilles qui dépassent à peine d’un champ ou d’une vigne enherbée: pas de doute, c’est bien un lièvre brun! Il n’est pas rare d’en apercevoir dans les cultures, en plaine comme en moyenne montagne.

SENS TRÈS DÉVELOPPÉS 

Classé dans l’ordre des Lagomorphes, le lièvre brun est un mammifère aux sens affûtés. À son odorat et son ouïe très fins s’ajoute une vue hors norme, ses yeux légèrement exorbités permettant une vision à 360 degrés. Le bossu ou rouquin, comme on l’appelle parfois, Luc Jacquemettaz le rencontre lors de ses tournées en tant que surveillant permanent de la faune de la circonscription Lavey – Ormonts-Dessus (VD). «J’observe régulièrement le lièvre brun dans les milieux très cultivés de plaine, à basse altitude, comme en moyenne montagne jusqu’à 1500 m.» Se tenant souvent ramassé sur lui-même, l’animal est plus grand qu’il n’y paraît. Du museau à la queue, il mesure jusqu’à 75 cm pour un poids moyen de 3 à 5 kg. 

TERRES NOURRICIÈRES 

Timide, le lièvre ne se montre que rarement en pleine journée dans ses habitats de prédilection, qui touchent différents milieux. «Cette espèce aime la tranquillité et se tient donc volontiers dans les hautes herbes pour s’y dissimuler. Un régime alimentaire composé de plantes herbacées cantonne le lièvre à proximité des grands terrains agricoles, du vignoble, des friches et des jachères comme des bosquets. Nocturne, il s’aventure hors de son gîte au crépuscule pour s’alimenter.» Progressant par petits bonds, il se nourrit tout en surveillant ses arrières, les sens en alerte. «L’adulte n’a toutefois pas à craindre une attaque du renard et il m’est arrivé de repérer les deux animaux à quelques mètres l’un de l’autre. L’un attiré par les herbes tendres, l’autre à la chasse au campagnol», relève le garde-faune. 

JOUTES AMOUREUSES 

En période de reproduction, les lièvres se retrouvent à plusieurs. «Le rut, appelé aussi bouquinage, débute en janvier pour se prolonger jusqu’en octobre. Plusieurs mâles poursuivent une hase de leurs assiduités et le plus athlétique sort vainqueur de cette rivalité. Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, ce ne sont pas les mâles qui se battent entre eux lors de ces véritables pugilats, mais les femelles qui les repoussent violemment lorsqu’elles ne sont pas réceptives.» L’accouplement est bref. À charge de la femelle de prendre soin de la future progéniture qui naîtra 41 jours plus tard. «Une capacité reproductrice propre au lièvre, la superfétation, permet à la hase d’être à nouveau fécondée alors même qu’elle va mettre bas dans les jours qui suivent.» 

FRAGILES LEVRAUTS 

À la différence du lapin de garenne, le lièvre se contente de gîtes rudimentaires. Les levrauts nouveau-nés sont donc logés à la même enseigne. «La hase met bas dans une simple dépression du sol camouflée dans la végétation. Une portée compte de 1 à 3 petits et il y en plusieurs dans l’année. Après un allaitement étalé sur 3 à 5 semaines, ils sont autonomes et atteignent leur maturité sexuelle à l’âge de 4 à 5 mois déjà. La prédation est cause d’une forte mortalité à cette période. Bien que dépourvus d’odeur durant leurs premières semaines, les jeunes sont victimes du sanglier, de l’aigle royal, du renard, mais aussi des martres, fouines et chats domestiques parfois. Seuls les deux premiers s’en prennent aux adultes.» 

EFFECTIFS VARIABLES 

La population de lièvres fluctue depuis des années dans notre pays. «L’espèce est touchée par des maladies comme la tularémie ou l’hépatite virale et la coccidiose, un parasite. De mauvaises conditions météorologiques sont également néfastes pour les portées. Quant à la chasse, elle est à la baisse, ce gibier étant moins prisé qu’autrefois. En 2019, 96 lièvres ont ainsi été tirés dans le canton de Vaud, soit deux fois moins qu’en 2010. Par ailleurs, pour favoriser la reproduction, certains territoires bien délimités sont interdits de chasse en plus des réserves au sein desquelles l’animal est protégé. Enfin, les méthodes plus extensives utilisées ces dernières années en agriculture et en viticulture ont aussi un impact positif sur les effectifs de lièvres», conclut Luc Jacquemettaz.

Lièvre brun
Les méthodes de cultures extensives sont favorables au lièvre brun. Il trouve notamment une bonne source de nourriture dans les parcelles de vignes plus enherbées et moins traitées que par le passé. Pour autant que le site soit tranquille, il peut y passer toute la journée.

Daniel Aubort