Qu’ils proviennent d’Espagne, de Roumanie ou de Serbie, de nombreux canidés abandonnés trouvent un nouveau foyer en Suisse. Actuellement sur les écrans romands, un film raconte le destin de l’un d’entre eux.

Le film Cody – the dog days are over qui sort ces jours sur les écrans romands, met en lumière le travail des bénévoles oeuvrant à l’étranger pour offrir une deuxième chance à des chiens abandonnés. Ce documentaire raconte l’histoire de l’un d’entre eux (voir l’encadré ci-dessous). Comme Cody, ils sont des centaines à être ainsi adoptés en Suisse chaque année. Rien qu’en Romandie, une douzaine d’associations propose des chiens en provenance de Roumanie, d’Espagne, de Serbie ou même de Tunisie. Animaux errants trouvés dans la rue ou abandonnés dans un chenil, mais pas forcément maltraités, ils ont été livrés à eux-mêmes avant d’être recueillis par des refuges locaux. «En Espagne, les chasseurs se débarrassent de près de 50 000 lévriers chaque année, parce qu’ils ne sont plus assez performants, souligne Laurence Claude, présidente de l’Association Coeur de Galgo. Nous cherchons à leur offrir une vie meilleure.» 

Sauver un chien est la motivation principale de la majorité des adoptants. Mais certains y voient juste un moyen d’acquérir un compagnon à moindre coût, pour quelques centaines de francs contre plus de mille pour un chien de race. «Depuis deux ans, ce phénomène augmente, constate Laurence Claude. Nous sommes très vigilants quant à la volonté des futurs propriétaires de s’impliquer pour leur animal. Souvent, les gens veulent faire une bonne action, mais ne sont pas à la hauteur de la tâche.» Pour éviter que ces canidés soient abandonnés une seconde fois dans notre pays, les associations qui travaillent sérieusement procèdent à une sélection rigoureuse des futurs propriétaires, mais également des chiens: tous ne peuvent malheureusement pas être proposés à l’adoption, certains ayant vécu un traumatisme trop important. 

Aider aussi sur place 

Cependant, en Suisse aussi, des canidés sont à la recherche d’un nouveau foyer. On peut donc légitimement se demander si ces chiens importés n’hypothèquent pas l’avenir des animaux qui sont déjà dans les refuges romands. «Chaque année, nous avons en moyenne 500 chiens à placer. Dans notre structure, tous trouvent preneur, observe Stéphane Crausaz, de la Société vaudoise de protection des animaux. Mais cela n’est pas le cas de tous les refuges.» Plusieurs associations ont cependant constaté que les chiens recueillis dans les refuges ne correspondent pas forcément à ce que recherchent les futurs propriétaires, notamment au niveau des races disponibles ou du comportement. «Importer ainsi des milliers de chiens de l’étranger pour leur offrir une vie meilleure ici ne résout malheureusement pas les problèmes sur place, regrette Stéphane Crausaz. Leur nombre est en effet sans limite.» Pour faire face à cette problématique, plusieurs associations romandes, comme Coeurs de chiens ou Coeur de Galgo, soutiennent également des associations locales et tentent de faire évoluer les mentalités, afin d’améliorer l’existence des canidés dans leur pays d’origine. 

Rééducation indispensable 

Par manque de familles d’accueil, la majorité des associations ne font venir un chien qu’après lui avoir trouvé un foyer en Suisse. Les futurs adoptants doivent donc choisir leur animal sur photo, sans avoir eu un contact avec lui auparavant. «Nous travaillons uniquement avec des refuges partenaires en qui nous avons toute confiance, précise Laurence Claude. Les bénévoles nous renseignent sur le caractère de chaque animal. Les nouveaux propriétaires doivent être néanmoins conscients que leur compagnon va devoir faire face à un environnement complètement différent.» Ces chiens, qui ont souvent vécu en liberté dans la rue, demandent généralement un temps d’adaptation pour s’intégrer à la vie citadine offerte dans notre pays. Ils ont en revanche rarement des problèmes de sociabilité avec leurs congénères, ayant pour certains déjà vécu en meute. 

«Pouvoir redonner confiance à un chien et lui montrer que la vie peut être belle est une formidable expérience, s’enthousiasme Christelle Delaloye, de L’Isle (VD). Les débuts avec Douce, qui porte son nom à merveille, n’ont pas été faciles: elle était très craintive, notamment face aux bruits. Mais à force de patience, nous avons pu lui permettre de surmonter ses angoisses et créer une magnifique relation.»

Famille et son chien
Christelle Delaloye, ici entourée de ses deux enfants Lucas (à g.) et Mathieu, est heureuse d’avoir adopté «Douce».

Risque sanitaire

Importer un chien en provenance de certaines contrées présente le risque d’introduire des maladies en Suisse ou de favoriser la propagation de parasites. La majorité des pays d’où sont issus ceux proposés à l’adoption par des associations ne sont pas exempts de rage, une zoonose éradiquée en Suisse. Il est donc important de vérifier que l’animal a été vacciné correctement et, suivant son origine, le taux d’anticorps antirabique analysé. D’autres maladies, comme la leishmaniose ou la dirofilariose, sont présentes de manière endémique dans le bassin méditerranéen: si l’animal n’a pas été testé, il peut développer cette affection une fois arrivé dans son nouveau foyer, jusqu’à plusieurs mois après son adoption.


Véronique Curchod