La propension de ce rongeur à s’installer à proximité immédiate de l’homme n’est pas sans causer quelques problèmes de cohabitation quand il se réfugie dans les logements. 

Voisinage bénéfique

Avant de profiter des conditions de vie facilitées que l’homme lui a offertes, la souris dite domestique subissait les mêmes difficultés existentielles que tout animal sauvage. «Elle est originaire de la région historique moyen-orientale de Mésopotamie. L’espèce s’est rapprochée de l’homme à l’époque où ce dernier a commencé à cultiver des céréales, explique Manuel Ruedi, zoologiste, mammalogiste et conservateur des vertébrés au Muséum d’histoire naturelle de Genève. Friand de grains, le rongeur s’est donc installé dans son environnement immédiat, dans les poulaillers et les moulins, mais aussi dans les habitations. À la différence du mulot, un bon grimpeur que l’on retrouve parfois dans les greniers, la souris grise se borne à courir. C’est donc essentiellement au niveau du sol qu’on la trouve. 

Une courte vie

Mus musculus, de son nom latin, fait partie des 2700 espèces de rongeurs réparties dans le monde entier. «Sa formule dentaire est indicatrice de cet ordre avec, par mâchoire, deux incisives, un espace nommé le diastème, puis six molaires. Elle appartient à la famille des muridés comme les mulots, mais se distingue de ces derniers, auxquels elle ressemble beaucoup, par une taille légèrement inférieure, un pelage uniforme de couleur grise et des yeux légèrement moins proéminents. Sa queue nue est plus courte que la longueur de la tête et du corps. Un critère qui la distingue aussi du mulot dont la longueur de la queue égale celle du corps. Une souris peut atteindre l’âge de 2 ans lorsque les conditions lui sont propices – refuge dans des bâtiments et nourriture en suffisance – mais elle survit rarement plus d’une année en milieu moins favorable.» 

Hôte peu apprécié

Plutôt que de les tuer par empoisonnement ou avec une trappe, une bonne manière d’éviter l’installation de souris dans les maisons est de protéger notre nourriture, plus spécifiquement celle de nos animaux domestiques. «Ce rongeur est peu sensible aux répulsifs chimiques, l’animal étant sans cesse confronté aux fortes odeurs de nos déchets, précise le zoologiste. Quant à le tenir éloigné au moyen d’ultrasons, c’est une mauvaise solution. Ces appareils perturbent en effet de manière insupportable les chiens et chats, mais également les chauves-souris. En cas de piégeage d’une souris dans le but de la libérer, il est nécessaire de la relâcher à grande distance – plus d’un kilomètre – car son sens de l’orientation lui permet de retrouver son chemin. Elle court également le risque de se trouver confrontée à la traversée du territoire d’une autre colonie de souris. Ce qui ne se passe pas sans dégâts. Les souris protègent en effet leur domaine en agressant les congénères qui voudraient y pénétrer.» 

Reproduction effrénée

Les souris sont territoriales, mais également soumises à une forte hiérarchie. «Le mâle dominant s’accouple avec toutes les femelles du groupe familial, y compris ses propres descendantes... Le nid est construit dans un endroit tranquille. C’est un amas de déchets constitué de papier, de tissus ou de divers débris. L’espèce se reproduit toute l’année lorsque les conditions s’y prêtent. Et elle est extrêmement prolifique: une seule femelle peut ainsi mettre bas de cinq à huit portées comptant chacune huit à dix petits. Sachant qu’une femelle est reproductrice à l’âge d’un mois et demi, le total annuel des naissances est tout à fait spectaculaire.» Ces populations nombreuses sont heureusement jugulées par la mortalité des jeunes, les maladies, les parasites ou encore la prédation. Chats, fouines, faucons et serpents prélèvent en effet des quantités importantes de ces rongeurs. 

Inceste sans conséquence

«Nous avons abrité à une certaine époque des souris ayant choisi de s’installer dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle de Genève. Notre problème fut de savoir à quel endroit elles se reproduisaient. Jusqu’au jour où l’on a découvert qu’elles trouvaient fort pratique de s’installer à l’intérieur des animaux empaillés. Les grands moyens furent nécessaires pour s’en débarrasser. Mais cela n’a pas été en vain. Grâce à la génétique, par détermination de leur ADN, nous avons pu mener une étude qui démontrait que l’inceste pratiqué par les mâles ne provoquait pas de dégénérescence notable de l’espèce. Un fait que n’avait pas révélé une autre étude menée sur des souris de laboratoire», conclut Manuel Ruedi. 

Souris grise
La souris domestique se reconnaît à son pelage uniforme, le plus souvent de couleur grise, à ses oreilles bien visibles et à ses grands yeux. Sa queue est inférieure en taille à la longueur tête et corps. Une fois piégée, il la faut libérer à grande distance, soit plus d’un kilomètre, son sens de l’orientation lui permettant de retrouver le chemin de son lieu de capture.

Daniel Aubort