Des oeufs frais chaque matin et des animaux attachants: nombre de particuliers ont acquis des poules ces dernières années, ravis de renouer avec la nature. Pourtant, plusieurs d’entre eux dressent aujourd’hui un constat amer, au point de renoncer à cette activité. Car que cela soit à la campagne ou en ville, les prédateurs font payer un lourd tribut aux gallinacés. «À la suite de trois incidents, où à chaque fois toutes mes volailles ont été tuées, j’ai abandonné, déplore Tibor Kozma, vétérinaire à Genève. Faire face à ces carnages est dur. Ces bêtes, j’y tenais: j’avais moi-même mis les oeufs en couveuse.» 

La boule au ventre 

La rudesse du choc s’amplifie si le foyer compte des enfants, ceux-ci n’étant pas forcément préparés à vivre de telles scènes. «Quand vous ne découvrez plus que des plumes et des morceaux de cadavre, c’est traumatisant, témoigne Laurence Jotterand, mère de famille à Chapelle-sur-Moudon (VD). Chacune de nos poules a un nom, elles sont toutes nées chez nous. Après plusieurs attaques, toutes de jour, je me demande sérieusement si je vais continuer. Chaque fois que je rentre à la maison, j’ai la boule au ventre.» 

Car toute faille dans l’aménagement, même minime, coûte cher. Et si on oublie de fermer la porte du poulailler un soir, on a rarement une deuxième chance: le renard profitera alors de l’aubaine pour se servir dans ce garde-manger en libre-accès. 

Une zone hautement sécurisée 

Quelques astuces permettent néanmoins de limiter les risques. La plus sûre: un parcours extérieur sécurisé, de type jardin d’hiver. «L’enclos doit être soigneusement clôturé, et surtout vérifié régulièrement, explique Jean-Maurice Tièche, président de l’association Volailles de race suisse. À son pied, on peut rajouter un grillage à plat sur 40 centimètres ou des dalles, afin d’éviter que le renard creuse.» Le goupil franchissant sans souci des barrières de deux mètres, celle-ci devra être suffisamment haute, et électrifiée sur tout le pourtour. 

Certains préconisent aussi de mettre un poste de radio – même à bas volume, musique ou autres émissions signalent une présence humaine faisant fuir le renard. Et contre les offensives venant des airs, il est recommandé d’installer un filet avec de petites mailles. Les rapaces ayant besoin de place et de visibilité pour fondre sur leurs proies, des arbres constituent également un atout précieux. Tout comme des bandes flottant au vent ou des objets réfléchissants, susceptibles d’effrayer buses ou autres autours des palombes. En outre, des maisonnettes – par exemple sous la forme de tipis en bambou ou en branches de sapin – offrent un abri aux gallinacés en cas de menace. Un coq est alors utile pour avertir la basse-cour. 

Mais le prédateur le plus problématique reste sans aucun doute la fouine: celle-ci s’introduit n’importe où, dès qu’un trou mesure quatre centimètres et demi de diamètre. «Au printemps et au début de l’été, lorsque les animaux sauvages sont en période de reproduction et doivent nourrir leur progéniture, le danger est particulièrement élevé, remarque Yves Sahli, du club suisse des volailles françaises. Quant au renard, il n’hésite pas à attaquer en plein jour.» 

Pas de risque zéro 

Outre les aménagements standards, un autre réflexe renforce la sécurité des gallinacés: les rentrer tous les soirs avant la tombée de la nuit, sans exception aucune. Une gageure pour les personnes travaillant loin de leur domicile ou lors de vacances. Dans ce cas-là, l’installation d’une porte automatique, à programmer manuellement à une heure précise, apporte un soutien bienvenu. Mais malgré ces précautions, nul n’est à l’abri, à moins de transformer sa volière en bunker. «Quand on élève des proies, on sait que les prédateurs ne nous pardonneront aucune lacune, note Annik Essoh, qui s’occupe de brahmas bleues. Pour ma part, j’aime que mes volailles puissent s’ébattre sur un terrain de 1000 m2, impossible à protéger. Si un épervier mange un jeune, j’estime que c’est la loi de la nature.» 

Le type de prédation, notamment la façon dont la victime a été tuée, peut donner des indices sur le coupable probable, et les mesures à mettre en place – ce qui pourrait ainsi éviter à bon nombre de particuliers de baisser les bras. «Les amateurs possédant quelques poules peuvent se décourager, ce qui n’est pas le cas des éleveurs, note Jean-Maurice Tièche. Ces derniers savent que ce risque fait partie des aléas du métier. Pour ma part, malgré quelques pertes, cette activité reste toujours un plaisir.» 

Une dame tient une poule dans ses bras
Laurence Jotterand élève des poules chez elle, à Chapelle-sur-Moudon (VD). Mais après plusieurs attaques, elle se demande si elle va continuer cette activité.

Questions à...

Florian Gobet, de Loca’poules.ch, à Villaz-Saint-Pierre (FR)  Vos clients sont-ils suffisamment conscients de la problématique des prédateurs?  Parmi les particuliers, je constate les deux extrêmes: une partie a vraiment peur, de manière presque exagérée, alors qu’une autre néglige trop les risques. Je dois alors les sensibiliser. Chaque année, une dizaine de familles perdent des poules. Dans la majorité des cas, elles ont oublié une seule fois de fermer la porte du poulailler le soir, et un prédateur en a profité. Les gens culpabilisent dès lors énormément.  Quelles sont les espèces qui posent le plus de problèmes?  Les renards causent la majorité des dégâts. Ils sont partout en nombre, y compris en ville, et ne craignent plus l’être humain. Les fouines, elles, passent par de tout petits trous, ce qui implique une infrastructure sans failles. Et les chiens s’attaquent aussi parfois à la volaille.  Les motivations des particuliers qui accueillent ces volatiles ont-elles évolué?  Lorsque j’ai commencé en 2015, la production d’oeufs frais était l’objectif principal. Désormais, le contact avec la bête est de plus en plus prioritaire. La poule n’est plus un animal de ferme, mais de compagnie, et sa perte est donc ressentie plus durement.


Menaces en série

Des prédateurs à poils et à plumes, venus de la terre ou du ciel: le danger surgit de partout. Parmi les auteurs d’attaques les plus répandus, on trouve le renard et la fouine. La martre peut aussi se servir au poulailler, si celui-ci se situe proche de la forêt. Quant aux assauts aériens, on les doit surtout aux buses, autours des palombes et autres rapaces. Les poules naines et les poussins, plus vulnérables, sont parfois les victimes de corbeaux ou de corneilles. Mais les chiens peuvent également poser problème, et des cas de prédations par des chats ont aussi été rapportés. 


Véronique Curchod