Loin des basses-cours et des parcs avicoles, de plus en plus de privés prennent des poules chez eux. Rencontre avec une famille fribourgeoise qui s’est lancée dans l’aventure... plus exigeante que prévu.

Un chat, un chien, des poissons rouges... ou des gallinacés? Si les statistiques manquent, les autorités cantonales confirment que la détention de poules à titre de loisir, en dehors de toute perspective de rentabilité, tend à progresser en Suisse romande. Dans le canton de Fribourg, ils sont ainsi quelque 800 particuliers à chouchouter chez eux ces volatiles sans rien en exiger en retour. 

Parmi eux, Maëlle et Fred Godart, qui se sont lancés dans l’aventure un peu par hasard et sans notions d’aviculture. Au centre d’Attalens (FR), le jardin de leur copropriété est aujourd’hui occupé par un robuste poulailler où se royaument Carmen, Citronnelle et le coq Citron. 

Du salon au poulailler 

Ce dernier, un appenzellois huppé plein de fougue juvénile, a vu le jour dans la classe primaire du collège d’Attalens. Un poussin tout mignon qu’Éline, l’aînée de Fred et Maëlle, a obtenu de garder après l’éclosion, avec deux autres adorables boules de duvet jaunes. Scénario classique, y compris dans son premier twist: lorsque le petit gallinacé, provisoirement hébergé dans le salon des Godart au début de sa vie, s’est mis à chanter, il a fallu se rendre à l’évidence, la future poule était un coq. 

Pas de chance: les deux autres se sont bientôt mis à donner de la voix eux aussi, conformément au ratio habituel de l’espèce, mais au désespoir d’Éline et de sa soeur Émilie. «Nous leur avions dit que nous ne garderions pas les poussins s’il s’agissait de coqs», explique Fred. Finalement, les parents parviendront à donner contre bons soins deux des petits mâles par le biais d’une annonce dans Terre&Nature, et acquièrent à la place les deux petites poules de soie qui constituent aujourd’hui le modeste harem de Citron. 

Depuis lors, les trois volatiles ont quitté le salon pour prendre possession du poulailler que Fred leur a construit dans le jardin, entre thuyas et balançoires. Un édifice solide et modulable, en aluminium, commandé sur internet et renforcé pour résister à la neige fréquente dans la Basse- Veveyse, ainsi qu’aux prédateurs, essentiellement renard et fouine. Pour éviter que Citron, volontiers audacieux, ne se balade alentour en l’absence de ses maîtres, Fred a recouvert le coin des poules – poulailler et jardinet clos – d’un filet de protection. 

«On s’est beaucoup renseignés, se souvient Fred. Nos amis paysans nous ont conseillé de sécuriser le sol du poulailler pour éviter que le renard creuse par-dessous, de renforcer le toit pour qu’il ne puisse l’arracher d’un coup de dents et de boucher tout interstice plus gros qu’une pièce d'un franc pour barrer le passage à la fouine.» Un investissement, en capital et en temps, qui s’est avéré payant: «Tous nos amis qui ont bricolé un poulailler insuffisamment protégé ont vu le renard emporter leurs poules. Nous, on l’a aperçu par la fenêtre essayer de s’y introduire, en vain», se réjouit Maëlle. 

Alerte sanitaire 

Mais le goupil n’est pas le seul danger qui guette les poules. Avant de quitter la famille, l’un des petits coqs auxquels ont succédé Citronnelle et Carmen a soudain montré des signes de détresse respiratoire auxquels ni Fred, ambulancier de son état, ni Maëlle, infirmière, ne sont restés indifférents. «L’euthanasie n’est pas la première option qu’on envisage dans ce genre de cas», précisent-ils, pince-sans-rire. Consulté, le vétérinaire diagnostique un refroidissement et prescrit des antibiotiques à l’animal, qui se rétablit sans mal. Les aviculteurs amateurs, eux, se souviendront de cette chaude alerte sanitaire après le déménagement des volailles au poulailler: «Les poules peuvent s’affaiblir mortellement en cas d’infestation par les poux rouges. En nettoyant le poulailler, on en a découvert des grappes entières, et il a fallu nettoyer et traiter à fond», raconte Fred. 

