Le chien est réputé être le meilleur ami de l’homme, et c’est souvent vrai. Pour autant, comme l’homme et bien d’autres espèces animales, le chien possède un patrimoine génétique et un caractère qui lui sont propres. Il peut être sociable, joueur, affectueux, tout comme il peut aussi être craintif, agressif, voire dangereux. Et ces caractéristiques, comme pour l’être humain, peuvent êtres modelées… Mais jusqu’à un certain point seulement ! L’imprinting est un processus qui permet, non seulement de mieux évaluer les caractéristiques psychologiques d’un chien, mais aussi de les faire évoluer partiellement, lorsqu’il est pratiqué durant les premières semaines de vie du chiot… Focus sur cette méthode qui a vu le jour au siècle précédent, dans le monde des oies !

L’imprinting ; de quoi parle-t-on exactement ?

L’ imprinting est un terme utilisé en ethnologie pour désigner une « marque sans retour », qui peut s’appliquer aux espèces animales, comme humaines. La paternité du concept revient à un biologiste et zoologiste autrichien; Konrad Zacharias Lorenz, né à Vienne, en 1903. Ses observations l’ont conduit à conclure, que chez les animaux, il existe un processus d'attachement social, qui est acquis très rapidement ( dès la naissance) et perdure sur le long terme. Lorenz a tout d’abord observé ce phénomène d’ « imprégnation » chez les oies cendrées en 1935. Il raconte qu’après avoir observé l'éclosion d'un oison, il a remis celui-ci sous sa mère ; et a eu la surprise de constater que l'oison poussait des cris désespérés. Le bébé oie voulait absolument le suivre lui, et non retourner auprès de sa mère. Après avoir réitéré l'expérience avec d'autres oisons, le chercheur conclut que ces derniers s’attachaient au premier contact rencontré à la sortie de l'œuf, quitte à le prendre pour leur génitrice ! Le chercheur qui reçut par la suite le prix Nobel de physiologie ou médecine pour ses découvertes relatives à « l'organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social » fut ainsi souvent montré au grand publique dans des scènes cocasses où on le voyait marcher, suivi de files de poussins convaincus de suivre leur maman ! Les études de Lorenz ont montré que les oiseaux sont particulièrement sensibles au processus de l’ imprinting, mais que ce phénomène existe aussi chez les mammifères. Il se caractérise par une forme d'attachement à un « parent adoptif » rencontré dès les premiers moment qui suivent la naissance. Ainsi, la théorie de « l’imprégnation » a été étendue à d’autre animaux, et même aux hommes, puisque on peut considérer que notre « imprinting culturel », dès la naissance, nous marque du sceau de notre famille, puis de notre éducation. Pour ce qui est du chiot, l’imprinting correspond à une étape fondamentale de son développement psychologique. Toutefois, et contrairement à l’oisillon, le chiot étant, à la naissance, sourd et aveugle, il ne peut avoir d’interaction qu’avec sa mère. Pour cette raison, la période d’imprinting ne pourra démarrer dès sa naissance, mais se vérifiera plutôt durant une période allant l’âge de trois à huit semaines. Pendant ce laps de temps, le chiot pourra être amené à considérer comme ses congénères, les personnes avec lesquelles il aura eu des rapports étroits, permettant ainsi de le sociabiliser, d’obtenir de sa part confiance et obéissance.

L’imprinting, quel intérêt, dans le monde canin ?

Réalisé durant la période requise ( entre sa troisième et sa huitième semaine), l’imprinting crée un lien olfactif entre l’animal et l’homme. Le chiot assimile celui avec qui il a interagi à l’un de ses semblables. Il considère, que cet être qui l’a touché et qu’il a senti dans sa prime enfance est – à priori- un ami. De ce fait, il devient plus facile à « sociabiliser ». De manière intuitive, le chiot qui a connu l’imprinting recherche le contact avec l’homme. Et même si, en devinant adulte il affirmera sa personnalité, un imprinting qui aura été réalisé avec succès influera positivement sur son caractère, qui sera en grande partie déterminé par le contexte dans lequel il évolue, et la façon dont ses maîtres prennent soin de lui. Il vit au sein d’une famille plutôt active et qui voyage souvent ? Le chien s’adaptera et aura tendance à être curieux et intrépide, afin d’épouser le mode de vie de ses maîtres . A contrario, des maîtres plutôt casaniers et câlins, impulseront à leur chiot un tempérament calme et affectueux… Un chien qui n’a pas été confronté à l’imprinting ne sera pas fondamentalement différent de celui qui l’aura connu. Cependant il pourrait être moins enclin à faire confiance à ses maîtres et présenter des troubles du développement… Notamment la « dissocialisation primaire ». Ce terme induit que le chiot n’a pas été sociabilisé lors de son développement. Or, ces troubles du développement sont particulièrement difficiles à réparer . Il est en effet très compliqué de revenir sur ce qui a fait défaut, en terme d’éducation, durant les premières semaines de la vie d’un chien. Un chien adulte qui a été privé d’ imprinting pourrait par ailleurs présenter des trouble du comportement. Il s’agit là de la « dissocialisation secondaire », qui signifie que le chiot a été sociabilisé mais que le travail n’a pas été poursuivi et que, devenu adulte, le chien a oublié les codes canins…

Le « test de l’imprinting » : ses vertus et ses limites

Le test de l’imprinting est idéal pour déterminer le degré de sociabilisation de votre futur chien, pour tester ses réactions en votre présence. Cependant, pour être vraiment efficace et probant, le test doit répondre à quelques règles … - Il dure environ 15 minutes, et se tient dans un lieu rassurant pour le(s) chiot(s). - Idéalement, le test est collectif. Le ( futur) maître se positionne au milieu de différents chiots qui peuvent être – ou non - de la même portée. - Mieux vaut éviter un imprinting mené par une seule personne car cela peut biaiser le résultat : les réactions du chiot peuvent, par la suite, se trouver focalisées sur ce seul individu. On appelle cela un « imprinting à sens unique » et cela peut s’avérer dangereux. En effet le chien qui n’a connu qu’un seul contact au moment de l’imprinting ne craindra par l’homme mais considèrera qu’il n’a qu’un seul ami. Cela peut aussi le rendre hostile ou menaçant à l’encontre d’autres personnes, s’il n’a pas envie d’être approché ou touché … - Un chiot qui , lors du test de l’imprinting, accoure, va vers chacun des testeurs, inspecte, renifle et cherche à jouer ; a très certainement connu un bon impriting. En revanche, s’il s’approche des « testeurs » tout en gardant ses distances, il peut avoir connu un imprinting incomplet . Rien n’est pour autant perdu ! si le chiot est encore très jeune, ( en dessous d’une cinquantaine de jours) ; vous pourrez encore prendre en charge sa sociabilité et l’améliorer. À cet âge, son caractère n’est en effet pas encore définitivement forgé. Pour conclure, notons que l imprinting peut, ainsi décrit, sembler être un processus complexe. En réalité, il est le plus souvent pratiqué de manière inconsciente au sein des foyers qui sont confrontés à la naissance de chiots. Les membres de la famille vont s’intéresser aux chiots, passer du temps et communiquer avec eux. L’imprinting se réalise donc de manière spontanée… Sans même que la question ne se soit posée !