Paru au printemps, l’Atlas des mammifères de Suisse et du Liechtenstein est le résultat d’un titanesque travail de terrain. On a beau penser les connaître, les espèces qui vivent autour de nous sont pleines de surprises. 

Sept ans: c’est le temps qu’il aura fallu à l’équipe emmenée par la Société suisse de biologie de la faune pour compiler les données nécessaires à l’établissement du nouvel Atlas des mammifères de Suisse et du Liechtenstein. Des milliers d’observations, des initiatives de science participative, 70 coauteurs, la collaboration de cinq institutions majeures et un budget de plus de 1 million de francs: ces quelques chiffres donnent une idée de l’ampleur du travail. Et le résultat est à la hauteur des ambitions: cette somme constitue un nouvel outil pour les spécialistes comme pour les profanes. Elle représente aussi une photographie détaillée de l’état de la biodiversité et des milieux naturels en Suisse. Parce que la recherche scientifique peut aussi être amusante, morceaux choisis en mode livre des records...

Chevreuil Européen
LE PLUS RÉPANDU : LE CHEVREUIL EUROPÉEN Il y en a environ 140 000 en Suisse et au Liechtenstein: très flexible dans ses choix d’habitats, amateur de prés comme de forêts, de plaine comme de montagne, le chevreuil est le plus commun des mammifères du pays. «Ou en tout cas le plus visible, nuance Manuel Ruedi, conservateur du Muséum d’histoire naturelle de Genève et grand contributeur de l’atlas. Notre travail dépend des signalements que nous recevons, et on repère plus aisément un chevreuil qu’un campagnol, par exemple.»

Renard roux
LE PLUS INCOMPRIS : LE RENARD ROUX Nuisible, vraiment? Chassé pour sa fourrure, pointé du doigt comme vecteur de la rage, le renard a plutôt mauvaise réputation. «Pourtant, il est étroitement lié à l’homme, car il profite de la surabondance de nourriture dans les villes et les campagnes. Par ailleurs, loin d’être une menace, il est le meilleur allié des agriculteurs: il mange chaque année des milliers de rongeurs.»

Genette
LE PLUS MYSTÉRIEUX : LA GENETTE COMMUNE Vit-elle en Suisse ou se contente-t-elle d’y faire quelques incursions? Impossible à dire pour l’heure, tant la genette est insaisissable. «On sait que l’espèce est en expansion dans l’est de la France, mais on n’a pu observer que deux passages à Genève jusqu’ici, grâce à un piège photo, dit Manuel Ruedi. Sans doute s’agit-il de quelques individus qui prospectent à la recherche d’un nouveau territoire.» Juste avant de mettre l’Atlas des mammifères sous presse, les biologistes ont également reçu un cliché pris au Tessin.

Ours brun
LE PLUS DANGEREUX : L’OURS BRUN Malgré ses airs de gros nounours et sa grande popularité, l’ours brun devance le loup, et de loin, au jeu de la dangerosité pour l’être humain. Sur le papier du moins. «On ne déplore aucun accident mortel en Suisse, précise Manuel Ruedi. Mais dans les pays où les plantigrades sont plus répandus, cela peut se produire de temps à autre, en cas de rencontre avec un ours affamé, apeuré ou habitué à l’homme.» Entre 2005 et 2019, une quinzaine d’ours bruns sont passés par la Suisse, sans jamais s’y installer.

Serotine
LE PLUS COLORÉ : LA SÉROTINE BICOLORE «Les mammifères de Suisse ne sont pas franchement réputés pour leurs couleurs exubérantes, sourit Manuel Ruedi. Leur pelage est généralement fait pour se fondre dans leur environnement.» Miniexception à la règle, la sérotine bicolore arbore une livrée très contrastée: peau noire, dos gris foncé et ventre blanc. Une couleur d’autant plus étonnante pour un animal nocturne.

Lièvre variable
LE MIEUX CAMOUFLÉ : LE LIÈVRE VARIABLE Il n’y a pas photo: capable de changer de couleur entre l’été et l’hiver, le lièvre variable est un vrai superhéros des Alpes. Vivant entre 800 et 3000 mètres d’altitude, il sait se rendre parfaitement invisible lorsqu’il reste immobile sur un caillou ou dans un trou de neige.

Cerf
LE PLUS GRAND : LE CERF ÉLAPHE Avec 1 m 50 au garrot et plus de 2 m au total, bois compris, pour les mâles, le cerf est sans conteste le plus imposant animal sauvage de Suisse. Abondamment chassé dès le Moyen Âge, cet immense ongulé – un mâle pèse jusqu’à 250 kilos, le double d’un bouquetin et huit fois plus qu’un chevreuil – s’est retiré dans les zones les plus montagneuses du pays, avant de reconquérir le Plateau au XXe siècle. On estime leur nombre à environ 35 000.

Musaraigne
LE PLUS PETIT : LA MUSARAIGNE ÉTRUSQUE C’est non seulement le plus petit mammifère terrestre de Suisse, mais aussi du monde: cette minuscule boule de poil mesure 4,5 centimètres pour 2 grammes, soit le poids… d’une pièce de 5 centimes! Découverte en 2011 au Tessin, la musaraigne étrusque est répandue dans toute la zone méditerranéenne. «En plus d’être extrêmement petite, elle est aussi très discrète, car elle chasse la nuit, souligne Manuel Ruedi. Cela explique qu’elle soit si longtemps passée inaperçue!»

Nonante-neuf espèces

Le dernier atlas des mammifères datait de 1995. En plus de vingt-cinq ans, le paysage suisse a bien changé et la biodiversité aussi. Mais l’évolution va plutôt dans le bon sens: douze animaux font leur apparition dans l’atlas de 2021, portant le total des espèces de mammifères présentes en Suisse et au Liechtenstein à 99. Une diversité hors du commun, que notre pays doit en bonne partie à sa position géographique: au croisement des zones méditerranéenne et continentale, elle accueille des espèces du sud comme du nord. 


Clément Grandjean