Vivant en montagne l’essentiel de l’année, ces corvidés font de remarquables apparitions en plaine dès le début de l’automne. Le signe, bien souvent, des premières chutes de neige sur les sommets. 

Deux cousins alpins

Par ses habitudes montagnardes, le chocard à bec jaune est moins connu que d’autres corvidés comme les geais, pies ou corneilles. Un proche parent peut être confondu avec lui, le crave à bec rouge, dont la silhouette et la couleur du plumage sont similaires. «La Suisse compte neuf espèces nicheuses de corvidés, détaille Bertrand Posse, rédacteur de la revue Nos Oiseaux et collaborateur de la Station ornithologique de Sempach (LU). Parmi eux, chocard et crave vivent cantonnés en altitude. Les effectifs du chocard s’établissent entre 11 000 et 21 000 couples. Ceux du crave sont infiniment plus faibles, de l’ordre de 80 couples, selon le dernier Atlas des oiseaux nicheurs de Suisse. Ce dernier se re-produit quasi exclusivement sur territoire valaisan, alors que le chocard est largement réparti dans l’ensemble de l’arc alpin.» 

Un régime éclectique

Après des acrobaties aériennes dont il est coutumier, le chocard se pose généralement dans les falaises ou les pentes escarpées à la recherche de nourriture. «Le régime alimentaire de ce corvidé varie au gré des saisons et de la disponibilité alimentaire. Insectivore en été, il raffole aussi des baies et fruits, se rapproche des pique-niqueurs pour chaparder et exploite divers déchets alimentaires que nous lui laissons, dans les stations hivernales ou dans les agglomérations de plaine fréquentées à la mauvaise saison.» Les appels dont cette espèce n’est pas avare retentissent dès le début de l’automne au fond des vallées. L’arrivée de ces oiseaux est annonciatrice d’un brutal changement de temps en altitude. 

Espèce hiérarchique

Le chocard à bec jaune est apte à supporter de rudes conditions de vie, habitué qu’il est des hautes cîmes. «C’est un oiseau vivant dans les parois rocheuses qui se reproduit en général au-dessus de la limite de la forêt, souligne l’ornithologue. Des sites dans des régions plus basses des Alpes sont aussi ponctuellement occupés. Cet oiseau niche en colonies lâches et fait partie des espèces sociables qui établissent une hiérarchie, avec des individus et des couples dominants. La place que ces derniers occupent se mérite et se défend, des rivalités apparaissent donc. L’espèce ne produit qu’une nichée par an, de trois à cinq jeunes, qui demeurent généralement en groupes familiaux durant plus d’un mois après la sortie du nid.» 

Un oiseau sociable

Peu marquée chez le geai et le casse-noix, la sociabilité est un important trait de carac-tère chez d’autres espèces. «Les corvidés noirs sont en effet les plus enclins à former des rassemblements importants. On re-marque ce lien social tout au long de l’année, bien qu’il s’exerce moins fortement en période de reproduction, lorsque chaque couple, selon son «rang», s’attelle à la cou-vaison et au nourrissage de sa nichée. Dès que les groupes familiaux se forment, les troupes reprennent en importance et écu-ment les pâturages à la recherche de sources de nourriture.» Ces regroupements comp-tant plusieurs dizaines de chocards de-vraient se montrer sous peu à basse alti-tude. «En principe, ils gagnent leurs quartiers d’hiver de plaine lors des pre-mières neiges sur les sommets, vers début octobre le plus souvent», signale l’ornitho-logue.

Familier avec l'homme

Actuellement en bonne partie protégés par la loi et l’ordonnance fédérales sur la chasse, les corvidés ont longtemps été considérés comme des nuisibles. Vivant essentielle-ment en montagne, le chocard à bec jaune n’a pas autant subi de chasse intensive, ce qui pourrait expliquer sa familiarité avec l’homme. Quant à l’intelligence dont on dit que les corvidés sont pourvus, elle semble bien se vérifier. «Cette réputation ne tombe pas du ciel! fait encore remarquer Bertrand Posse. De nombreuses expériences ont été menées avec diverses espèces autour de leurs interactions sociales, de leurs aptitudes au jeu et, surtout, à résoudre des problèmes d’accès à la nourriture. L’utilisation d’outils a même été démontrée. De plus, ils disposent d’un appareil vocal évolué et certains sont capables d’imitations.» 

Chocard à bec jaune
L’arrivée de la neige pousse la plupart des chocards à bec jaune à une importante migration vers la plaine. Depuis les sommets alpins, des groupes, composés parfois de plusieurs centaines d’individus, gagnent alors vallées et agglomérations de basse altitude. Certains trouvent toutefois suffisamment de nourriture à proximité directe des stations de ski et de leurs installations mécaniques.

Daniel Aubort

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