Des exercices ciblés permettent d’améliorer la condition physique des canidés, tout en prévenant les blessures. Reportage dans une structure fribourgeoise, qui propose une approche innovante. 

Renforcement musculaire, amélioration de la souplesse et perte de poids: désormais, tout comme leurs maîtres, les chiens peuvent également entretenir leur forme grâce à des exercices de gymnastique. Des cours de fitness canin sont ainsi proposés à la Dog’s Academy, à Grangettes-près-Romont (FR), par Manlio et Guersande Sofia. Le couple s’est formé auprès d’une Américaine spécialiste en la matière. Mais ici, pas de tapis de course ou de fonte à soulever: on travaille avant tout sur les muscles profonds, ceux qui contribuent à une posture adéquate, en faisant du gainage. «Cette pratique est comparable à des séances de Pilates ou de yoga», note Manlio Sofia, qui est par ailleurs également éducateur canin. 

Le groupe du jour, composé de chiens déjà expérimentés, débute par un échauffement. «Cette première phase a son importance. Souvent, les propriétaires imaginent qu’un chien est fait uniquement pour courir après une balle ou un bâton, n’hésitant pas à provoquer des démarrages à froid dès que l’animal est sorti du coffre de la voiture, déplore le Fribourgeois. J’essaie de leur faire prendre conscience de l’importance d’une étape de transition avant tout effort soutenu.» 

Rééquilibrer la musculature 

Une fois la mise en route terminée, le travail à proprement parler peut alors commencer. L’un après l’autre, les chiens font leurs exercices sous l’oeil attentif du coach. Marchant sur la surface rugueuse d’un coussin gonflable, ils apprennent dans le calme à s’équilibrer. Les pattes avant sont d’abord sollicitées, puis celles arrière, pour finir par les quatre simultanément. «L’objectif est de faire prendre conscience à l’animal de son corps à travers divers mouvements qu’il doit effectuer lui-même, souligne Guersande Sofia. Les chiens ont souvent tendance à mettre trop de poids à l’avant. L’idée est donc d’arriver à un meilleur équilibrage, en renforçant l’arrière-train.» 

L’entraînement est ciblé en fonction du niveau et de la stature de chaque animal, sa posture ou l’usure de ses griffes donnant de précieuses indications sur une éventuelle dissymétrie. Si se tenir en équilibre sur des coussins, plus ou moins épais ou mous, est déjà difficile pour les débutants, le couple corse ensuite les exercices pour les plus avancés, afin de solliciter des groupes musculaires différents. 

Commencer progressivement 

Les participants sont étonnamment coopératifs. Quelques friandises les motivent à effectuer avec précision des mouvements destinés à agir sur telle ou telle partie du corps: lever ou baisser la tête, la tourner, faire quelques pas de côté ou même enjamber des barres. «Au début, le chien se fatigue beaucoup plus vite qu’on l’imagine, même s’il est sportif, souligne l’éducateur canin. Nous faisons en effet travailler des muscles qui ne sont pas sollicités habituellement. Le danger est d’en demander trop. On doit rester dans une notion de plaisir, sans créer de gênes ou de douleurs.» 

L’expérience s’avère le plus souvent bénéfique, les maîtres voyant la qualité de vie de leur animal s’améliorer. C’est ainsi le cas pour les deux protégés de la Fribourgeoise Anne-Laure Henderickx. «De l’arthrose a été diagnostiqués chez mon épagneul cavalier King Charles Angel, d’où une faiblesse de l’arrière-train qui le handicapait au quotidien, notamment pour monter les escaliers. Ces séances ont permis de le remuscler, si bien qu’il vit une deuxième jeunesse! Quant à ma femelle berger allemand Jyana, opérée d’un genou à 8 mois, elle compensait en reportant son poids sur l’autre jambe, ce qui la faisait boiter. Le résultat du fitness a été phénoménal, puisque nous avons pu arrêter les anti-inflammatoires», s’enthousiasme-t-elle. 

Dans la salle de sport canin, l’entraînement se poursuit. Son intensité augmente progressivement, les coachs s’adaptant aux capacités des participants. Enfin, pour clore la séance, des étirements, tout en douceur, visent à éviter les éventuelles courbatures. Si les cours se déroulent une fois par semaine en moyenne, le propriétaire est invité à effectuer dans l’intervalle divers exercices avec son animal, à raison de quelques minutes chaque jour. «De même que certaines personnes font leur gym à la maison plusieurs fois par semaine, on peut tout aussi bien le faire avec son chien sans avoir besoin d’une grande infrastructure.»

Maîtresse et son chien
Se tenir en équilibre sur un coussin instable est loin d’être évident pour «Angel», un épagneul King Charles, ici avec sa maîtresse Anne-Laure Henderickx. Heureusement, une friandise vient faciliter l’exercice.
Couple
Manlio et Guersande Sofia proposent depuis deux ans des cours de fitness canin.

Une discipline toute récente

Le fitness canin fait une timide apparition en Suisse romande depuis deux ans à peine. Les structures le proposant sont par conséquent encore peu nombreuses. Certains coachs se sont formés auprès de Katharina Mattioli, une physiothérapeute zurichoise qui a développé une gamme d’outils spécifiques pour pratiquer cette activité sous le nom «Flexiness». D’autres ont eu l’occasion de parfaire leurs connaissances avec des professionnels étrangers, notamment américains. À noter cependant qu’aucune de ces formations n’étant officiellement reconnue, le niveau des instructeurs peut être hétérogène. Et bien que les coussins d’exercice soient facilement disponibles en magasin, il est déconseillé d’essayer le fitness sans encadrement. Le risque de causer plus de mal que de bien est en effet élevé.


Question à...

Hanne Frenkel, vétérinaire spécialisée en physiothérapie 

Le fitness canin a-t-il un réel effet bénéfique sur la santé? 

Naturellement, et d’autant plus si on a un chien athlète qui pratique une activité sportive, telle l’agility. En effet, les exercices effectués préviennent d’éventuelles blessures, grâce au renforcement du tonus des muscles profonds. Ceux-ci augmentent la stabilité du tronc et la proprioception, des aptitudes essentielles notamment sur les sauts. Le fitness aide aussi les animaux en convalescence à récupérer plus rapidement après une opération de l’appareil locomoteur. Il contribue également à garder les sujets âgés plus longtemps en forme. 

Existe-t-il des contre-indications? 

Cette activité est à proscrire chez les animaux encore en croissance, âgés de moins de 1 an. Renforcer la musculature lorsque les os sont en plein développement conduit à un déséquilibre qui peut avoir des effets irréversibles sur les articulations. En outre, je recommande systématiquement d’effectuer un contrôle chez un vétérinaire ostéopathe ou physiothérapeute avant de commencer des cours. Si le chien a une pathologie sous-jacente, notamment au niveau de l’appareil locomoteur, celle-ci risque d’être aggravée.


Véronique Curchod