Le Centre Emys de Chavornay (VD) s’agrandit sans cesse et milite pour la réintroduction de la cistude. Il continue de recevoir en parallèle des centaines d’animaux par an, évitant ainsi qu’ils soient relâchés dans la nature.

Elles profitent d’un rare rayon de soleil, entre deux éternuements. Les tortues du Centre de soins Emys, à Chavornay, sont encore plongées dans une certaine torpeur. On les verrait presque grelotter. «Elles sont sorties de leur hibernation en février mais elles souffrent du froid de ce mois de mai, constate Charlotte Ducotterd, biologiste bénévole. Il leur faudrait deux semaines de beau temps pour qu’elles puissent reprendre des forces.» 

Plus de 2500 tortues ont trouvé refuge dans ce centre unique en Suisse. Pour pouvoir toutes les accueillir dans de bonnes conditions, de nouvelles infrastructures ont été créés depuis 2018, comme de nouveaux bassins, à l’intérieur d’une serre géante mais aussi à l’extérieur, avec une vue imprenable sur la plaine de l’Orbe. «Ces locaux sont idéaux, se réjouit le fondateur de l’association Protection et récupération des tortues, Jean-Marc Ducotterd. Ils nous permettent de recueillir ces reptiles abandonnés mais aussi de sensibiliser le public à leur sort.» Depuis la réouverture des visites le mois dernier, le centre bat des records de fréquentation, ce qui lui permet de remplir un peu ses caisses, qui se sont peu à peu vidées lors de la pandémie. 

Afflux massif de tortues 

«Heureusement, on peut compter sur plus de vingt bénévoles pour s’occuper de nos pensionnaires», poursuit ce passionné de tortues depuis quarante ans. Tout a commencé par l’adoption de l’une d’elles, rapidement rejointe dans le jardin familial par d’autres congénères. Puis il crée l’association qui chapeaute le refuge en 1994 avec Jean Garzoni, le fondateur du Vivarium de Lausanne et le biologiste Olivier Lasserre. Pour faire face à l’afflux de tortues qu’elle recevait chaque année, il a fallu construire des locaux plus grands. Le projet a mis quatre ans pour aboutir mais n’a pas désempli depuis. L’année de son ouverture, 570 tortues y ont été accueillies; en 2019, ce sont 470 spécimens qui y ont trouvé une place, puis 320 individus supplémentaires l’an dernier. «La prévention commence à bien fonctionner, remarque celui qui estime que ces reptiles ne devraient plus être vendus en animalerie. Le problème avec les tortues, c'est qu’il y a une grande latence entre le moment où les gens les achètent et celui où ils veulent s’en débarrasser.» Des films comme «Le monde de Nemo» ou les tortues Ninja ont poussé des familles à adopter cet animal pouvant vivre jusqu’à 130 ans. «On reçoit par exemple des tortues de personnes âgées devant aller en EMS, ajoute Jean-Marc Ducotterd. Certains propriétaires font aussi de l’élevage, ne se rendant pas compte qu’il faut de l'espace pour assurer leur bien-être.» 

Des espaces modèles 

À l’extérieur du bâtiment, les bénévoles ont aménagé des espaces représentant le biotope idéal pour les tortues, qui sert d’exemple à suivre pour les futurs détenteurs. «Entre 80 et 120 d’entre elles sont adoptées chaque année, explique Jean-Marc Ducotterd. On demande aux familles de respecter des critères plus stricts que ce qu’impose la loi, pour être certains qu’elles seront bien traitées.» Dehors, les tortues terrestres se cachent dans les hautes herbes ou sous un abri vitré, alors que leurs consoeurs aquatiques préfèrent lézarder au soleil plutôt que de piquer une tête dans leur étang, encore frais, pour se nourrir. Plus loin se trouve l’enclos dédié à la cistude, la seule tortue indigène du pays, réintroduite notamment à Genève et dans la réserve de la Vieille-Thielle (NE). «Nous avons mis en place un programme de conservation de cette espèce, qui a disparu lorsque les marais du pays se sont asséchés, détaille Charlotte Ducotterd, experte de cette petite tortue. Nous avons créé une station d’élevage ici, à Chavornay, pour la préserver. Elle figure sur la liste rouge des espèces menacées.» Le Centre espère ainsi redonner une chance à la cistude, qui a toute sa place dans notre environnement, contrairement à ses cousines exotiques, trop souvent relâchées illégalement.

Le Centre Emys
Les 2500 tortues du Centre de Chavornay disposent de bassins et d’enclos, dans lesquels Charlotte et Jean-Marc Ducotterd les bichonnent. Ils ont créé une station d’élevage de cistudes «Emys orbicularis», réintroduites depuis peu en Suisse.
Tortue

En Chiffres

Le Centre Emys 

  • 27 ans d’activité pour l’association Protection et récupération des tortues. 
  • Plus de 2500 tortues sont logées à Chavornay, dans des installations pouvant recueillir jusqu’à 5000 animaux. 
  • 50 à 130 ans: la durée de vie moyenne de la quarantaine d’espèces qui y ont trouvé refuge. 
  • Entre 80 et 120 individus: le nombre de tortues confiées à l’adoption. 
  • 2018: l’association, reconnue d’utilité publique depuis 2013, a créé un nouveau centre dans la plaine de l’Orbe. 
  • 360 espèces de tortues dans le monde.

Céline Duruz

+ D’INFOS www.tortue.ch