L’Administration fédérale des douanes peut compter sur des chiens spécialement formés à détecter stupéfiants, explosifs et produits animaliers notamment. Nous les avons suivis à l’aéroport de Genève-Cointrin. 

Après avoir atterri à l’aéroport de Genève, les voyageurs sont toujours pressés de récupérer leurs bagages. Pourtant, ce jour-là, ils devront patienter un peu. Se jouant du tapis roulant en mouvement, un chien en liberté renifle valises et sacs qui défilent devant lui, sous l’oeil attentif de son maître. Faisant preuve d’une agilité surprenante, le malinois détermine en un temps record s’ils présentent ou non un intérêt à ses yeux. Appartenant à l’Administration fédérale des douanes, Loco a été formé pour détecter des stupéfiants (voir l’encadré ci-dessous), devenant ainsi un appui de choix pour les douaniers. «Nous intervenons parfois pour des missions spécifiques en fonction d’une analyse de risque ou pour un entraînement grandeur nature comme aujourd’hui, relève le sergent Fabrice Hêche, responsable technique de la formation des chiens au sein de la région de Genève. En dehors de ces engagements spécifiques, nos chiens nous accompagnent au quotidien dans l’exercice de notre fonction.» 

Une spécialisation unique 

Aéroport, mais également postes-frontière, centres de tri postal ou bus de ligne et trains internationaux sont ainsi régulièrement contrôlés par la truffe experte de ces collaborateurs particuliers. Soudain, Loco montre un intérêt pour un sac. Intercepté par un garde-frontière, son contenu est vérifié en présence de sa propriétaire, sans que rien de suspect ne soit découvert. «Il suffit que cette personne ait consommé du cannabis pour que quelques molécules de résidu sur ses habits soient détectées par le chien», explique le sergent. 

Mais les stupéfiants ne sont de loin pas l’unique cible des douaniers. Les produits animaliers faisant partie de la convention CITES, qui vise à préserver les espèces animales et la flore sauvages menacées d’extinction, sont aussi visés. Car si le grand public est sensibilisé à la problématique du commerce de l’ivoire, il n’en va pas de même pour d’autres produits, comme les écharpes en laine shahtoosh, issues de l’antilope du Tibet. Ce trafic, qui touche principalement des produits de 

luxe, est particulièrement juteux. Winner et Gonzo, en action ce jour-là, ont été les deux premiers chiens à avoir été formés en Suisse pour reconnaître cette marchandise. «Nous n’avions aucune expérience en la matière, raconte le sergent Jean-Luc Morel. Le zoo de Bâle et l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) nous ont alors prêté du matériel. Ayant travaillé notamment avec des mues de reptile, nous avons constaté avec surprise que nos chiens étaient ensuite capables de reconnaître aussi bien un boa vivant qu’une paire de chaussures en python ou un bracelet de montre en alligator. Le chien a un instinct de chasseur, apprendre à reconnaître ces produits est donc assez naturel pour lui.» 

Un mental hors norme 

Si le chien peut repérer un sac en peau de crocodile, il n’est naturellement pas capable de savoir si celui-ci tombe ou non sur le coup d’une importation illégale, qui dépend de l’espèce. C’est là qu’intervient alors le savoir-faire des douaniers, appuyés au besoin par les vétérinaires de l’OSAV. Tout au long de la matinée, plusieurs auxiliaires canins se relaient en fonction des départs et des arrivées des vols. Leur concentration est mise à rude épreuve: la lumière, le bruit, le va-et-vient incessant des voyageurs peuvent les perturber. «On estime que vingt minutes de travail correspondent à une balade d’une heure, fait remarquer le sergent Lionel Rossier. Pour qu’ils gardent leur motivation, les chiens sont régulièrement récompensés.» 

Après être intervenus dans la zone publique, les douaniers se rendent ensuite au tri des bagages. Une fois passées aux rayons X, les valises sont flairées par les chiens, encouragés par leur maître. Parfois, la sensibilité de leur nez, formé entre autres à déceler le cannabis, a pu déboucher sur la découverte sans conséquences de chocolat au chanvre ou de médicaments issus de cette plante. À l’issue de la matinée, aucune prise spectaculaire n’a été réalisée. Ni boa caché dans une sacoche ni viande de pangolin ou sac à main en varan: ces marchandises, découvertes lors de précédentes interventions, avaient conduit à une séquestration de la marchandise et à l’ouverture d’une enquête. Pour Gonzo, qui va prendre sa retraite, cette opération était l’une des dernières. Mais d’autres chiens se préparent déjà à assurer la relève.

Policier et son chien
Une à une, les valises qui défilent sur le tapis roulant sont scannées par l’odorat performant du chien, sous l’oeil de son maître douanier. Stupéfiants, mais également explosifs et produits animaliers de contrebande sont recherchés par l’animal.

Chien policer
Un collier spécial indique au chien qu’il est temps de se mettre au travail.


En chiffres

Les chiens douaniers suisses 

  • 100 individus formés pour détecter des stupéfiants. 
  • 10 capables d’identifier les explosifs. 
  • 6 spécifiquement formés pour reconnaître les produits CITES. 
  • Une dizaine de races, dont le berger allemand, le labrador et le drahthaar. 
  • 18 à 24 mois de formation de base, suivie de 4 semaines de spécification. 
  • 2 à 10 ans, l’âge moyen où ils sont opérationnels. 
  • 50 odeurs reconnues par les chiens CITES. 
  • 7 odeurs de base reconnues pour les stupéfiants et 4 pour les explosifs.

Une prise spectaculaire

Loco, âgé de 4 ans, peut se vanter d’avoir déjà de beaux succès à son actif. Ce berger belge malinois a ainsi contribué à démanteler un trafic de stupéfiant entre la Suisse et l’Espagne. Lors d’un contrôle dans un poste-frontière, il avait alors marqué clairement l’aile d’une voiture qui quittait le territoire. À la suite de l’intervention conjointe des douaniers suisses et français qui ont démonté la pièce du véhicule, 195 800 euros y ont été découverts. Si l’animal n’avait pas appris à reconnaître l’odeur de l’argent, il a pu par contre sentir d’infimes traces de cannabis et de cocaïne dans la cache utilisée au retour pour transporter des stupéfiants. Après dix-huit mois de détention préventive, les individus ont été condamnés l’été dernier à quatre ans de prison ferme et 150 000 euros d’amende.


Véronique Curchod