En Suisse, près d’un ménage sur deux possède un animal de compagnie. Pourtant, lorsqu’un membre de la famille se révèle allergique, le quotidien peut virer au cauchemar. Des solutions existent cependant. 

Les yeux qui piquent, le nez qui coule et des difficultés à respirer: quand on est allergique aux animaux, le contact avec les bêtes à plumes et à poils est fortement déconseillé. Pourtant, y renoncer n’est pas forcément évident, d’autant plus si les autres membres de la famille caressent l’espoir de pouvoir adopter un persan ou un chihuahua. En Suisse, 3,8% des adultes sont sensibilisés aux allergènes de chat, contre 2,8% à ceux de chien. «Les allergies aux autres animaux de compagnie, comme les lapins ou les serpents, sont également possibles, mais nous ne possédons pas de chiffres spécifiques, observe Laure Tercier, d’aha!, Centre d’allergie suisse. Les cas sont très probablement en augmentation, un phénomène lié au fait que de plus en plus de ménages possèdent des animaux domestiques et ont ainsi un contact étroit avec eux.» 

Cette sensibilité peut se développer à tout âge, une personne souffrant déjà d’autres allergies respiratoires, par exemple aux pollens, ayant un risque plus élevé de devenir allergique aux animaux. Lorsqu’on évoque cette pathologie, on imagine habituellement que les poils sont en cause. Recueillir un chat de la race sphynx, entièrement nu, serait-il la solution? «Certainement pas, car ce n’est pas le pelage qui pose problème, relève Laure Tercier. Les allergènes sont localisés dans la salive, la peau et parfois l’urine.» En se léchant, le chat et le chien répartissent ensuite ces protéines sur l’ensemble de leur corps. 

Des races hypoallergéniques 

Malgré tout, il existe des alternatives pour les personnes allergiques qui ne peuvent abandonner l’idée d’adopter un animal. À Villars-sur-Ollon (VD), Barbara Bourenkov accueille ainsi régulièrement des familles touchées par ce problème. «Elles viennent tester si mes chats déclenchent ou non des symptômes en passant un moment avec eux, explique-t-elle. Dans 80% des cas, cela fonctionne, pour autant que les personnes ne soient pas en plus asthmatiques! En quinze ans, plusieurs dizaines de mes chatons ont ainsi été placés chez des propriétaires allergiques.» Ce succès étonnant est dû à la race particulière élevée par la Vaudoise sous l’affixe d’Arioska, le sibérien. Réputé pour ses propriétés hypoallergéniques, celui-ci produit en effet une plus faible quantité de la protéine responsable de l’allergie en comparaison avec la majorité des autres races. Cette spécificité permet ainsi de réduire les symptômes, voire de les éliminer totalement. D’autres félins, comme le bleu russe, sont connus pour des caractéristiques similaires. «Les chats castrés ou stérilisés sont également moins allergisants que leurs homologues entiers», relève l’éleveuse. 

Une sensibilité qui varie 

Du côté des chiens, certaines races déclenchent également moins de réactions indésirables que d’autres. L’allergène se trouvant principalement dans la salive, les canidés qui bavent beaucoup sont à éviter, à l’image des bouledogues français ou des saint-bernards. De plus, le pelage contribuant à la diffusion de l’allergène, un animal qui perd peu ses poils devrait être privilégié. Le shih tzu, le bichon maltais, le caniche et le basenji sont ainsi réputés pour être hypoallergéniques. Chez le cheval, responsable de nombreuses allergies, le curly possède des propriétés similaires. 

La sensibilité variant d’une personne à l’autre, mieux vaut côtoyer étroitement l’animal choisi avant de se lancer dans une adoption. On ne compte en effet plus les familles déçues qui ont dû se séparer de leur compagnon favori après l’avoir accueilli dans leur foyer. «Si on peut observer des différences entre les races de chiens et de chats, ceux-ci restent allergisants», rappelle Laure Tercier.


Quelques astuces utiles

Pour les personnes qui se découvrent allergiques et ont déjà un animal de compagnie, les traitements médicamenteux, à base d’antihistaminique, ne sont pas une solution à long terme. Uniquement symptomatiques, ils ne guérissent pas et doivent être pris en permanence. Quant à la désensibilisation, les médecins allergologues ont tendance à la déconseiller, si elle a pour but de prendre ou de garder un animal de compagnie, le risque d’effets indésirables étant trop élevé. Certaines mesures permettent cependant de réduire la quantité d’allergènes présents dans l’appartement. Ceux-ci se lient en effet aux particules de poussière, planant des heures dans l’air avant de retomber sur le sol, et adhèrent également aux cheveux et aux vêtements. Enlever les tapis, passer régulièrement l’aspirateur, aérer quotidiennement les chambres, se laver les mains après chaque contact avec l’animal, ne pas le brosser soi-même, l’empêcher d’accéder à la chambre à coucher sont autant de gestes à adopter. Dans certains cas, placer son compagnon dans un autre foyer reste malheureusement la seule solution.

En adoptant certaines mesures qui réduisent la quantité d’allergènes présents dans l’appartement et en choisissant une race dite hypoallergénique, une partie des personnes allergiques peuvent cohabiter en toute quiétude avec un animal de compagnie. De quoi réjouir les enfants, souvent très demandeurs! 


Témoignage

«Depuis deux ans, ma famille et moi partageons notre quotidien avec deux adorables félins, ce que je n’aurais jamais cru possible, se réjouit Stéphanie C., d’Épalinges (VD). J’ai en effet été diagnostiquée comme gravement allergique aux animaux. Si ce petit miracle existe, c’est grâce à une race particulière, le sibérien. Après m’être rendue plusieurs fois chez des éleveurs où je n’ai pas ressenti de symptômes, nous avons adopté Camille, puis Nikita. L’immunologue qui me suit a d’ailleurs été surpris que mon état ne s’aggrave pas. Si je ne réagis pas à leur présence, je reste allergique aux autres animaux, la désensibilisation que j’avais tentée il y a quelques années n’ayant pas fonctionné. Lorsque je me rends par exemple chez ma belle-mère qui a un chat de gouttière, je souffre très rapidement de symptômes respiratoires.»


Véronique Curchod