Les équidés vivent de plus en plus longtemps. Ils ne peuvent cependant être montés jusqu’à leur dernier souffle. Comment aborder cette ultime tranche d’existence? Éclairage. 

Lorsque, pour raison d’âge, Cannelle ne peut plus sauter des barres ou Corail parcourir les chemins de campagne se pose alors inévitablement la question du devenir de l’animal. Mais le temps est fini où la majorité des chevaux, une fois que l’heure de la retraite avait sonné, finissaient sous le couteau du boucher. Aujourd’hui, leur statut tend vers celui d’animaux de compagnie. Abréger leur vie lorsqu’on ne peut plus les monter, mais qu’ils sont encore en bonne santé n’est plus une option pour bon nombre de cavaliers. La plupart souhaitent offrir à leur compagnon de sport ou de loisir une fin d’existence digne. «En vingt ans, nous avons constaté un changement énorme d’état d’esprit», relève Daisy Fünfschilling, responsable des soins au domaine de la Molière, à Murist (FR), qui s’est spécialisé dans les retraites individualisées. Cette démarche n’est cependant de loin pas anodine. Un cheval qu’on retire du sport va vivre en moyenne encore une dizaine d’années, voire plus. Assumer si longtemps une pension de plusieurs centaines de francs chaque mois n’est pas forcément à la portée de toutes les bourses… ni de toutes les volontés. «Nous constatons une explosion des requêtes de propriétaires qui ne peuvent ou ne veulent pas assumer la retraite de leur équidé et cherchent à s’en débarrasser», déplore Anouk Thibaud, du Refuge de Darwyn, à Sézenove (GE). 

Une demande marquée 

Préparer la retraite de son cheval se prévoit donc sur le plan financier, mais également au niveau du choix de la dernière demeure de son compagnon. Car si les écuries qui acceptent les retraités deviennent légion, plus rares sont celles qui se sont spécialisées dans ce domaine, en proposant un mode de détention et un suivi professionnel adapté au 3âge. Ces EMS d’un genre nouveau sont souvent si prisés qu’il faut y inscrire sa monture alors qu’elle est encore active. À Puidoux (VD), Le Petit Paradis a ouvert ses portes voilà six ans (voir encadré ci-contre). «Nous avons une demande très marquée, avec une longue liste d’attente», observe Vicky-Eileen Baumann, responsable du lieu. Le constat est similaire dans le Jura. «Actuellement, soixante équidés espèrent une place, souligne Béatrice Michel, de la Fondation pour le cheval. Il faut compter en moyenne deux ans pour l’obtenir. Nous ne prenons donc plus de nouvelles préinscriptions depuis l’année passée. Nous rouvrirons la liste d’attente dès qu’elle diminuera.» 

Des besoins spécifiques 

Une écurie pour chevaux à la retraite diffère-t-elle réellement d’une pension standard? «La possibilité de se mouvoir jour et nuit ainsi que le retour à la vie en groupe sont essentiels, souligne Vicky-Eileen Baumann. La stabulation libre est donc la solution idéale. Mais elle doit être conçue de manière à ce que chaque individu puisse en permanence s’alimenter, se reposer et s’abriter sans être dérangé par le reste du troupeau.» Un groupe constitué exclusivement de retraités permet de garantir sa stabilité, en évitant les va-et-vient de chevaux sortis pour être montés. Ce mode de détention nécessite cependant du personnel qualifié et une surveillance pluriquotidienne. L’intégration dans le troupeau d’un nouveau venu, en particulier, doit se faire de manière progressive. «Âge avancé oblige, ces retraités sont parfois plus fragiles et nécessitent donc une attention et des soins particuliers, ainsi qu’une alimentation adaptée à leur état de santé», rappelle la responsable du Petit Paradis. Seul un oeil averti et bien formé pourra repérer rapidement toute baisse de forme. «Une retraite ne doit pas s’assimiler à un mouroir où le cheval est abandonné au fond du parc, tempête Anouk Thibaud. Si le propriétaire n’a pas les moyens d’offrir une pension digne de ce nom à son compagnon, qu’il prenne ses responsabilités en mettant un terme à la vie de l’animal, lui évitant ainsi des souffrances inutiles.» 


Pas facile de trouver la pension idéale

Alors que l’heure de la retraite sonnait pour Talisman, 22 ans, sa propriétaire, Pauline Gringet, de Pully (VD), a cherché une nouvelle écurie. Trouver la pension idéale a nécessité la visite d’une quinzaine d’entre elles. «Je voulais permettre à mon cheval de vivre dans de bonnes conditions ses dernières années, en remerciement de tout ce qu’il m’avait apporté. Parfois, l’endroit correspondait à mes voeux, mais la liste d’attente était très longue. Dans d’autres cas, j’avais l’impression que les propriétaires de l’écurie prenaient quelques chevaux à la retraite comme complément de revenu, mais sans avoir les connaissances nécessaires. Ailleurs, la pension répondait à mes critères, mais elle était éloignée de plusieurs heures de route de mon domicile.» L’aspect financier avait aussi son rôle à jouer, même s’il n’était pas déterminant: le prix variait du simple au triple. Après bien des recherches, Talisman s’ébat aujourd’hui sur de grands espaces situés dans le Jura français. «Les compétences de la propriétaire ont été essentielles. En outre, je reçois des nouvelles entre mes visites.» 


Une écurie romande primée

Le prix «Der gute Stall», décerné par les journaux Kavallo et Der Schweizer Bauer, avec la collaboration du Haras national suisse d’Agroscope, récompense les écuries avec un mode de détention remarquable. Cette année, la distinction pour la catégorie pension en stabulation libre pour chevaux à la retraite a été décernée pour la première fois à une exploitation romande. Le Petit Paradis, à Puidoux (VD), se voit ainsi récompensé pour la qualité de ses installations, les compétences de la gérante Vicky-Eileen Baumann et de l’agriculteur Olivier Jossevel, ainsi que leur engagement professionnel vis-à-vis de leurs pensionnaires. 

+ D’INFOS www.lepetitparadispuidoux.ch


 Véronique Curchod