En automne, le petit rongeur se met en quête de nouveaux habitats et les chances de le rencontrer chez soi augmentent d’autant. À moins qu’il ne s’agisse d’un mulot, avec lequel on confond souvent la souris grise. 

Hiiii, une souris! Le face-à-face inopiné entre humain et souris domestique sur un carrelage de cuisine est un classique de l’humour cartoonesque, avec cris hystériques du premier et fuite éperdue de la seconde comme passages obligés de la saynète... Pour légendaire qu’elle soit, celle-ci n’en est pas moins assez réaliste. Surtout en automne. Car si Mus domesticus, nom latin du petit rongeur, vit en toute saison à proximité de l’homme, il s’agite particulièrement à cette saison, comme l’explique le spécialiste des mammifères Michel Blant: «Comme tous les rongeurs, la souris grise peut faire jusqu’à cinq ou six portées par an, avec de cinq à dix jeunes à chaque fois et une pause hivernale. En automne, la population est donc à son apogée, ce qui incite les souris à tenter de se trouver de nouveaux gîtes, de préférence à l’intérieur pour se prémunir des frimas.» Et pour une souris, la parfaite résidence hivernale se doit d’être un endroit calme et abrité de la lumière, mais surtout proche d’une source de nourriture: autant de spots qu’on trouve en abondance dans n’importe quelle habitation humaine. Comme l’animal peut se faufiler dans un passage n’excédant pas 1,5 cm de diamètre, l’expression «trou de souris» n’a, là encore, rien d’exagéré. 

Mulot ou souris grise? 

«Les souris peuvent causer pas mal de dégâts aux aliments laissés sans protection, explique le biologiste. Elles peuvent par exemple ouvrir des paquets de riz ou de pâtes, transporter de grosses noix et les ouvrir avant d’en faire de surprenantes réserves… Elles sont opiniâtres et n’hésitent pas à se frayer un passage à coups d’incisive pour rejoindre l’objet de leur appétit: plâtre, carton, bois, rien ne leur résiste.» La petite souris grise n’est cependant pas la seule à se livrer à ce genre de rapines. «À cette même période, les mulots à collier ou les mulots sylvestres quittent volontiers leur habitat forestier pour se mettre au chaud», précise Michel Blant. Si leur pelage diffère (les souris sont entièrement grises, les mulots plutôt bruns-beige, avec le ventre blanc ou gris clair), ils sont tout aussi rapides que les souris, et il est difficile de les identifier avec certitude.» 

Du point de vue de l’homme qui partage son espace vital avec le petit rongeur, la question n’est d’ailleurs pas cruciale: les deux espèces ont un comportement similaire – outre leur régime alimentaire, une activité essentiellement nocturne et une tendance à disséminer leurs crottes (de minuscules bâtonnets d’un demi-millimètre de large sur le double de longueur) au gré de leurs banquets itinérants. «Des crottes de plus grande taille indiquent la présence d’un autre rongeur, comme le rat noir», note d’ailleurs Michel Blant. Mais si des aliments souillés par leurs déjections doivent évidemment être jetés, les petits mammifères ne posent pas de problème sanitaire: «Les rongeurs sauvages peuvent être porteurs de virus transmissibles à l’homme, mais les souris en sont dépourvues», souligne le spécialiste. Pas de risque non plus de se retrouver face à une invasion incontrôlée: leur mortalité est de toute façon importante, de par leur courte espérance de vie et la régulation exercée par les chats. Alors, plutôt que de courir à leurs trousses avec un balai ou de leur empoisonner (littéralement) la vie, mieux vaut tenter de leur barrer l’accès au garde-manger… et s’y intéresser de plus près. 

Car comme le rappelle Michel Blant, «on dispose de relativement peu de données sur la souris domestique, victime en quelque sorte de son caractère trop banal.» L’association Nos voisins sauvages, dont il dirige l’antenne romande, recueille ainsi volontiers tout témoignage de sa présence commensale sur son site web, «à condition d’être sûr qu’il s’agit bien d’une souris grise», conclut le biologiste.

Souris grise
En dépit de sa taille modeste, la souris grise est susceptible de causer des dégâts assez importants aux denrées alimentaires imprudemment laissées à sa portée. Ce qui n’en fait pas un danger pour autant!

Notre expert

Michel Blant

 Biologiste spécialiste des mammifères, Michel Blant dirige, à Neuchâtel, un bureau d’étude qui se consacre notamment à la gestion de la faune, aux inventaires d’espèces, à l’information du public ou encore à la recherche appliquée. Membre de la communauté de travail Faune Concept et responsable de l’antenne romande de Nos voisins sauvages, il contribue à développer les sciences participatives en vue de la révision de l’Atlas des mammifères de Suisse et du Liechtenstein. 

+ D’INFOS www.fauneconcept.ch 


Blaise Guignard