Aujourd’hui, les poules pondent (modestement, comme toute volaille de race: à elles deux, Carmen et Citronnelle produisent environ un oeuf par jour) et le coq chante, pour l’instant sans réaction négative des voisins. «S’il dérange, nous ne le garderons pas», leur ont promis Fred et Maëlle. 

Tout ce petit monde volette, caquette et vaque à sa vie de volatile sous les yeux étonnés et souvent rieurs des Godart. «On s’attendait à ce que ça soit assez drôle, mais pas à ce que les poules elles-mêmes nous fassent autant rire par leur comportement», avoue Maëlle. Éline et Émilie, quant à elles, «apprennent à s’imposer face au coq, avec respect mais sans crainte, ce qui ne va pas de soi. Et finalement, toute l’expérience s’avère assez savoureuse. Sans mauvais jeu de mots: les parents l’ont promis aux filles, la casserole ne représentera pas le bout de la piste pour les trois gallinacés.

Couple et poule
Petit, mais costaud, «Citron» prend la pose entre Maëlle et Fred Godart.
Famille et poule
Le jeune coq veille jalousement sur ses deux poules, mais se laisse volontiers caresser par Émilie, sous l’oeil de sa soeur Éline, un peu plus méfiante.
Coq et poule
Il faut dire que «Citron» n’hésite pas à distribuer des petits coups de bec s’il estime que la protection de son harem l’exige.

Au petit soin pour les cocottes

Passionné d’aviculture depuis l’enfance, Lionel Oulevay officie en tant que préposé cantonal avicole au sein de Petits Animaux Vaud. Il recueille les déclarations de détention – tout particulièrement dans la période précédant Pâques, a-t-il constaté – et est très sollicité pour des conseils. «La première question que je pose à une personne qui veut détenir des poules, c’est: avez-vous un poulailler? C’est primordial, avec la possibilité de sortir en plein air, même si les poules de race sont plus sensibles au froid que les pondeuses», précise-t-il. À ceux qui ne veulent des poules que pour les oeufs, le spécialiste conseille d’acheter des pondeuses à un parc avicole plutôt qu’une volaille de race. Quant à alimenter les poules des restes de la table familiale, il tempère: «D’accord pour la salade ou les légumes, mais ces volatiles ne sont pas des poubelles. Ils ont besoin d’un aliment spécifique en proportion adaptée. Une poule nourrie de viande pour chats – une pratique qu’il atteste avoir rencontrée – deviendra agressive. Et trop alimentée, elle ne pond plus...» Ce qu’elle ne fera de toute façon plus au-delà de quatre ou cinq ans. Mais bon: «Pondre, pondre, encore pondre!», dirait Carmen, l’une des P’tites poules de la bande dessinée, à qui l’une des pensionnaires de la famille Godart doit d’ailleurs son nom. 

+ D’INFOS www.petitsanimauxvaud.ch 


Déclarez-les

En novembre dernier, ll'Office vétérinaire fédéral a publié une «fiche thématique» sur la détention de poules à titre de loisir présentant de façon simple les conditions tant légales que pratiques à respecter pour héberger des poules heureuses. Un document téléchargeable gratuitement, qui cible spécifiquement les non-professionnels, les fabricants et les vendeurs de poulaillers, ainsi que les autorités chargées d’enregistrer les annonces des détenteurs. Car s’ils l’ignorent souvent, ceux-ci sont tenus de s’annoncer: en cas d’épizootie, les contacter peut s’avérer essentiel. 

+ D’INFOS www.blv.admin.ch 


Blaise Guignard