L’odorat est le sens le plus développé chez le chien. Une discipline sportive met en valeur cette spécificité, l’animal devant suivre avec précision une trace olfactive laissée par le passage d’un homme. Découverte. 

Dans un pré, un homme marche sur les pas de son chien attaché à une longue laisse. Ce qui pourrait au premier coup d’oeil ressembler à une simple balade est en réalité une formidable démonstration des capacités surprenantes des canidés. Le berger allemand suit en effet au centimètre près le tracé qu’avait emprunté son maître sans lui, plusieurs heures auparavant. Ce jour-là, Chelly-du-Boisdamont et Walther Loosli, de Cottens (FR), s’entraînent pour le Championnat du monde de pistage sportif, qui se déroulera en République tchèque mi-avril. Une cinquantaine de concurrents s’y retrouveront pour élire le plus fin limier d’entre eux. À son affaire, Chelly ne se laisse pas déconcentrer par son environnement, qu’une personne croise son chemin ou que du fumier dégage un forte odeur. D’une démarche assurée, nez au sol, elle flaire une odeur qu’elle est la seule à percevoir. Parfois, elle renifle à gauche et à droite, mais le plus souvent, sa truffe ne dérive pas de la trajectoire. Des fanions, qui symbolisent le départ de la piste, lui ont indiqué quelle odeur de référence elle devait suivre: elle ne la lâchera plus. 

Pas le droit à l’erreur 

Cette performance est difficilement concevable pour un humain, qui ne voit que de l’herbe là où l’animal perçoit un monde rempli de multiples effluves. «Aujourd’hui, elle a très bien travaillé, se réjouit le septuagénaire. La nature du sol ne facilitait pourtant pas sa tâche. Je change régulièrement d’environnement, afin de l’habituer à tout type de terrain: champs, pâturages, forêts.» La compétition obéit à des règles strictes. Le chien doit suivre de manière très précise une trace olfactive laissée à terre par le passage d’un pisteur quelques heures auparavant. «Le pistage nous mène dans la nature et nous fait marcher, s’enthousiasme Walther Loosli. De plus, il respecte la nature du chien, pour qui utiliser son nez pour suivre une piste est inné.» Sur le tracé qui mesure environ 1 kilomètre, une dizaine d’objets – en bois, en cuir ou en moquette – doivent être signalés par le chien, qui s’assied ou se couche, selon ce que son maître lui a enseigné. L’itinéraire inclut des changements de direction, souvent à angle droit, et parfois des traversées de route. Pour compliquer le travail du chien, une tierce personne coupe la piste principale une trentaine de minutes avant son passage. «Tout au long du parcours, un juge accompagne le couple, afin de le noter, explique le compétiteur chevronné. Un maître qui tente d’influencer son chien en tirant sur sa laisse, un objet oublié, un chien qui zigzague sont autant de situations qui impliquent des pénalités de points.» Le pistage peut être pratiqué isolément ou être inclus dans un programme comprenant plusieurs épreuves. En Romandie, ce sport canin est encore peu développé, au contraire de la Suisse allemande, où l’intérêt est grandissant. Quelques clubs romands proposent cependant de s’initier à cette discipline. 

Entraînement progressif 

À 12 ans, Chelly-du-Boisdamont pourrait sembler être particulièrement âgée pour pratiquer un sport canin. Pourtant, le pistage, qui se déroule à une allure tranquille, récompense souvent les chiens plutôt matures et expérimentés. Pour preuve, elle a remporté l’année passée pour la troisième fois le championnat suisse. «J’ai commencé à la former dès son plus jeune âge, explique le Fribourgeois. Je l’ai d’abord encouragée à suivre une piste en incluant des friandises de manière rapprochée. J’ai ensuite augmenté progressivement les distances, puis inclus des difficultés, en intégrant des changements de direction. Il est important de ne pas brûler les étapes.» Le berger allemand, à l’image de Chelly, est sans conteste le roi du pistage. Race la plus représentée, elle monopolise souvent le devant de la scène, mais des border collies ou des labradors, par exemple, ont également de bons résultats. Tous les chiens peuvent cependant se lancer dans la discipline. L’entraînement du jour est terminé pour Chelly. L’ayant réussi avec brio, nul doute qu’elle est prête pour le grand rendez-vous qui l’attend. «Ce championnat permet de terminer sa carrière en apothéose, se réjouit son maître. Ce sera son dernier concours.» 

Odorat hors norme

Ultraperformant, l’odorat du chien est si développé qu’on pourrait dire que cet animal voit avec son nez. Il doit ses capacités olfactives, nettement supérieures à celles de l’être humain, à son anatomie. Les chiens possèdent en effet 220 millions de récepteurs olfactifs dans une muqueuse spécialisée, contre seulement 5 millions chez l’être humain. En outre, l’espace dévolu au traitement de ces informations dans le cerveau canin est proportionnellement beaucoup plus étendu. Ces spécificités lui permettent de distinguer des odeurs dans des concentrations jusqu’à 100 millions de fois inférieures à ce que nos nez sont capables de sentir.

Efficace en de multiples situations

L’odorat du chien rend service à l’homme en de nombreuses circonstances. Depuis des siècles, il est utilisé par les chasseurs pour les aider à trouver des proies. Désormais, les services de police emploient ses capacités pour retrouver des malfaiteurs ou des personnes disparues, ainsi que pour détecter des stupéfiants ou des explosifs. Lors d’avalanches ou de tremblements de terre, les chiens permettent de déceler une présence humaine sous des tonnes de gravats ou de neige. Ses prouesses olfactives sont de plus en plus utilisées également en médecine, où elles permettent notamment de signaler le changement de taux de sucre dans le sang chez les diabétiques, de prévenir le propriétaire d’une crise d’épilepsie imminente ou de diagnostiquer une tumeur.

Véronique Curchod