À pattes, écailles, pétales ou coquilles, certaines espèces arrivent chez nous après une longue expansion ou à la faveur d’un climat plus clément. Cet été, «Terre&Nature» fait le portrait de ces nouveaux résidents. 

ARRIVÉE PROGRAMMÉE 

Oiseau dont la présence est conditionnée par un climat chaud et sec, le guêpier a débuté sa colonisation de l’Europe à la fin du XXe siècle. «L’arrivée de cette espèce africaine a commencé sur le pourtour méditerranéen, raconte Lionel Maumary, biologiste et ornithologue professionnel. En 1960, en Camargue (F), avec les premières nidifications. Puis, dès 1980 et à la faveur du changement climatique, le guêpier a remonté la vallée du Rhône jusqu’en Haute-Savoie avant de faire son apparition en Suisse, à Gampel (VS), en 1992, avec une première nidification réussie. Une petite colonie qui perdura jusqu’à 1995. Un couple installé dès 1996 et trois jeunes à l’envol en 1997 furent les prémices de celle qui allait devenir la plus importante colonie du pays aux abords du village de Penthaz (VD).» 

UN LONG COMBAT 

En remplacement des sites naturels de nidification que sont les berges abruptes situées dans les coudes des rivières, les carrières désaffectées d’extraction de sable représentent un milieu de substitution favorable au guêpier. «C’était justement le cas de l’ancienne gravière de Penthaz, jusqu’au jour ou un changement d’affectation pour transformer ce site en décharge risquait de faire fuir cette espèce que l’on venait admirer de tout le pays. Durant sept ans, j’ai mené une bataille acharnée afin d’obtenir la protection de cet endroit occupé par ailleurs par treize autres espèces inscrite sur la liste rouge des oiseaux menacés. Puis, en 2004, le site a été mis sous protection, se remémore le premier auteur du livre référence Les oiseaux de Suisse. Depuis lors, le guêpier y a niché sans interruption, avec un pic en 2010 voyant l’établissement d’une colonie de 24 couples.» 

NOURRITURE SPÉCIFIQUE 

Un milieu propice à lui offrir une nourriture en suffisance est primordial à cet oiseau sensible. «Son nom l’indique, le guêpier se nourrit principalement de guêpes, de bourdons, d’abeilles, en bref de nombreux insectes d’une taille assez conséquente de la famille des hyménoptères, détaille le spécialiste. Ses proies, l’oiseau les capture en vol puis il les frappe violemment sur une branche, dans le but de les assommer, mais également de casser un dard qui peut s’avérer dangereux. Les épisodes pluvieux de longue durée contrecarrent forcément cette récolte d’insectes essentielle à l’époque de reproduction. Les années perturbées par une mauvaise météo, soit les guêpiers ne se reproduisent pas, soit l’apport en nourriture des oisillons déjà nés est insuffisant et la mortalité augmente dramatiquement.» 

DE CARACTÈRE SOCIABLE 

Hormis quelques exceptions, le plus souvent parmi des espèces aquatiques, la nidification d’oiseaux en colonie est rare sous nos latitudes. «Mais c’est le cas des guêpiers. Le creusement d’une galerie dans le sable dur au fond de laquelle seront pondus les oeufs débute sitôt les oiseaux de retour d’Afrique. Arrivée qui survient actuellement en avril, soit environ deux semaines plus tôt qu’il y a vingt-cinq ans. Une autre influence des changements climatiques, constate l’ornithologue vaudois. Pour sceller la formation du couple, les mâles offrent souvent de grandes libellules aux femelles. Donner des proies de grande taille atteste leurs qualités de chasseurs capables de subvenir aux besoins d’une famille. En cette fin juillet, le nourrissage des jeunes guêpiers touche à sa fin, ce qui ne signifie pas que les oiseaux sont sur le point de se séparer. Les guêpiers vivent en groupe à longueur d’année.» 

QUEL AVENIR? 

«Bien que ses effectifs augmentent progressivement avec les années, le guêpier fait toujours partie de la liste rouge des espèces en danger dans notre pays. Le nombre de couples reproducteurs est inférieur à une centaine qui se répartissent sur Vaud, le Valais et le Tessin. La prédation reste une moindre menace. Les risques majeurs pour l’espèce sont l’utilisation d’insecticides et la destruction des rares milieux propices à sa reproduction, d’où l’importance de préserver d’anciennes carrières. Mais, depuis son installation à Penthaz, la colonie a essaimé dans d’autres régions», se réjouit Lionel Maumary. Le mois d’août est le dernier moment de l’année pour admirer des guêpiers déjà sur le point de reprendre le chemin de l’Afrique pour hiverner.

Guêpiers
Par ses couleurs chamarrées, le guêpier est le plus exotique des oiseaux nicheurs de Suisse. Les adultes se distinguent des jeunes par quelques plumes qui prolongent leur queue sous forme de pointe. D’apparence similaire, le mâle est toutefois d’une taille légèrement supérieure à celle de la femelle.

Daniel Aubort