lles des pierres précieuses ornant les fleurs, ces chrysidés présents un peu partout en Suisse sont parés de couleurs rutilantes. Cela leur vaut aussi le nom de guêpes-bijoux.

Petites, mais fréquentes

Malgré leurs couleurs incroyables, il faut ouvrir l’oeil pour repérer les guêpes coucous, car elles sont de taille modeste, précise d’emblée Alain Maibach, docteur en sciences dirigeant un bureau d’études en environnement à Oron (VD). «Ces insectes font partie de la famille des chrysidés, un groupe dont la plupart dépassent rarement le centimètre de longueur et qui compte quelque 3000 espèces de par le monde. Elles sont brillamment colorées, avec souvent des reflets métalliques, ce qui leur a également valu les noms vernaculaires de guêpes-bijoux ou guêpe d’or. Extrêmement répandues, elles peuplent tous les continents, excepté l’Antarctique.» 

Peu farouches

Les guêpes coucous se rencontrent dans des habitats spécifiques. «Ces insectes apprécient les milieux secs et les lisières bien exposées. Ils se nourrissent du nectar des fleurs et participent donc à leur pollinisation», poursuit le biologiste. À la différence de bon nombres d’insectes qui butinent brièvement les fleurs, les guêpes coucous s’attardent longuement sur la même plante. À ceux qui ont la chance d’en croiser, cela donne à la fois le temps d’apprécier leurs couleurs, mais aussi de les photographier. Elles sont en effet peu farouches et même tolérantes vis-à-vis de l’homme qui les approche. Les espèces de cette famille sont visibles du printemps jusqu’en septembre. 

Parasite cleptomane

Les chrysidés parasitent d’autres hyménoptères pour perpétuer leur propre espèce. «Les femelles recherchent les nids d’abeilles solitaires ou d’autres guêpes pour y pondre un oeuf. Elles sont ainsi surnommées guêpes coucous, en référence à l’oiseau, le coucou gris qui pond également ses oeufs dans le nid d’autres volatiles. La future larve va non seulement dévorer dans le nid les provisions qui y sont stockées pour l’hôte – on appelle cela le cleptoparasitisme – mais s’en prendre aussi à l’hôte lui-même.» Vu de près, on peut remarquer que le corps des guêpes coucous est recouvert d’une cuticule coriace, une véritable armure qui la protège de l’aiguillon assassin dont sont munies bon nombre des victimes auxquelles elle s’attaque. Selon l’espèce de chrysidé, le choix des hyménoptères parasités est très ciblé. 

Visiteurs d'hôtel

Un hôtel à insectes est l’endroit par excellence pour étudier le manège de ces parasites bariolés. Plusieurs de leurs victimes – dont des abeilles, bourdons ou guêpes –, installent volontiers leurs nids dans les morceaux de bois munis de trous et de tubes en roseaux. Chaque espèce de guêpe coucou a ses préférences quant aux victimes choisies. L’une d’elles, Chrysis ignita, belle espèce habillée de vert métallique pour le thorax et de rouge rubis pour l’abdomen, parasite justement les espèces citées précédemment. Une autre, Pseudomalus auratus, s’en prend spécifiquement au pemphrédon lugubre, un sphécidé. Ironie propre à la nature, cet autre groupe d’hyménoptères pond lui-même ses oeufs dans le corps de pucerons, criquets et autres chenilles, préalablement paralysés par leur venin, en guise de nourriture destinée à leur progéniture. 

Beautés menacées

Encore relevé ces derniers jours par les responsables du Centre suisse de cartographie de la faune (CSCF), le déclin des insectes est extrêmement préoccupant. Près de 60% de nos espèces indigènes seraient en effet menacées. Les guêpes coucous ne font pas exception à la règle. «Admirer la beauté de ces fascinants chrysidés, occupés à butiner une fleur ou à l’affût d’insectes qui leur permettraient de perpétuer leur propre espèce est un spectacle qu’il ne faudrait pas perdre», conclut Alain Maibach. Si certains produits phytosanitaires sont pointés du doigt, des techniques de travail plus douces tant dans le monde agricole que forestier peuvent aussi contribuer à mieux préserver le riche éventail des hyménoptères. 

Guêpe coucou
Les chrysidés, ou guêpes coucous, sont remarquables par les couleurs vives et métalliques qui ornent tête et corps. Leurs antennes sont souvent coudées. Ces insectes, qui ne mesurent que de 3 à 12 millimètres, parasitent les nids d’autres hyménoptères, telles les guêpes et les abeilles solitaires.

Daniel Aubort

+ D’INFOS Le Centre suisse de cartographie de la faune propose des solutions pour augmenter la biodiversité de nos jardins: www.cscf.ch