Une formation exigeante et une disponibilité de tous les instants rendent le recrutement de nouveaux tandems chien-sauveteur très difficile. En moins de vingt ans, leur nombre a diminué de deux tiers.

Complément indispensable au sauvetage en montagne, les chiens d’avalanche ont atteint un nombre critique. En effet, s’ils étaient près de 300 dans toute la Suisse voilà une vingtaine d’années, on n’en compte désormais même pas le tiers. En Valais romand, seuls treize tandems chien-conducteur sont actuellement actifs. «Avec un tournus qui implique que trois couples soient en permanence opérationnels, nous n’avons pas le droit à l’erreur, fait remarquer Yvan Morath, responsable de la formation des nouveaux conducteurs pour cette partie des Alpes. Un chien blessé, plusieurs avalanches simultanées ou un conducteur indisponible peuvent rapidement mettre la chaîne de secours dans une situation délicate. Idéalement, nous devrions être cinq sauveteurs de piquet par semaine, pour un effectif total de vingt minimum.» Le constat est similaire dans les Préalpes vaudoises et fribourgeoises, où quatre équipes sont à ce jour prêtes à intervenir. 

Car même si les progrès techniques, avec notamment la généralisation des détecteurs de victimes d’avalanche (DVA), permettent de se prémunir, le chien reste un auxiliaire indispensable pour retrouver des personnes enfouies sous la neige. D’autant que lorsqu’une avalanche se déclenche sur un domaine skiable, les utilisateurs sont en effet rarement équipés d’un tel dispositif. En décembre dernier, un chien a ainsi pu localiser le corps d’un Valaisan dans la région de Montana (VS). L’année passée, un autre chien a retrouvé un enfant encore en vie en France: ce dernier était équipé d’un DVA, mais l’appareil était dans son sac, qui avait été projeté à plusieurs mètres lors de l’avalanche. 

Investissement considérable 

Contrairement à la France ou l’Italie, où les conducteurs de chien appartiennent à un corps de police ou sont des patrouilleurs rattachés à une station de ski, le système suisse repose sur le volontariat. Les bénévoles proviennent ainsi de multiples milieux professionnels. «La personne qui souhaite se former doit impérativement être un randonneur actif et endurant, qui a déjà une bonne expérience de la montagne et des techniques alpines, explique Yvan Morath. Il faut notamment qu’il soit régulièrement sur le terrain, afin de suivre l’évolution du manteau neigeux.» Les sauveteurs doivent en outre obligatoirement résider dans les Préalpes ou en Valais, et être particulièrement disponibles: les services de piquet durent une semaine, à raison d’une fois par mois en moyenne. Durant ces jours-là, les conducteurs sont prêts à intervenir dans les minutes qui suivent le déclenchement d’une alerte, 24 heures sur 24. Dans la majorité des cas, un hélicoptère vient les chercher pour se rendre immédiatement sur le lieu d’une avalanche, chaque minute comptant. «L’employeur doit donc accepter que son collaborateur quitte à tout moment son poste, souligne le Valaisan. Le chien suit en outre le conducteur sur son lieu de travail.» 

Un service performant 

À ces contraintes s’ajoute un ensemble de compétences à acquérir qui limite les vocations. Les critères sont en effet sévères, afin de garantir l’efficacité des sauveteurs. L’an dernier, en Valais romand, sur six candidats, un seul est arrivé au terme de la première phase de sélection. Le Secours alpin romand, sous l’égide du Club alpin suisse et de la Rega, s’occupe de la formation des conducteurs de chien vaudois et fribourgeois, alors que le Valais romand dispose de son propre groupement, qui dépend de l’Organisation cantonale valaisanne des secours, ainsi que d’Air Glacier et d’Air Zermatt. Si la formation des chiens n’a que peu évoluée au cours des années, reposant sur le flair hors norme de ces animaux, leurs conducteurs sont soumis à des exigences plus sévères que dans le passé. «Désormais, ceux-ci doivent parfaitement maîtriser un ensemble de techniques très diverses, signale Pascal Oesch, responsable du secteur Vaud-Fribourg. Les connaissances sanitaires sont notamment beaucoup plus élevées.» 

Malgré la diminution de l’effectif, les skieurs en détresse peuvent toujours compter sur un service de sauvetage performant. Petite lueur d’espoir dans cette situation tendue: plusieurs nouveaux conducteurs vont commencer leur formation cette année. «Le lien qu’on crée en travaillant avec son chien est particulièrement fort, se réjouit Fabien Marmy, d’Erde (VS), propriétaire du labrador Gin. Et si on a la chance de pouvoir sauver quelqu’un, la satisfaction est indescriptible!»

Homme et chien faisant des recherche dans une avalanche
Important maillon de la chaîne de secours en montagne, les conducteurs de chiens s’engagent pour assurer pleinement leur rôle. Mais l’exigence de la formation et la disponibilité nécessaire rendent le recrutement de nouveaux sauveteurs difficile.

En chiffres

Les effectifs en Suisse romande 

  • 17 chiens actuellement actifs, 13 en Valais, 4 dans les Préalpes vaudoises et fribourgeoises. 
  • 3 tandems disponibles 24 heures sur en 24 Valais central. 
  • 3 minutes maximum, entre l’alarme et la disponibilité pour intervenir. 
  • 3 ans de formation nécessaires, dès l’âge de 1 an. 
  • Une vingtaine d’interventions chaque année. 
  • 1939, le premier engagement, au sein de l’armée suisse. 
  • 1945, l’année où l’armée a abandonné la formation au profit du Club alpin suisse.

Des origines diverses 

Golden retriever, labrador, berger allemand ou belge, border collie: ces races sont particulièrement adaptées au sauvetage et bien représentées parmi les chiens d’avalanche. Néanmoins, l’engagement n’est pas lié à la race. C’est d’abord le gabarit de l’animal qui est important, entre 25 et 35 kilos environ. Trop grand – le célèbre saint-bernard Barry ne passerait plus les épreuves de sélection aujourd’hui –, il prend trop de place dans l’hélicoptère de sauvetage et peut difficilement être porté lors des hélitreuillages. Trop petit, il manque de force et a de la peine à se déplacer dans la haute neige. De plus, le chien doit prendre du plaisir à cette activité: les lignées de travail, avec des sujets endurants au tempérament équilibré et docile, sont ainsi particulièrement recherchées. Enfin, le chien doit être en parfaite santé pour supporter les efforts dans la neige.


Véronique Curchod