Longtemps délaissé, ce chien sportif connaît un regain d’intérêt depuis peu. Sa taille modeste est idéale pour l’emmener partout avec soi. De plus, son poil ras ne nécessite aucun entretien.

L’oeil vif et l’oreille attentive, Isis et sa fille Néfertiti signalent toute activité anormale autour de la maison d’un aboiement bref. Avec elles, les cambrioleurs n’ont aucune chance! «Je rêvais d’un doberman, mais cette race n’était pas appropriée à l’appartement que nous habitions à l’époque, explique Rose-Marie Demierre, de Chésopelloz (FR). De la parenté en France nous a alors proposé un chiot de son élevage. Comme sa morphologie m’évoquait le doberman, j’ai craqué.» Barlia, un pinscher allemand, appelé également pinscher moyen, rejoint la famille voilà une trentaine d’années. «J’ai tout de suite été séduite par cette race. Ce chien n’a pas été sélectionné à l’extrême. Il est resté morphologiquement assez proche de son ancêtre le loup. En plus, il a un fort caractère, comme moi, ce qui me convient à merveille!» Désireuse d’avoir une descendance de sa chienne, la Fribourgeoise se déplace alors jusqu’en Allemagne pour trouver le partenaire adéquat. «Au début des années 1990, il n’existait plus aucun mâle reconnu en Suisse pour l’élevage.» S’occuper des chiots, malgré le travail occasionné, lui apporte tellement de plaisir que l’élevage de Chésopelloz est fondé. Mais le décès accidentel d’Ixia, qui appartient à la 4e génération, met fin à la lignée. Isis, acquise en Allemagne, et prochainement sa fille Néfertiti perpétuent désormais chez Rose-Marie Demierre cette race très ancienne. 

Main de fer, gant de velours 

Avant d’être des chiennes d’élevage, ces dernières sont d’abord des chiennes de compagnie. Randonnées à peaux de phoque ou à raquettes, longues marches en montagne, concours d’agility: elles sont de toutes les sorties. «Lorsqu’elles se baladent, mes chiennes ont toujours le nez par terre. Jouer avec une balle les ennuie vite, mais sentir les odeurs de la campagne leur procure beaucoup de plaisir. J’ai donc essayé de les dresser à la recherche de truffes… et cela a marché!» 

Doté d’un tempérament bien marqué, voire parfois un peu roublard, le pinscher allemand nécessite cependant une éducation ferme. «Il apprend vite, mais ne fait rien sous la contrainte, relève l’éleveuse. Isis et Néfertiti unissent parfois leurs forces pour faire des crasses. L’une surveille que la voie est libre, alors que l’autre vole une gourmandise qu’elles se partagent ensuite! Elles ont de la persévérance. Si quémander une friandise auprès d’un membre de la famille ne réussit pas, elles essaieront auprès d’autres jusqu’à trouver quelqu’un qui craque.» 

Réputée loin à la ronde 

Rose-Marie Demierre ne possédant pas de mâle reproducteur, elle fait saillir ses chiennes dans d’autres élevages. Si la morphologie du futur papa est importante à ses yeux, son caractère l’est encore plus. «Je vais toujours le voir au préalable, afin de m’assurer de sa façon de se comporter avec les étrangers et les enfants, entre autres. Mon but est de faire naître des chiots de famille, bien équilibrés dans leur tête et non agressifs. Il ne faut pas oublier que pinscher veut dire «pinceur». Mais rassurez-vous: avec les tests de caractère pointus que doivent réussir les reproducteurs, les lignées agressives tendent à disparaître.» La qualité des chiots de la Fribourgeoise est reconnue loin à la ronde. Un grand nombre d’entre eux ont même été exportés en Allemagne et en France. Seule éleveuse romande, Rose-Marie Demierre se réjouit de l’intérêt plus marqué que connaît la race depuis peu. «Sa similitude avec le doberman, qui a été créé en croisant le pinscher avec d’autres races, y est pour beaucoup. Dans certains cantons, comme Genève ou le Valais, le doberman fait en effet partie des chiens listés et implique donc certaines contraintes.» Dans le courant de l’été, Isis devrait être saillie. Alors même qu’aucun chiot n’a encore été conçu, la majorité d’entre eux ont déjà été réservés par de futurs propriétaires impatients d’accueillir ces nouveaux compagnons. 

Rose-Marie Demierre
Le pinscher allemand n’est pas un chien fragile. De longues balades ne l’impressionnent pas. Rose-Marie Demierre en a commencé l’élevage en 1992. Elle aime son caractère affirmé et sa beauté.

Fiche signalétique

  • Origine: Allemagne. 
  • Morphologie: Chien de taille moyenne à la silhouette harmonieuse qui s’inscrit dans un carré. Son poil ras est noir et feu, plus rarement d’un rouge uniforme. 
  • Particularité: Son existence est très ancienne, mais il a longtemps été considéré comme un simple chien de ferme qui servait à chasser les rongeurs et à garder la maison. Le pinscher allemand a les mêmes origines que le schnauzer, seule la longueur de son poil varie. Croisé avec d’autres races, il a donné naissance au doberman à la fin du XIXe siècle. Il existe deux autres types de pinschers: le nain et l’affenpinscher. 
  • Prix: 1800 fr. pour un chiot sevré, avec passeport, puce électronique et pedigree. 
  • Ses points forts: Facile d’entretien et rustique. Bon gardien. Tempérament vif et intelligent. 
  • Ses points faibles: Son caractère marqué et parfois têtu nécessite de la fermeté. Il n’aime pas rester seul. 
  • Élevage en Suisse romande: Élevage de Chésopelloz, Rose-Marie Demierre, Chésopelloz (FR), www.pinscher-moyen.ch 

Témoignage de propriétaires

Élisabeth et Linus Jeckelmann

Élisabeth et Linus Jeckelmann, de Villars-le-Grand (VD), et Nora 

«Nous avons eu par le passé un doberman, puis un berger malinois. Désormais à la retraite, nous recherchions un chien qui ait un tempérament similaire, mais soit d’un modèle plus passe-partout. Nora a un caractère idéal: vive à l’extérieur – elle est d’ailleurs increvable lorsqu’elle joue avec d’autres compagnons –, elle est très calme à la maison. Nous apprécions sa gentillesse avec notre entourage, en particulier notre petite-fille âgée de 3 ans et demi. Les cours de mobility nous permettent de travailler autant son esprit que son agilité. Lorsque nous la promenons, certains pensent qu’il s’agit d’un bébé doberman. Ils se sentent plus rassurés lorsqu’on les détrompe!»


Véronique Curchod