La Fédération romande d’élevage du poney suisse CH fête cette année ses 50 ans. Découverte d’une race qui se distingue par ses qualités sportives et son tempérament équilibré. 

Dans les prés qui entourent la ferme de Gérald Risse, à Pont-la-Ville (FR), s’ébattent plusieurs équidés. En s’approchant de plus près, on réalise que ceux-ci sont de petite taille, même si leur élégance et leur déplacement aérien ressemblent à ceux de chevaux de sport. «Ce sont des poneys suisses CH, qui correspondent au demi-sang suisse CH en taille réduite», explique le Fribourgeois. Voilà vingt-cinq ans que cet éleveur, actuel président de la Fédération romande d’élevage du poney suisse CH, se consacre à cette race. Tout a commencé avec la naissance de ses enfants. «Je leur ai acheté un petit poney, raconte-t-il. Les premiers poulains sont nés dans la foulée. Les enfants grandissant, j’ai cherché progressivement à augmenter la taille de mes sujets, en choisissant des étalons plus grands.» Le poney suisse CH varie en effet de moins de 100 cm au garrot jusqu’à 148 cm, ce qui permet de proposer aux jeunes cavaliers des montures adaptées à leur stature quel que soit leur âge. Si de nombreux poneys sont nés sur ses terres, Gérald Risse est particulièrement fier de son étalon Fayko-de-la-Combert. Celui-ci, ayant pour origine les étalons Machno-Carwyn et Leam-Finnigan, réunit les deux courants de sang qui ont marqué l’évolution de la race. «L’objectif de notre fédération est de produire un équidé qui ait la taille et la rusticité d’un poney, mais l’apparence d’un petit cheval, avec de belles allures et des aptitudes sportives. On cherche la polyvalence: ce poney doit à la fois pouvoir être utilisé en compétition – saut, attelage ou dressage, notamment –, mais également en loisirs, pour de la randonnée.»

Passeport suisse

Issu d’un croisement de diverses races étrangères – comme le connemara, le shetland, le welsh et même l’arabe –, le poney suisse CH a pour caractéristiques d’être né dans notre pays. De plus, son père doit être un étalon approuvé par la Fédération romande d’élevage du poney suisse. «Nous pouvons compter sur des reproducteurs de qualité, se réjouit Gérald Risse. Certains d’entre eux ont non seulement eu euxmêmes de très bons résultats en compétition au niveau international, mais ont également transmis leurs capacités sportives à leurs produits.» Pour être inscrit comme poney suisse CH, le poulain doit être présenté devant des juges vers l’âge de 6 mois, afin que sa morphologie et ses allures soient notées. Dès 3 ans, il peut ensuite passer un test d’aptitude, qui juge son attitude à pied, en selle et/ou à l’attelage, selon l’option choisie. «Le caractère joue un rôle déterminant dans la sélection, souligne le président de la fédération. Nous confrontons le poney à diverses situations – par exemple avec un parapluie ou une bâche au sol –, afin de juger son tempérament. Comme il sera confié à des enfants, son équilibre mental, qui doit être irréprochable, est fondamental.» Depuis les débuts de la race, la qualité des sujets a nettement augmenté. «Nous sommes de plus en plus exigeants au niveau de la morphologie, que cela soit les aplombs, la ligne du dos ou les allures.» Sous peu, un poulain issu de l’étalon de Gérald Risse devrait voir le jour à Pont-la-Ville. Son avenir est cependant encore incertain, entre loisir et sport amateur ou de haut niveau. Car si ses origines lui donnent de bonnes bases pour avoir les capacités de briller dans les différentes disciplines équestres, la difficulté sera de le valoriser. Une bonne base génétique n’est en effet pas suffisante pour que ce dernier soit performant. La manière dont le poneyest entraîné dès l’âge de 3 ans joue un rôle déterminant sur la suite de sa carrière sportive.

