Tous les matins, Yan Desarzens se rend à pied à son bureau situé au centre-ville de Lausanne. Une situation des plus banales, si ce n’est que le directeur de la Fondation Mère Sofia est toujours accompagné de Psukki, son fidèle chien polaire, qui passe la journée avec lui au sein de l’institution. «Sans cette opportunité, je n’aurais jamais acquis un animal de cette taille», note le Vaudois. 

Si certains canidés sont désormais autorisés à suivre leur maître au travail, la majorité d’entre eux doit cependant rester à la maison. «Les employés sont pourtant sensibles à la possibilité de prendre leur compagnon avec eux, souligne Magali Clavel, responsable du projet «Pets at Work» chez Nestlé Purina Suisse, dont l’objectif est d’assister les patrons dans ce cheminement. Dans le pays, ce critère arrive en deuxième position sur quinze lors d’un changement de poste, juste avant le travail à domicile.» 

Cet argument est d’ailleurs parfois utilisé lors du recrutement de collaborateurs. D’autant qu’être favorable à la présence de Médor fait de vous un boss moderne, attrayant et social. Aussi de grandes entreprises, à l’instar de Google à Zurich ou Nestlé à Vevey, ouvrent-elles dorénavant leurs portes aux canidés de leurs salariés. 

Explosion des adoptions 

Fin 2021, l’association Quatre Pattes, qui s’investit notamment pour le bien-être des animaux de compagnie, s’est également engagée à soutenir les entreprises dans cette démarche. Parce que le rêve de posséder un chien est souvent difficilement compatible avec la vie professionnelle. «Les adoptions ont explosé pendant la période de semi-confinement et du travail à domicile, note Selina Cothereau, chargée de la campagne «Dogs on Board» au sein de l’association. Nous sommes inquiets du devenir de ces individus une fois leurs maîtres de retour au bureau, car les laisser toute la journée seuls à la maison n’est pas acceptable.» 

Quatre Pattes est en contact avec plusieurs compagnies en Suisse. «Nous espérons en convaincre de nouvelles cette année, souligne Selina Cothereau. La campagne s’adresse à toutes les firmes. De quelques collaborateurs à des centaines, du secteur privé au public, du bureau d’ingénieur à une agence de communication, il n’existe pas de profil type. Ce qui importe, c’est que le lieu soit adapté pour accueillir des chiens. Les commerces alimentaires, par exemple, ne s’y prêtent pas.» 

Des règles au cas par cas 

Afin que la cohabitation se passe au mieux, l’animal doit être bien éduqué et avoir l’habitude de côtoyer des gens. «Il ne doit évidemment ni perturber l’exécution des tâches ni détourner l’attention, souligne Selina Cothereau. Un individu agressif et territorial ne convient pas. Idem pour celui qui aboie beaucoup ou stresse rapidement.» 

Définir des zones autorisées et d’autres interdites aux toutous, comme la salle de conférence, facilite les choses. Respecter chaque collègue, également: certains peuvent avoir peur des canidés, alors que d’autres y sont peut-être allergiques. Établir des règles précises limite aussi les conflits avec ceux qui estiment que le bureau ne doit pas devenir une crèche pour les chiens. «Pour notre part, nous avons finalement décidé d’en autoriser un seul par jour, explique la directrice d’une entreprise fribourgeoise. À plusieurs, ils jouaient ensemble et faisaient trop de bruit.» 

Des bénéfices pour tous 

Si, à première vue, pouvoir prendre son chien au travail rend avant tout service à son propriétaire, de nombreux témoignages confirment d’autres avantages qui profitent à tous. «La présence bienveillante de Psukki a facilité la création d’un lien entre les collaborateurs, tout en permettant d’humaniser ma fonction de directeur, note Yan Desarzens. En outre, elle permet régulièrement d’apaiser certaines tensions lorsque je reçois des bénéficiaires de notre fondation.» Des études scientifiques ont d’ailleurs montré que la présence de ces boules de poil réduit le stress et crée une meilleure ambiance. «De plus, elle favorise le sentiment d’appartenance à l’entreprise et renforce la cohésion de groupe, ce qui se traduit par une performance améliorée, se réjouit Magali Clavel. En permettant à nos employés d’amener leur compagnon à quatre pattes au bureau, nous leur donnons la possibilité de combiner leurs obligations professionnelles avec leur amour des animaux.» 

Un maître et son chien
Directeur de la Fondation Mère Sofia, à Lausanne, Yan Desarzens travaille en compagnie de «Psukki». La présence du chien permet parfois de dénouer quelques tensions.

Soutien concret

Afin d’encourager les entreprises à accueillir les chiens, Quatre Pattes met à disposition une série d’arguments pour entamer les discussions entre les différentes parties concernées: propriétaires de canidés, employeurs, mais aussi collègues. L’organisation de protection des animaux a également développé un modèle de politique canine à même de réglementer la cohabitation sur les lieux de travail, afin d’en garantir l’harmonie. De son côté, Purina et son programme «Pets at Work» propose un appui depuis 2016, par le biais notamment d’une documentation fournie. 


Questions à...

Adrien Streit, juriste au syndicat Unia Vaud 

Une personne peut-elle prendre son chien au bureau sans en demander la permission à son patron? 

Il n’existe pas de disposition légale autorisant ou au contraire interdisant cette pratique. La décision dépend donc du bon vouloir de l’employeur. Toutefois, celui-ci a un devoir général de protéger la personnalité de l’employé, ce qui implique qu’il doit, pour sa prise de position, tenir compte des intérêts du salarié concerné, mais également des collègues qui pourraient se sentir importunés par cette présence. 

Que conseillez-vous aux employés? 

Afin d’éviter d’éventuels litiges, il faut impérativement demander l’accord du patron au préalable. Et faire de même avec ses collègues. Dans les faits, je ne connais pas beaucoup d’entreprises autorisant les chiens sur les lieux de travail, cette pratique reste plutôt rare. Au syndicat Unia, nous n’avons pas non plus eu connaissance de conflits entre collaborateurs et employeurs à ce sujet. 


Véronique Curchod