À pattes, écailles, pétales ou coquilles, certaines espèces arrivent chez nous après une longue expansion ou à la faveur d’un climat plus clément. Cet été, Terre&Nature fait le portrait de ces nouveaux résidents. 

PIÉGÉ PAR L’APPAREIL 

Le piégeage photographique est utilisé pour suivre l’évolution d’espèces sauvages. Il révèle parfois aussi des espèces nouvelles. «Lors d’un programme de suivi du chat sauvage, nous avons eu la surprise de découvrir un raton laveur, en mars 2020, sur la rive sud du lac de Neuchâtel, raconte Antoine Gander, collaborateur scientifique responsable de la petite faune pour l’association de la Grande Cariçaie. Une première image ne montrait qu’une queue annelée, comme l’est aussi celle du chat forestier. À son second passage, cinq minutes plus tard, l’animal était parfaitement reconnaissable. Cette présence du raton laveur dans la réserve était totalement inattendue. Mais à la jolie surprise d’un nouvel arrivant se pose rapidement la question des problèmes liés aux espèces invasives nuisibles dont le raton laveur fait partie.» 

BÊTE À FOURRURE 

Originaire d’Amérique du Nord, le raton laveur a été importé en Europe à des fins d’élevage pour sa fourrure. «Comme cela se produit régulièrement, des animaux parviennent à s’enfuir des enclos. La chance de survie des échappés est toutefois amoindrie par le manque d’expérience à chercher leur subsistance. Ils deviennent un problème lorsqu’ils trouvent un milieu convenant à leurs moeurs et une nourriture facile à obtenir. Le phénomène est bien connu en Allemagne où le raton laveur, plus fréquent, se reproduit aux abords de villages, parfois même dans les habitations.» L’animal est aussi présenté par des animaleries comme un agréable mammifère de compagnie. Une autre raison d’en retrouver dans la nature, les propriétaires n’appréciant guère qu’une fois adulte, il fasse la preuve d’un caractère resté sauvage en usant de griffes et dents acérées. 

RÉGIME PRÉDATEUR 

Il a certes le faciès d’un sympathique bandit masqué, mais le raton laveur n’en reste pas moins considéré comme espèce nuisible. «Dans la Grande Cariçaie comme ailleurs, la présence de ce mammifère n’est pas sans risque pour la faune indigène. Omnivore, c’est un opportuniste malin capable de déjouer nos systèmes de protection pour s’attaquer aux batraciens en migration. Excellent nageur, se déplacer dans les milieux inondés n’est pas un problème pour lui. En plus des amphibiens, l’animal peut s’en prendre aussi aux passereaux nicheurs terrestres, comme aux oisillons installés dans les héronnières et nids de rapaces. Le seul bénéfice à mettre à son crédit serait de réduire un peu les effectifs de cormorans qui ne sont soumis à la pression d’aucun prédateur indigène», admet le scientifique sur un ton teinté d’amusement, qui laisse deviner un fond de vérité. 

CONCURRENCE DÉLOYALE 

Les cordons alluviaux et les forêts humides que le raton laveur trouve sur le vaste territoire de la Grande Cariçaie sont des milieux qui lui conviennent parfaitement. Cavernicole et bon grimpeur, on peut imaginer qu’il entre aussi en concurrence, tant pour les gîtes diurnes que pour la nourriture, avec des mustélidés indigènes, également de moeurs nocturnes, comme la martre ou le putois, estime encore le scientifique. Toutefois, les ratons laveurs repérés semblent ne pas s’installer de manière durable en Suisse. L’animal photographié dans la région en mars 2020 n’est d’ailleurs pas réapparu. Pour la plupart d’entre eux, on soupçonne ces individus isolés d’être des erratiques uniquement de passage.» Le temps n’est donc pas encore arrivé d’observer des ratonneaux, les petits de l’espèce. 

AFFAIRE À SUIVRE 

Sur la carte de répartition de la faune suisse, la présence du raton laveur est largement établie à basse altitude. «En 1976, un premier d’entre eux a déjà été signalé dans le Chablais alors qu’à l’heure actuelle presque tous les cantons sont concernés, conclut Antoine Gander. Il n’y a toutefois aucune preuve que l’animal se soit reproduit dans notre pays. Aucune recherche particulière n’est menée non plus afin de suivre l’évolution de ses effectifs, qui sont d’ailleurs inconnus. Chaque observation de raton laveur est à signaler au service de la chasse ou au garde-faune local et son tir est par ailleurs autorisé toute l’année.» Protéger nos espèces indigènes doit rester une priorité, même vis-à-vis d’un mammifère qui jouit d’une sympathie spontanée.

Raton laveur
Excellent nageur, le raton laveur («Procyon lotor») s’installe volontiers dans les milieux de cordons alluviaux et de forêts humides. Il est reconnaissable à son masque facial noir et sa queue annelée. L’animal, de la famille des procyonidés, est originaire d’Amérique du Nord. Il mesure entre 40 et 70 cm pour le corps, 20 à 25 cm pour la queue et son poids peut varier de 4 à 9 kg.

Daniel Aubort