À Cernier (NE), la Colline aux lapins s’engage depuis dix ans pour améliorer les conditions de détention de ces animaux. Elle contribue ainsi à lutter contre les abandons, toujours trop nombreux. 

Difficile de ne pas craquer à la vue d’un mignon lapin à vendre! D’autant plus que pour quelques dizaines de francs, ce compagnon pourra rejoindre votre foyer. Pourtant, mieux vaut bien s’informer avant d’accueillir chez soi cet animal attachant. Un lapin peut en effet vivre une dizaine d’années: sera-t-on prêt à y consacrer le budget, l’aménagement et le temps nécessaires aussi longtemps? À Cernier (NE), Elena Grisafi Favre, responsable du refuge de la Colline aux lapins, est confrontée chaque semaine à des familles qui ne se sont pas rendu compte de l’engagement qu’exige ce sympathique rongeur. Et décident alors de s’en séparer. 

«La cause la plus souvent évoquée est le désintérêt des enfants auxquels était destiné l’animal», regrette la Neuchâteloise. En dix ans, le refuge a ainsi recueilli plus de 700 lapins de toute race, soit en moyenne six par mois. Si on prend en compte les autres refuges, ce sont plusieurs centaines de lapins qui sont abandonnés chaque année en Suisse romande. «Le nombre d’animaux qui nous sont amenés est stable, relève avec satisfaction Elena Grisafi Favre. Mais, depuis peu, nous sommes confrontés à des abandons sauvages dans la nature. Il faut savoir qu’un lapin domestique lâché ainsi a une espérance de survie de 48 heures seulement à cause des prédateurs. Il est donc probable que seule une infime part d’entre eux nous est signalée.» Autre phénomène inquiétant, la proportion d’animaux en mauvaise santé recueillie au refuge est en augmentation. De nombreux lapins souffrent de problèmes au niveau des dents qui réclament des soins réguliers, souvent négligés. 

Des cours de sensibilisation 

Pour lutter contre ces abandons, Elena Grisafi Favre mise sur la prévention et l’information. Unique en son genre, le refuge de la Colline aux lapins se veut donc didactique. Des cours de formation et de sensibilisation y sont régulièrement organisés. «Malheureusement, de nombreuses idées reçues héritées du passé nuisent au bien-être des lapins, regrette la spécialiste. Leurs besoins élémentaires sont méconnus. Longtemps, les lapins n’ont été que des animaux de ferme, qu’on engraissait dans un clapier. Mais on ne peut reproduire ce schéma, si on veut que son compagnon soit épanoui et en bonne santé! Des conditions de détention inadaptée peuvent par exemple conduire à de l’agressivité.» Le comportement du lapin domestique ainsi que ses besoins naturels sont restés très proches de ceux du lapin de garenne, dont il est issu. Celui-ci vit à l’état sauvage sur un territoire équivalant à trente terrains de football. Il y habite en communauté, creusant des terriers et des réseaux de galeries qui le protègent des prédateurs. À condition qu’on aménage l’espace de telle sorte qu’il puisse retrouver certaines activités qu’il aurait dans la nature, le lapin peut s’adapter à la vie en appartement. 

«La traditionnelle cage est par contre inadaptée», relève Elena Grisafi Favre. Pour aider les propriétaires à imaginer un lieu d’accueil adéquat, le visiteur peut découvrir à la Colline aux lapins des exemples concrets d’aménagement. Dans un enclos, diverses maisonnettes avec portes d’entrée et de sortie, ainsi que des passerelles et tunnels simulent les dédales d’un terrier et de ses galeries. Une caisse remplie de pellets de bois peut faire office de toilettes pour cet animal très propre, alors qu’une autre en bois lui sert de poste d’observation. «En tant que proie, le lapin n’aime ni être porté ni être caressé, rappelle la responsable du refuge. Il ne joue guère non plus. Pour cette raison, je le déconseille pour des enfants âgés de moins de 10 ans. Le plaisir de cohabiter avec cet animal repose plutôt sur l’observation de son comportement. Sa curiosité le pousse à explorer son environnement. Personnellement, je ne me lasse pas de l’admirer vaquer à ses activités quotidiennes!»

Elena Grisafi Favre
Elena Grisafi Favre est responsable de la Colline aux lapins, à Cernier (NE). Le refuge recueille les animaux abandonnés et organise des cours de formation et de sensibilisation. Les lieux ont été adaptés afin de montrer quels aménagements sont indispensables au bien-être de ce sympathique rongeur.


En dates et chiffres

  •  2008 Année de fondation, à la suite d’une dramatique vague d’abandons dans le canton de Neuchâtel. 
  • 2016 Déménagement sur le site d’Évologia, à Cernier (NE). 
  • 704 lapins recueillis en dix ans. 
  • 2 autres refuges partenaires en Suisse romande: Les lapins du coeur à Morges (VD) et SOS lapins à Montreux (VD). 

+ D’INFOS Portes ouvertes le 7 juillet prochain, www.lacollineauxlapins.info 


Les quatre erreurs à éviter

Une alimentation inadaptée. Cet herbivore strict a besoin d’une nourriture 100% végétale. Les mélanges de graines avec céréales du commerce, ainsi que le pain sec, sont trop riches. Son régime doit être composé de 85% de foin, complété par 10% de légumes et végétaux frais, ainsi que 5% de friandises comme des carottes. 

L’absence de compagnon. Détenir un lapin seul n’est pas acceptable, car cela signifie condamner un être sociable à la solitude. Cet animal de proie doit sa survie au groupe. Seule la présence d’un congénère lui permet de se reposer sans stress, tandis que son compagnon aux aguets surveille l’environnement. La combinaison idéale est un mâle castré et une femelle stérilisée. Tous deux apprécieront de se toiletter mutuellement. 

Un environnement inadéquat. Une cage n’est pas optimale. Un enclos sécurisé de 6 m2 au minimum est préférable. L’enrichir avec divers aménagements – tunnels, maisonnettes, etc. – permet au lapin de s’adonner à ses activités favorites: se faufiler, se cacher, grimper en hauteur, grignoter et gratter le sol. 

Un animal non castré. Les mâles doivent être castrés, et les femelles stérilisées. Cette opération permet de prévenir les comportements agressifs et les bagarres. En outre, elle évite les portées indésirables. La stérilisation permet également de préserver la santé des lapines, qui ont sinon un risque très élevé de développer des tumeurs de l’appareil reproducteur.


Véronique Curchod