Très populaires, les guppys, scalaires et autres stars d’aquarium sont présents dans de nombreux ménages suisses. Les professionnels encouragent toutefois à bien se renseigner avant d’en faire l’acquisition. 

«Un trop grand nombre d’aquariophiles amateurs se rendent compte que leurs poissons vont mal quand ceux-ci sont agonisants, voire déjà morts, déplore Sylvain Ursenbacher, président de l’Association romande des clubs aquariophiles et terrariophiles. Certains d’entre eux banalisent le fait de devoir régulièrement repeupler leur aquarium, alors que les individus devraient vivre plusieurs années, voire une quinzaine d’années suivant les espèces.» 

Afin d’informer le grand public et faire évoluer les mentalités, plusieurs organisations et instances officielles ont lancé une campagne de sensibilisation. Le faible prix de cet animal – on en trouve dès 2 francs – ne n’incite malheureusement pas à agir de manière responsable. Les poissons ont beau être moins expressifs qu’un chat ou un chien, ils méritent certains égards. «On a constaté des méconnaissances importantes quant aux exigences de base des diverses espèces, souligne Fabien Loup, de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). La maltraitance est souvent due à de l’ignorance, mais les poissons en souffrent.» 

Si aucune autorisation n’est nécessaire pour en détenir à titre privé, des normes régissent néanmoins cette détention. «La législation stipule explicitement la nécessité de veiller à leur bien-être, note le vétérinaire. Mais le but est d’informer, plutôt que de légiférer, avec contrôles à l’appui.» 

L’esthétisme ne prime pas 

Dès lors, pas question de se lancer sur un coup de tête: trois semaines au minimum sont nécessaires entre la mise en eau du bac et l’arrivée des premiers habitants, afin d’équilibrer le cycle de l’azote. Un aquarium de 100 à 150 litres au minimum permet d’assurer une certaine stabilité de la qualité de l’eau, un point primordial. Un système de filtration adéquat, complété par un changement régulier d’une partie de l’or bleu, permet d’éviter de nombreux soucis. Des contrôles réguliers – pH, température, dureté, etc. – relèvent également d’une routine à acquérir. Lors de l’achat, le côté esthétique ne doit pas primer sur les besoins des diverses espèces. «On ne peut pas mettre un poisson jaune, trois verts et deux bleus ensemble juste parce qu’ils sont jolis, avertit Fabien Loup. Un débutant devrait se limiter à deux ou trois espèces compatibles au maximum.» 

L’observation quotidienne de ses petits pensionnaires renseigne sur leur état de santé. Un individu un peu plus apathique, avec des nageoires moins déployées ou des couleurs changeantes, peut s’avérer malade. Cette surveillance permet en outre d’analyser les interactions entre les individus. «Peut-être que l’un d’eux est poursuivi par d’autres de manière trop intense: dans ce cas, le nombre de cachettes est-il suffisant?» Quant à l’alimentation, s’il est relativement facile d’en trouver de qualité, elle pose problème lorsqu’elle est donnée en excès. En découle alors une surcharge de nitrates qui dégrade la qualité de l’eau. 

Une riche diversité 

Mais comment éviter les faux pas? Car la diversité des espèces – plusieurs milliers – ne facilite pas forcément l’apprentissage. «Un chihuahua ou un dogue ont des besoins quasi similaires, ce qui n’est pas le cas d’un poisson à l’autre», souligne Sylvain Ursenbacher. Si aucune formation n’est obligatoire, plusieurs clubs proposent des cours, à suivre de préférence avant de se lancer. «Certains détenteurs ont des connaissances très pointues, alors que d’autres, principalement ceux qui débutent, ne prennent pas le temps d’acquérir les compétences nécessaires, regrette le biologiste vaudois. La majorité des vendeurs sont pourtant de bon conseil, pour autant qu’on prenne la peine de les questionner.» Un site internet mis en place par diverses organisations helvétiques donne aussi de précieuses informations. 

Homme qui donne à manger à des poissons dans un aquarium
Le biologiste vaudois Sylvain Ursenbacher prend grand soin des pensionnaires de son aquarium, parmi lesquels ce scalaire.

En chiffres

 En Suisse, on compte... 

Près de 3 millions de poissons en aquarium, plus de 1 million en bassin. 

4% des ménages détiennent cet animal. 

Plus de 95% de poissons d’eau douce. À noter que plus de 80% d’entre eux proviennent d’élevages, le reste étant prélevé dans la nature. 

4500 espèces disponibles sur le marché. 

2 à 20 francs, le prix de vente de la majorité d’entre eux. 

17 000 poissons recueillis en 2020 par Aqualuz, à Sursee (LU), le principal refuge suisse qui leur est dédié. 


Véronique Curchod

+ D’INFOS www.poissondaquarium.ch