Les rongeurs s’activent en forêt, rassemblant suffisamment de provisions pour passer un hiver serein. Ils multiplient les cachettes pour leurs noisettes, qu’ils retrouvent grâce à une mémoire exceptionnelle.

 AGILITÉ À TOUTE ÉPREUVE 

L’écureuil roux, Sciurus vulgaris de son nom savant, est un grimpeur d’une agilité remarquable. Il réalise ses exploits de préférence dans les forêts de résineux, la plupart du temps pendant la journée. Il n’est pas rare de l’apercevoir en ville ou dans les jardins. Doté d’une ouïe extrêmement performante et d’une excellente vision périphérique, il a en revanche un odorat moyen. Ses vibrisses, réparties autour de son museau, sous son menton, ses yeux et sous son ventre l’aident à s’orienter. Sa queue touffue lui permet quant à elle de se guider dans les airs ou de rétablir son équilibre lors de ses acrobaties aériennes. 

UNE VIE D’ERMITE 

Solitaire, la femelle ne tolère la présence d’un mâle qu’à la saison des amours, «qui peut commencer fin décembre au plus tôt, pour s’étendre jusqu’en août», détaille la biologiste de «Wildtier Schweiz» Beatrice Nussberger. Chacun repart ensuite de son côté. Madame a de 36 à 42 jours – le temps de la gestation – pour construire un nid sphérique pour ses rejetons, souvent au nombre de quatre, avec de petites branches et des feuilles séchées. 

ROUX, NOIR OU GRIS? 

Le pelage des écureuils roux n’est pas uniforme. Sur leur dos, il varie du roux au brun foncé, alors que leur ventre est toujours blanc. «Leur habitat influence la couleur de leurs poils, note le biologiste Michel Blant. En basse altitude, ils sont majoritairement roux. En haute altitude, brun foncé, une teinte attirant davantage les rayons du soleil, les réchauffant donc mieux.» Une campagne d’observation est en cours pour cartographier à l’échelle du pays les deux variétés d’écureuils roux. «Les premiers résultats sont mélangés, on n’obtient pas une séparation claire entre les petits mammifères foncés en montagne et roux en plaine, poursuit-il. Leur couleur pourrait être plutôt une adaptation aux forêts de conifères dans lesquelles ils se camouflent mieux, mais cela reste une hypothèse.» Ce recensement est important, car une menace plane au-dessus de la tête des écureuils roux: l’arrivée prochaine de leurs cousins gris, plus massifs. Présent en Grande-Bretagne, le Sciurus carolinensis, qui est à l’origine une espère nord-américaine envahissante, s’est déjà installé au nord de l’Italie. 

RECORD DE VITESSE 

Les écureuils, gourmands, ont beaucoup de graines à se mettre sous la dent, mais grignotent de préférence des noisettes. Ils ne rechignent pas à croquer des faines et des glands, même si ces derniers, riches en tanins, peuvent leur causer des problèmes digestifs. Pour varier un peu, il leur arrive de déguster quelques graines de conifères, de pins sylvestres, d’épicéas ou d’aroles, quand ils en trouvent. Ils les dévorent alors en un temps record: champions toute catégorie, les écureuils parviennent à engloutir des noisettes en à peine vingt-deux secondes, ouverture de la coque comprise. «Il arrive aussi qu’ils mangent des insectes, des mollusques, des oeufs d’oiseaux, voire des oisillons», ajoute Beatrice Nussberger. 

DES CACHETTES À GOGO 

La fin de l’année est cruciale pour eux. Ils doivent en effet stocker suffisamment de victuailles pour passer l’hiver. Cette tâche les occupe une bonne partie de l’automne. Ils sèment alors des graines un peu partout. Selon les experts, ces petits gloutons gèrent bien leurs réserves. En moyenne, les écureuils consomment le premier tiers de leur butin de septembre à janvier. Malins, ils conservent toutefois quelques noisettes supplémentaires pour survivre jusqu’en juin. Des chercheurs, cités dans une revue de l’Université de Lausanne, ont découvert que les écureuils enterrent leur surplus de nourriture dans la forêt en fonction de leurs besoins quotidiens. Lorsqu’ils sont en pleine activité, ils consacrent trois quarts de leur temps à remplir leur estomac. Leur cerveau fonctionne alors à plein régime: il leur permet de retrouver leurs cachettes des mois plus tard, grâce à une mémoire spatiale quasi infaillible.

Ecureuil
L’écureuil ne retrouve pas la nourriture qu’il a dissimulée dans la forêt grâce à son odorat, mais à sa redoutable mémoire spatiale. Il ne lui faut ensuite qu’une vingtaine de secondes pour décortiquer et engloutir noix et noisettes.

Céline Duruz

 + D’INFOS Signalez vos observations sur www.nosvoisinssauvages.ch