Parmi les grands échassiers qui séjournent dans les roselières de notre pays, ce héron est un estivant qui se distingue par sa silhouette particulièrement élancée et la beauté de son plumage.

GRAND TIMIDE 

Un cou serpentiforme, un bec en poignard et un plumage magnifiquement coloré caractérisent le héron pourpré. Malgré sa taille respectable qui approche les 90 centimètres pour une envergure de 1 m 40, l’oiseau est difficile à repérer. «Il fréquente en toute saison les zones humides, toujours à proximité de marais, de lacs et d’étangs richement pourvus en roseaux au sein desquels l’espèce niche de préférence. C’est dans cette haute végétation qu’il est le plus à son aise. Ce milieu, il ne le quitte que rarement, si ce n’est parfois pour chasser dans les champs ouverts, voire en forêt», signale Laurent Vallotton, ornithologue, collaborateur au Musée d’histoire naturelle de Genève et coauteur du livre de référence Les oiseaux de Suisse. 

DE RETOUR D’AFRIQUE 

«Migrateur, le héron pourpré arrive chez nous dès fin mars, mais sa présence culmine début mai. Je suis toujours surpris par sa discrétion, relève le scientifique. Il n’est pas rare de passer dans un site propice sans l’apercevoir, alors qu’un autre observateur l’aura très bien vu au même endroit quelques minutes auparavant. Dans la Grande Cariçaie, ces oiseaux s’installent durant la première décade d’avril. Ils arrivent d’Afrique tropicale après une absence de six mois.» Comment expliquer cet éloignement alors qu’une espèce proche, comme le héron cendré, passe l’hiver sous nos cieux? «Très dépendant des poissons et des invertébrés aquatiques, le pourpré est particulièrement sensible au gel et préfère se rendre sous des latitudes plus clémentes en hiver.» Le retour du bel échassier coïncide donc avec une abondance de nourriture retrouvée. 

DOTÉ D’UN BEC REDOUTABLE 

Observer ce héron en chasse est un spectacle. Concentré sur des bruits infimes tout en étudiant les plus légers mouvements provenant de la végétation, l’oiseau tend démesurément son cou dans un mouvement très lent. Puis, sans bouger la tête, c’est son corps qu’il ramasse sur lui-même jusqu’à se tenir à portée de sa proie. L’attaque se déroule à la vitesse de l’éclair, son bec transformé alors en poignard mortel. «Il se nourrit essentiellement de poissons et d’insectes, notamment libellules, mais aussi de petits mammifères, de reptiles, d’amphibiens et d’oiseaux. Il chasse soit à l’affût, soit en marchant lentement dans le marais. Les adultes ont peu de prédateurs, mais leurs poussins peuvent être la proie du busard des roseaux.» 

PARADE DE SÉDUCTEUR 

Discret en chasse, le héron pourpré l’est davantage encore quand il s’agit de mener à bien une nichée. La construction d’un nid est précédée de parades nuptiales. «L’inaccessibilité des zones marécageuses rend son observation bien difficile en période de nidification. Lors des parades, le couple se salue, côte à côte, tout en s’étirant verticalement vers le ciel, crête hérissée, émettant de petits cris et des claquements de bec. Ce héron niche volontiers avec d’autres espèces d’ardéidés. Il n’est donc pas très territorial, mais va défendre sa couvée contre les intrus. Son nid est fait de tiges sèches de roseaux entrelacés, à 20- 30 cm au-dessus de l’eau, plus rarement dans un buisson ou un arbre. Leur incubation dure de 25 à 30 jours.» 

UN TIMIDE RETOUR 

À l’instar de nombreuses espèces dont la reproduction est liée à des milieux humides de qualité, le héron pourpré s’est raréfié au fil de ces dernières décennies. Il ne jouit cependant pas d’un statut particulier de protection. «Il se reproduit essentiellement sur la rive sud du lac de Neuchâtel, ainsi que dans d’autres grandes roselières comme les étangs de Chavornay (VD) ou dans le marais de Sionnet (GE). Entre 2013 et 2016, nous avons recensé entre 6 et 17 couples nicheurs en Suisse, cet oiseau est donc extrêmement rare. La situation a cependant été pire par le passé, avec une quasi-absence de nicheurs entre 1983 et 2001. Note positive, on observe aujourd’hui que les renaturations de biotopes s’avèrent favorables à sa reproduction», se réjouit Laurent Vallotton.

Héron pourpré
Parmi les grands échassiers qui séjournent dans les roselières de notre pays, ce héron est un estivant qui se distingue par sa silhouette particulièrement élancée et la beauté de son plumage.

Daniel Aubort