Du loisir au sport

Si les poneys de plus grande taille peuvent être entraînés par des adultes, avant d’être mis entre les mains des enfants, ce n’est pas le cas des plus petits, qui sont obligatoirement montés par de jeunes cavaliers. Outre le sport, le loisir représente un autre débouché pour les poneys suisses CH, malgré la difficulté de devoir alors faire face à la concurrence étrangère, qui produit des montures à des tarifs bien plus attractifs. «Choisir un poney né et élevé au sein de notre fédération permet de s’assurer de ses qualités et de ses origines, s’enthousiasme Gérald Risse. En attelage, en concours complet ou en saut, les sujets de nos éleveurs se distinguent régulièrement par leurs bons
résultats.»

Gérald Risse
Gérald Risse est particulièrement fier de son étalon «Fayco-de-la- Combert».
Poney blancs
Le poney suisse CH peut aussi bien devenir un agréable compagnon de loisir qu’un athlète de compétition. En outre, sa taille qui varie de moins de 100 cm au garrot à 148 cm permet que chaque enfant trouve une monture à sa taille.

En chiffres

Cette race, c’est:

  • 148 cm au garrot, sa taille maximale.
  • 4 catégories, en fonction de sa hauteurdu A au D
  • 5500 sujets inscrits au stud-book depuis les débuts
  • 22 poulains nés en 2018
  • 30 étalons approuvés à la reproduction dont 16 poneys suisses CH
  • 1969, année de la reconnaissance de la race

Questions à

Chantal Wipraechtiger

Chantal Wipraechtiger, de Gland (VD), présidente du Poney Sport romand

Comment se portent les épreuves poney de saut en Suisse romande?

Elles remportent à nouveau un franc succès, après une période difficile durant laquelle l’intérêt pour ce type de compétition n’était plus présent. Ce changement positif est dû en grande partie à la mise sur pied par notre association d’épreuves spéciales challenges, dont «le style», qui donnent à tous la
possibilité de participer, même avec des montures de club. Si le nombre de perches tombées compte, la position du cavalier, le soin apporté à la préparation du poney, entre autres, sont également jugés. Depuis l’an dernier, les différentes manches donnent lieu à un classement annuel, sous la forme d’une coupe. Les plus petites catégories, avec des poneys de taille A ou B, ont particulièrement été redynamisées. Grâce à ce système, actuellement, les meilleurs cavaliers poneys de Suisse sont presque tous Romands.

Les jeunes cavaliers romands sont-ils aussi compétitifs sur le plan international?

Le prix des poneys freine le développement du haut niveau. Une monture qui puisse concourir en épreuves internationales se négocie en effet entre 50 000 et 150 000 francs minimum. À ce tarif-là, il est difficile pour de nombreux parents d’en acquérir une pour leur enfant, aussi bon ce dernier soit-il. Au sein du Poney Sport romand, nous essayons d’encourager la mise en location de poney, afin de proposer une alternative plus abordable. Nous avons cependant quelques très bons cavaliers romands qui commencent à percer.

Les bons cavaliers à poney seront-ils les champions de demain? 

Probablement. La majorité des meilleurs athlètes actuels – Steve Guerdat en tête – sont passés par les compétitions de poneys avant de concourir avec les chevaux. Ces épreuves, particulièrement pour les enfants qui peuvent se mesurer au niveau international, permettent d’acquérir la maturité et le niveau d’équitation nécessaires, afin de poursuivre ensuite avec succès une carrière sportive chez les juniors, puis les jeunes cavaliers et l’élite.


Apport de sang étranger

 Terre&Nature n’est pas tout à fait étranger à l’existence du poney suisse CH. En effet, en 1969, deux Vaudois ont fait paraître une annonce dans  le journal. L’objectif était alors de sonder l’intérêt quant à la création d’un syndicat d’élevage réservé aux poneys. Le développement de l’équitation de loisir nécessitait en effet de pouvoir élever des montures adaptées aux enfants. La démarche a eu un tel succès que le poney romand, renommé poney suisse CH récemment, est né dans la foulée. En 2016, le Syndicat d’élevage du poney romand a changé de nom pour devenir la Fédération romande d’élevage du poney suisse CH. L’un des rendez-vous marquants de ce jubilé sera la première appréciation des poulains par des juges lors de la manifestation Equus helveticus, le 21 septembre, à Avenches (VD). 

+ D’INFOS www.poney-suisse.ch 


Véronique Curchod