Si les pensionnaires d’Aquatis, à Lausanne, n’ont plus de visiteurs en cette période de pandémie, l’équipe du plus grand aquarium d’eau douce d’Europe n’en continue pas moins de veiller sur leur santé. Reportage.

Bien qu’Aquatis ait dû fermer ses portes pendant plusieurs mois, les membres de l’équipe oeuvrant au bon fonctionnement de l’aquarium lausannois ont continué à s’activer en coulisse. Prendre soin des quelque 9000 pensionnaires nécessite en effet une attention de tous les instants, visiteurs ou pas. Cet après-midi-là, nous avons suivi le travail de Natacha Chappex et Jean-Luc Perrenoud, vétérinaires du cabinet Animalis, à Puidoux (VD), qui effectuent une tournée de l’institution tous les sept à quinze jours. D’abord, direction la zone de quarantaine, où les animaux nouvellement arrivés ou malades sont logés. Une anguille en provenance du zoo d’Amsterdam doit être contrôlée. Tous les nouveaux pensionnaires sans exception sont en effet soumis à une batterie de tests, afin de vérifier qu’ils ne sont pas porteurs de virus et autres bactéries. «Pour les reptiles, nous faisons un prélèvement au niveau de la trachée et du cloaque, explique la vétérinaire. Nous pouvons compter sur les soigneurs pour immobiliser l’animal pendant notre intervention, une manoeuvre d’autant plus délicate lorsqu’il s’agit d’espèces venimeuses.» Dans un autre bac, des gardons, une espèce de poisson commune en Europe, ont le corps parsemé de rougeurs dues à des bactéries. Un traitement se révèle nécessaire. «Nous évitons au maximum de recourir aux antibiotiques, relève Natacha Chappex. Dans ce cas précis, nous n’avons pas d’autre solution. Les poissons qui mangent encore recevront une dose mélangée à leur aliment.» 

Surveillance quotidienne 

Vu le nombre important d’animaux, le rôle des soigneurs est capital. Quotidiennement, ils contrôlent la qualité de l’eau ou la présence d’éventuels microorganismes indésirables. Ils vérifient également que chaque sujet s’alimente correctement et n’ait pas un comportement inhabituel. Un apprenti gardien d’animaux signale ce jour-là le changement d’attitude d’une jeune vipère aspic, moins active que ses congénères. «Une équipe attentive permet de réagir rapidement, avant qu’il ne soit trop tard, souligne Jean-Luc Perrenoud. De notre côté, notre rôle consiste à intervenir dès que nécessaire, mais pas à outrance non plus, sous peine de déranger inutilement les animaux.» 

Après avoir quitté la zone de quarantaine, les vétérinaires se rendent dans l’enceinte accessible aux visiteurs. L’iguane vert Bella doit être contrôlé par les spécialistes. Suite à une morsure lors de l’accouplement, un début de nécrose à l’extrémité de sa queue va nécessiter l’application quotidienne d’une pommade. «Je suis confiante, car les reptiles cicatrisent en général mieux que les mammifères», se réjouit Natacha Chappex. 

Diagnostic parfois difficile 

Chaque serpent, poisson et amphibien a ses maladies propres et ne supporte pas forcément les mêmes préparations médicamenteuses. Vu le nombre d’espèces, connaître l’ensemble des pathologies, d’ailleurs souvent non répertoriées, est donc un véritable défi. Tout comme le simple fait d’arriver à examiner correctement un piranha ou un crocodile sacré. De plus, l’arsenal de mesures médicales qui peut être mis en place est parfois limité. «La capacité d’adaptation à chaque situation fait le charme du métier, s’enthousiasme Jean- Luc Perrenoud. Nous échangeons énormément avec les autres vétérinaires des zoos européens, afin d’accumuler conjointement de l’expérience.» Pour faciliter les trai-tements, les soigneurs habituent dans la mesure du possible les pensionnaires à venir à leur contact. «On met en confiance l’animal en associant le toucher avec une friandise, indique Michel Ansermet, directeur d’Aquatis. Cet entraînement fonctionne aussi bien pour les mangoustes que pour certains reptiles ou la grande raie. Il permet de diminuer leur stress.» Certains cas, comme un crocodile anorexique ou un dragon de Komodo qui avait avalé un corps étranger, représentent néanmoins un défi pour les soignants, qui nécessite un savoir-faire certain.

Soigneurs et Iguane
Natacha Chappex applique une pommade sur l’extrémité de la queue de l’iguane vert «Bella», afin de soigner un début de nécrose.
Aquatis
La vétérinaire a débuté sa visite par les pensionnaires malades ou nouveaux venus qui séjournent dans la zone de mise en quarantaine.

En chiffres

Aquatis, c’est... 

  • 1 objectif principal: la sensibilisation aux écosystèmes d’eau douce
  • Une douzaine d’espèces faisant partie de programmes de sauvegarde, dont le dragon de Komodo et la vipère du Mont-Mangshan. 
  • 2,1 millions de litres d’eau. 
  • 9000 animaux, appartenant à 247 espèces différentes de poissons, amphibiens et reptiles. 
  • 300 à 1000 naissances en moyenne par année, selon les besoins des programmes de conservation. 
  • 5 soigneurs et 2 apprentis. 

+ D’INFOS www.aquatis.ch 


Questions A...

Michel Ansermet, directeur d’Aquatis 

Vous avez repris les rênes d’Aquatis il y a une an. Quelle nouvelle impulsion désirez-vous lui donner? 

Nous souhaitons faire revenir davantage les visiteurs de la région, en étant plus proches d’eux. Les familles doivent vivre une expérience forte, à chaque fois renouvelée. Pour y parvenir, nous misons sur des guides qui sont désormais présents tout au long du parcours: ils ont pour rôle de raconter aux gens des anecdotes attrayantes, de leur faire toucher une écaille de poisson ou de leur permettre de caresser une couleuvre. Nous allons renforcer le côté pédagogique en développant l’accueil d’enfants dans le cadre scolaire ou pour des anniversaires. 

Votre institution oeuvre-t-elle aussi à d’autres projets? 

Oui. Sur le plan scientifique, nous voulons nous concentrer sur l’élevage d’amphibiens et de poissons menacés. L’objectif est de conserver la génétique d’espèces en voie de disparition et de les réintroduire, quand c’est possible, dans leur écosystème. Pour impliquer davantage le public dans notre démarche, la nursery, où nous élevons les jeunes, est désormais visible. 

La fermeture a-t-elle eu un impact sur les animaux? 

Tout dépend des espèces. Les singes ont par exemple plutôt tendance à être plus craintifs lorsqu’il n’y a pas de visiteurs, car l’absence de bruit signifie une menace dans la jungle. Les dragons de Komodo et les crocodiles s’ennuient pour leur part un peu, car ils interagissent fortement avec le public. Quant aux poissons, ils viennent plus rapidement s’ils aperçoivent quelqu’un, car la présence d’une personne est synonyme de nourriture. En ce qui concerne les serpents, il n’y a pas eu de changement. 


Véronique Curchod