Copie conforme d’un canidé sauvage, ce chien athlétique se distingue par sa nature amicale. Son caractère fidèle le pousse à tisser un lien étroit avec sa famille, qu’il considère comme sa meute.

Lorsqu’on pénètre dans le salon d’Angélique Jaspers, à Fiaugères (FR), on est tenté de se demander si nos yeux nous jouent des tours. Trois superbes loups nous accueillent en effet avec frénésie. Aspect physique, mais également postures et façon de se déplacer: Bao et ses compagnes ne dépareilleraient pas dans une meute. Heureusement, il ne s’agit que d’une illusion, les trois chiennes préférant leur pâtée à du gigot d’agneau. «L’inuit du nord est encore totalement méconnu, regrette Angélique Jaspers. Je suis actuellement la seule à l’élever sur le continent européen, en dehors des élevages situés dans le berceau de la race, en Grande-Bretagne.» La Fribourgeoise a découvert ce canidé extrêmement rare en recherchant un chien qui ressemble physiquement à son lointain cousin. «Mais bien que j’aie une attirance pour la physionomie du loup, je ne voudrais en aucun cas d’un animal sauvage dans mon appartement! Un chien doit être à mes yeux un compagnon agréable, qu’on peut emmener partout. Certaines autres races lupoïdes, comme le chien-loup tchécoslovaque, ont un tempérament plus difficile à gérer.» 

Des portées très rares 

En 2011, Angélique Jaspers adopte Adywah. «Je me suis alors juré de contribuer à la promotion de l’inuit du nord, si cette chienne correspondait aux descriptions élogieuses que j’avais lues. Son caractère paisible et sociable s’est révélé supérieur à mes attentes.» Adywah donne naissance à plusieurs chiots, avant que sa fille Bao puis prochainement Faehlie prennent le relais. Une trentaine de chiots ont ainsi déjà vu le jour. «Mexique, Pologne, Hollande, France ou Suisse: ils ont trouvé des propriétaires dans le monde entier!» Vu le nombre restreint d’éleveurs, il faut de la patience et de la persévérance pour espérer acquérir un inuit du nord. «Certains de mes chiens sont chez des marathoniens, d’autres dans des familles avec enfants, quelques-uns côtoient chevaux, poules et chats, observe Angélique Jaspers. L’important pour eux n’est pas l’activité pratiquée, mais le temps passé avec leurs propriétaires. Polyvalents, ils s’adaptent à toutes les situations. S’ils sont souvent fusionnels avec leurs maîtres, ils se montrent prudents avec les inconnus.» Plus facile à éduquer que la majorité des races nordiques, l’inuit du nord ne doit malgré tout pas être mis entre toutes les mains. «Il est parfois un peu têtu. Si vous lui dites non vingt fois, il va tenter une fois de plus de voir si vous êtes réellement conséquent. Il a besoin d’un leader, qui le cadre gentiment, mais fermement.» 

Risque de consanguinité 

À chaque saillie, Angélique Jaspers se déplace en Grande-Bretagne pour trouver le mâle adéquat pour ses femelles. «Le nombre de reproducteurs étant limité, je dois veiller attentivement aux lignées que je choisis.» Pour l’heure, la race n’est pas encore reconnue par la Fédération cynologique internationale. Elle ne peut donc pas concourir dans les expositions officielles. «Cela limite sa notoriété auprès du grand public», précise l’éleveuse. Des concours sont cependant organisés spécifiquement pour l’inuit du nord en Angleterre. L’année passée, deux des chiots issus de l’élevage d’Angélique Jaspers ont gagné de belles récompenses: Bao a été élu chienne de l’année, alors que son frère Baïkan a gagné le titre équivalent chez les mâles. Un succès qui a de quoi motiver la Fribourgeoise à continuer à s’investir pour le développement de la race.

Angélique Jaspers
Angélique Jaspers entourée de ses trois chiennes, «Adywah», «Faehlie» et «Bao». Cette dernière fait partie de la première portée née au sein de l’élevage.
Faehlie
a très belle «Faehlie», âgée de seulement 9 mois, présente un port d’une élégance certaine.

Fiche signalétique

  •  Origine Grande-Bretagne. 
  • Morphologie Chien de grande taille avec un corps athlétique et puissant. Les mâles pèsent entre 35 et 50 kilos, les femelles entre 25 et 40. Le poil, dense, peut varier du blanc au noir, en passant par le sable et le fauve. La tête comprend un masque plus ou moins marqué. Toutes les couleurs d’yeux sont admises. 
  • Particularité Ce chien a été créé au début des années 1980 par une éleveuse anglaise, qui voulait faire naître un chien qui ressemble le plus possible au loup, mais avec un caractère docile et amical. Cinq races sont à l’origine de l’inuit du nord: l’esquimau canadien, l’esquimau groenlandais, le malamute, le berger allemand et le husky sibérien. La race n’est pas encore reconnue par la Fédération cynologique internationale. Une association anglaise, la Northern Inuit Society, gère actuellement les registres d’élevage, en vue d’une reconnaissance future. En 2011 des inuits du nord ont été utilisés pour représenter des loups dans la série Game of Thrones. 
  • Prix 1950 francs pour un chiot sevré, avec passeport, puce électronique et certificat d’origine. 
  • Ses points forts Sa beauté et sa prestance. Sa polyvalence. Sa fidélité à son maître et son intelligence. 
  • Ses points faibles La difficulté à acquérir un chiot, les éleveurs étant rares. Intelligent et têtu, il nécessite une éducation ferme. 
  • Élevage en Suisse romande Na’heestah, Angélique Jaspers, Fiaugères (FR), www.changequile.co


Témoignage d'une propriétaire

Dominique Delmonaco

Dominique Delmonaco, de Fiaugères (FR), et Baïkan 

«Jamais mon mari et moi n’avons imaginé adopter un chien. Mais nous avons eu un réel coup de foudre pour Baïkan. C’était lui et aucun autre. Désormais, il fait partie intégrante de la famille et nous l’emmenons partout avec nous. D’un léger coup de patte ou d’un doux aboiement, il arrive toujours à nous faire comprendre ce dont il a envie. Mes filles aiment lui apprendre de nouveaux tours, comme la révérence. Avec elles, il est couvert de câlins. 

De mon côté, je pars régulièrement randonner en montagne avec Baïkan: il est infatigable! Notre chien ne laisse personne indifférent: soit les gens en ont peur, à cause de sa similitude avec le loup, soit ils sont curieux et s’approchent. Je n’imaginerais plus la vie sans lui.»


Véronique Curchod