Dernière race à avoir été reconnue officiellement, le lykoi reste encore largement confidentiel. Sous un look un peu étrange se cache un chat très câlin, intelligent et doux. 

En découvrant les chats de Lyndsay Rebetez, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui leur est arrivé, tant leur aspect est inhabituel. Leur pelage épars, presque mité, suscite la retenue et pourrait faire croire qu’ils souffrent d’une maladie. Pourtant, vu leur vivacité, la curiosité l’emporte. «J’aime les animaux qui sortent de l’ordinaire, souligne l’éleveuse de Plan-les-Ouates (GE). Le physique tellement particulier du lykoi ne pouvait que me plaire!» 

Le nom de la race – qui signifie loup en grec ancien – lui sied à merveille, les éleveurs le comparant à un loup-garou. L’extrémité de ses pattes, sans poils, évoque en effet la main d’un homme sur un corps d’animal. De plus, ce chat se transforme tout au long de l’année au fil de mues successives, évoluant d’un animal quasi chauve à un chat presque entièrement poilu. Seule une zone au niveau du visage reste toujours nue. De quoi rappeler là encore le loup-garou, un homme se métamorphosant en loup les soirs de pleine lune… «Cette race n’est pas issue d’une quelconque manipulation génétique, mais doit son look bizarre à une mutation naturelle extrêmement rare», explique la Genevoise. L’homme a ensuite reproduit spécifiquement les chats porteurs de cette mutation, afin de la fixer. Actuellement, il n’existe qu’environ 200 lykois dans le monde entier, répartis dans une vingtaine d’élevages. En Suisse, Lyndsay Rebetez est pour l’instant la seule à l’élever. «Le lykoi suscite beaucoup d’intérêt. Une vingtaine de personnes me contactent chaque mois pour se renseigner sur ce chat unique.» 

En provenance des États-Unis 

L’aspect hirsute de ce chat – «On dirait un balai-brosse à récurer», reconnaît l’éleveuse – donne l’impression que son poil devrait être rêche, mais au contraire il est soyeux sous la caresse. Son nez évoque même la sensation du cuir lorsqu’on l’effleure. Mais il n'y pas que le pelage de doux chez ce chat: d’un tempérament gentil et câlin, il aime la présence humaine. «Il a beaucoup d’empathie pour l’homme, observe Lyndsay Rebetez. Lorsque je suis fatiguée ou un peu triste, un lykoi sera toujours le premier à venir s’installer sur mes genoux.» 

Des Maine coons et des sphynx partagent également la vie de Lyndsay Rebetez, qui élève cette dernière race depuis une douzaine d’années avec une grande rigueur. La quadragénaire s’est rendue aux États-Unis, chez l’une des fondatrices de la race lykoi, pour y acquérir ses premiers reproducteurs: Eve en 2017, suivie de Seth et Aclima l’année passée. Fin 2018, l’éleveuse a pu acquérir en Belgique une troisième femelle, Origin, issue des deux lignées de base. 

Une nouvelle lignée en création 

Cependant, Lyndsay Rebetez ne veut pas seulement faire naître des chatons de parents reproducteurs reconnus, mais elle tient à apporter sa propre contribution au développement de la race. «Pour éviter un taux de consanguinité trop élevé, vu le peu de sujets, il est capital d’amener du sang neuf, explique-t-elle. Un programme d’hybridation avec des chats noirs domestiques à poil court, sélectionnés pour leurs qualités physiques, a ainsi été mis sur pied au niveau international.» Le travail est de longue haleine, s’étendant au minimum sur cinq ans: un croisement entre un lykoi et un chat domestique donnera une première génération, qui sera recroisée avec un autre lykoi. Et ainsi de suite jusqu’à la cinquième génération. À ce moment-là, les chatons seront alors considérés comme lykoi pur. Le premier chaton hybride, Alpha, est né l’an dernier, après deux ans de recherche pour trouver un chat mâle répondant aux critères de la race. «Mon but est de créer une nouvelle lignée, il en est le premier maillon», se réjouit Lyndsay Rebetez. 

Likoy
«Aclima Gobsgobblins», jeune femelle âgée de 8 mois, présente une robe «black roan».

Fiche signalétique

  • Origine États-Unis. 
  • Morphologie Chat de taille moyenne avec de grandes oreilles et une tête triangulaire. Le lykoi est caractérisé par une nudité éparse, plus marquée autour des yeux, du nez, de la bouche et du menton, qui donne l’impression qu’il porte un masque. Les yeux sont orange, couleur la plus recherchée, ou or à vert. Le pelage, sans sous-poil, est rouan, une robe poivre et sel unique chez le chat qui ne se trouve que dans cette race: certains poils sont noirs, d’autres blancs. 
  • Particularité Le lykoi est issu de la mutation naturelle spontanée d’un chat domestique noir à poil court. Cette mutation s’est produite au cours des siècles à de nombreuses reprises, sans que des éleveurs s’y intéressent pour créer une nouvelle race. L’élevage du lykoi a démarré en 2011 aux États-Unis avec deux lignées différentes. Le Loof (livre officiel des origines félines) l’a accepté au statut de nouvelle race en 2018, ce qui lui permet d’être présenté en exposition, mais pas d’obtenir un titre. 
  • Prix 2500 à 3000 francs pour un chat de compagnie stérilisé, vacciné, identifié et avec pedigree. 
  • Ses points forts Son originalité. Son caractère attachant et sociable. 
  • Ses points faibles Sa rareté qui rend son acquisition difficile et son prix élevé. Risque de vol s’il sort. 
  • Élevage en Suisse romande Chatterie de Lyndsay Lykoi, Lyndsay Rebetez, Plan-les-Ouates (GE), www.lykoicat.ch 

Témoignage d'un propriétaire

 Laurent Severac, de Genève, et Seth 

«L’aspect exotique du lykoi m’a attiré au premier regard. J’ai par la suite découvert son caractère particulièrement affectueux. Curieux et sociable, Seth n’hésite en effet pas à aller quémander de l’attention vers mes amis qui sont tous sous le charme. Il communique beaucoup avec moi, utilisant toute une gamme de sons divers. S’il aime faire la sieste pendant de longues périodes, lorsqu’il se réveille, il joue avec beaucoup de dynamisme. Au fil des mois, le pelage de Seth varie: il est plus ou moins poilu, ce qui me donne parfois l’impression de ne pas avoir le même animal à la maison!»