Lorsque les beaux jours reviennent, nombre de personnes souffrent du rhume des foins. Les animaux de compagnie ne sont pas épargnés, mais leurs symptômes diffèrent des nôtres. 

Depuis quelque temps, votre chien se gratte avec frénésie ou se lèche les pattes. Sa peau est enflammée, ses oreilles le démangent ou ses yeux coulent. Il est possible qu’il souffre d’une allergie saisonnière. Bouleau, noisetier, ambroisie ou graminées: les canidés peuvent en effet réagir aux pollens tout comme l’être humain. Cependant, l’allergie se manifeste alors différemment. Les signes respiratoires, tels la congestion nasale et les éternuements, fréquents chez l’humain, sont rares, tandis que les symptômes cutanés prédominent. On parle alors de dermatite atopique. «Selon les études, entre 5 et 30% des chiens seraient touchés, indique Elisa Maina, vétérinaire spécialisée en dermatologie qui consulte dans divers cabinets romands. Les premiers symptômes apparaissent entre l’âge de 6 mois et 3 ans.» D’autres allergènes présents dans l’environnement – acariens de la poussière et spores de moisissures, notamment – peuvent également être en cause, provoquant alors des réactions toute l’année. Cette hypersensibilité est déclenchée par une réponse immunitaire excessive. De plus en plus de chiens sont touchés. «Ces dernières années, j’ai pu constater au sein de ma clientèle une forte augmentation des cas de dermatite atopique, confirme Esther Prélaz-Voegeli, vétérinaire à Commugny (VD). Il n’est pas rare que certains sujets réagissent à plusieurs allergènes simultanément.» 

Races plus sensibles 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène. Comme chez l’être humain, les spécialistes évoquent la théorie hygiéniste: nos animaux de compagnie vivant tout comme nous dans un environnement excessivement propre, leur système immunitaire n’apprend pas à tolérer les allergènes potentiels. «Certaines races sont également connues pour leur prédisposition génétique à développer ce type d’allergie, explique Esther Prélaz- Voegeli. Cela est le cas notamment du bouledogue français, de l’american staffordshire terrier, du labrador, du golden retriever et du boxer. Les effectifs croissants de bouledogues français depuis quelques années peuvent expliquer en partie l’augmentation fulgurante du nombre de cas.» En outre, les propriétaires sont également plus attentifs, n’hésitant pas à consulter en cas de symptômes inhabituels. 

Traitement astreignant 

Le diagnostic se révèle souvent frustrant pour les propriétaires. La maladie est en effet chronique et nécessite une prise en charge tout au long de la vie de l’animal. «Les traitements à notre disposition visent principalement à contrôler les symptômes de l’atopie, souligne Elisa Maina. Un animal allergique le restera toujours. Le désensibiliser, en lui administrant à dose croissante les allergènes auxquels il réagit, est la seule façon de le guérir. Mais le résultat est efficace seulement chez 30 à 60% des patients.» Pour arriver à juguler l’inflammation de la peau, le vétérinaire a recours à une combinaison de traitements locaux et généraux. Corticoïdes, antibiotiques, immunorégulateurs, shampooings, sprays, compléments alimentaires sont choisis au cas par cas, selon la sévérité des symptômes. L’objectif est de renforcer la barrière cutanée, de lutter contre les surinfections et de diminuer les démangeaisons. «Soigner son animal demande une implication importante de la part du propriétaire, souligne Esther Prélaz-Voegeli. Des shampooings réguliers sont par exemple nécessaires. Il n’est pas rare que certains se découragent. Seuls un suivi attentif et un dialogue avec son vétérinaire permettent de maintenir l’allergie sous contrôle.» 

Des thérapies révolutionnaires semblent cependant prometteuses. «Depuis peu, de nouveaux médicaments ont radicalement changé la façon d’aborder cette problématique, se réjouit Elisa Maina. Les effets secondaires sont moins importants qu’avec la cortisone.» Le coût élevé de ces traitements novateurs ne les rend pas accessible à tous.


Un vaccin novateur offre des perpectives prometteuses

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par l’Université de Berne a développé tout récemment un vaccin novateur contre les allergies cutanées chroniques chez les chevaux et les chiens. Ce vaccin à base de nanoparticules utilise une technologie de pointe issue des dernières connaissances en biomédecine. Il renforce la réaction du système immunitaire. Son efficacité contre l’hypersensibilité aux piqûres d’insectes chez les chevaux et contre la dermatite atopique chez le chien a été démontrée. Les scientifiques ont relevé une réduction des éosinophiles, cellules impliquées dans l’inflammation allergique. Ces dernières jouant également un rôle clé dans l’asthme, les auteurs évoquent la possibilité de développer des thérapies similaires chez l’humain. «Cette découverte va probablement changer la façon de traiter les animaux atteints», se réjouit le Pr Martin Bachmann, qui a dirigé ce projet.


D'autres allergènes en cause

Outre la dermatite atopique causée par des allergènes environnementaux, chiens et chats peuvent également souffrir d’allergies d’origine alimentaire, d’allergies de contact ou d’hypersensibilité aux piqûres de puces. Toutes peuvent provoquer d’importantes démangeaisons. Environ 10 à 15% des chiens allergiques le sont à cause de l’alimentation. Le boeuf et les produits laitiers sont le plus souvent en cause. L’allergie de contact, plus rare, peut se manifester lorsque l’animal se trouve confronté à certaines substances, comme le ciment, le caoutchouc ou un produit d’entretien. Chez le chat, les puces sont la cause la plus fréquente de réactions cutanées. À noter que beaucoup de patients sont sensibles à plusieurs allergènes simultanément. Près de 30% des chiens avec une dermatite atopique présentent aussi une réaction à la nourriture. 

Chien qui se gratte
Le fait que votre chien se gratte avec frénésie est l’un des signes indicateurs qu’il souffre peut-être d’une allergie.


Véronique Curchod