Il n’est pas rare de ressentir une crainte incontrôlée à la vue de ces arthropodes, fréquents dans nos maisons. Si cette réaction irrationnelle est pénible au quotidien, une désensibilisation est envisageable. 

Leurs longues pattes agiles et leur corps parfois velu font frémir de dégoût nombre de personnes. Si certains ressentent une simple appréhension, pour d’autres, la seule vue d’une photo d’un arthropode provoque des sueurs froides et des tremblements incontrôlables. Impossible alors de s’imaginer partager son appartement avec l’une de ces bestioles! «La peur des araignées – ou arachnophobie – figure parmi les phobies les plus répandues, relève Oscar Gillard, de Chavornay (VD). Selon des études, 5% de la population serait touchée. Le manque de connaissances à leur sujet provoque des réactions disproportionnées et irrationnelles. On a souvent peur de ce qu’on ne connaît pas.» Cet amateur de terrariophilie, qui travaille comme gardien d’animaux, s’est donné pour mission de réhabiliter ces mal-aimés auprès du grand public. 

Car avoir une araignée chez soi est au contraire un indicateur de la bonne santé de son habitat. Prédateur hors pair, elle débarrasse les logements des mouches, moustiques et autres cafards. Le Vaudois propose ainsi des séances de désensibilisation. «J’ai toujours été fasciné par les couleurs chatoyantes de certaines espèces et la beauté de leurs toiles. J’ai envie d’encourager les gens à modifier leur regard, en rendant ces animaux sympathiques, ou en tout cas acceptables, au même titre que d’autres insectes.» Ce jour-là, Manon Ballestracci vient se confronter à ses peurs. «Plus une araignée est grosse, plus je panique, témoigne la jeune femme. Leurs pattes me révulsent. Bien que je sois consciente que cette crainte n’a pas lieu d’être, les araignées ne représentant aucun danger pour l’homme en Suisse, je suis quand même morte de trouille!» 

Un traumatisme ancien 

Peut-être que cette peur instinctive remonte à des temps anciens, où les humains devaient survivre en milieu hostile. Mais le plus souvent, en Europe, l’éducation joue un rôle primordial, les parents transmettant leur crainte à leurs enfants par imitation. «Dans certaines cultures, l’araignée est au contraire vénérée, alors qu’on la retrouve chez nous plutôt dans les films d’épouvante», souligne Oscar Gillard. Des expériences déplaisantes peuvent également être à l’origine de cette phobie. Pour Manon, celle-ci remonte à un souvenir traumatisant d’enfance. En vacances au Brésil, elle avait alors découvert une mygale dans son lit en soulevant le duvet. De quoi faire des cauchemars pendant de longues années… 

Dans un premier temps, la jeune femme apprend à découvrir en photo l’extraordinaire diversité de ces arthropodes. Dans les maisons ou en pleine nature: les araignées ont colonisé tout le globe, à l’exception des pôles et des hautes altitudes. Leur fil de soie a des propriétés étonnantes, qui ont été utilisées notamment pour créer des greffes de peau. De plus, elles jouent un rôle écologique de premier ordre, en régulant la population d’insectes et d’invertébrés. L’objectif est de susciter l’intérêt et la curiosité pour ces animaux. «Cet aspect théorique m’aide à mieux appréhender ma peur, reconnaît Manon. J’ai appris beaucoup de choses surprenantes que je n’aurais jamais imaginées. Mais cela ne me donne pas pour autant envie de toucher une araignée!» 

Observer de plus près 

Il est temps maintenant de passer à la phase pratique. Oscar Gillard commence par des araignées communes de petite taille qu’on trouve dans nos habitats. «Oh là, j’ai des frissons rien que de les voir», s’exclame la jeune femme. Pour détourner son attention, il lui montre différentes parties de l’araignée, tels les appendices qui servent à maintenir la nourriture, ou les yeux. Crispée, elle observe. «Il est important de prendre le temps et de ne forcer personne, sous peine de renforcer le blocage, signale le gardien d’animaux. Chaque personne me dit jusqu’où elle est prête à aller. Pour certains, voir une araignée en photo est déjà trop. Il faut du temps pour appréhender différemment cet animal.» 

Manon réagissant plutôt bien, Oscar Gillard sort ensuite une jeune mygale. La jeune femme recule d’un bond, guère rassurée. Cependant, peu à peu elle arrive à surmonter sa méfiance, l’attrait de la nouveauté l’emportant. «Je n’aurais jamais imaginé pouvoir m’approcher aussi près d’un tel animal, se réjouit Manon Ballestracci. Paradoxalement, cette mygale m’a fascinée. Le cadre sécurisé m’a certainement aidée.» Restera désormais à intégrer au quotidien ce regard différent qu’elle pose désormais sur l’objet d’une peur viscérale!

Araignée
Difficile de croiser une araignée dans son appartement lorsque sa vue procure des montées d’adrénaline incontrôlables! Pour apprivoiser sa peur, Manon se confronte notamment à une mygale sous la conduite d’Oscar Gillard. L’environnement sécurisé permet de découvrir cet arthropode en toute quiétude.

En chiffres

Les araignées, ce sont: 

  • 44 000 espèces dans le monde entier, dont 983 en Suisse. 
  • 200 d’entre elles provoquent des réactions épidermiques. 
  • 20 espèces représentent un danger mortel pour l’homme. 
  • 400 millions d’insectes par hectare capturés chaque année. 
  • Une centaine d’individus par mètre carré de prairie. 
  • 6 mois à une vingtaine d’années, leur durée de vie. 
  • 0,2 mm à 30 cm, leur taille moyenne. 
  • 8 pattes, contre 6 pour les insectes.

Une mygale comme animal de compagnie

Si certains ont horreur des araignées, d’autres les choisissent comme animaux de compagnie. Les mygales, par leur taille, ont la préférence des terrariophiles. Elles ont un comportement placide, qui rend leur manipulation possible, malgré leur réputation. N’imaginez cependant pas épater la galerie en les présentant à vos amis! Ces arachnides font avant tout le bonheur de personnes aimant observer leur comportement. Les sortir de leur terrarium est en effet une source de stress pour elles. En outre, si leur morsure, plutôt rare, n’est pas mortelle, elle reste venimeuse. Les mygales, dont il existe plusieurs espèces, peuvent vivre une vingtaine d’années, mieux vaut donc bien réfléchir avant d’adopter un spécimen. À noter qu’en Suisse, aucune autorisation n’est nécessaire pour les détenir.


Véronique Curchod