Sur la lisière ensoleillée de forêts encore dénudées, un papillon jaune éclatant vole en tout sens à la recherche de nectar. Zoom sur ce lépidoptère diurne, qui est un des premiers à se montrer au printemps.

GRANDE FAMILLE 

Aisément reconnaissable à sa couleur d’un jaune éclatant qui lui a valu son nom, le citron (Gonepteryx rhamni) est l’un des premiers papillons à se montrer vers la fin de l’hiver. Il fait partie d’une famille de papillons très largement répandue. «Sur les 212 espèces de lépidoptères diurnes signalées une fois au moins sur le territoire suisse, 21 sont des Piéridés, auxquels il appartient, explique Yannick Chittaro, collaborateur scientifique et spécialiste des papillons au Centre suisse de cartographie de la faune. Le citron se rencontre dans toutes les régions de Suisse, mais rarement au-dessus de 1200 mètres. C’est une espèce commune et peu menacée, hormis parfois lors de l’entretien inapproprié de haies et lisières qui prive les chenilles des plantes hôtes dont elles se nourrissent.» 

RÉSISTANCE AU GEL 

Alors que la majorité des espèces de papillons traversent l’hiver au stade d’oeuf, de chenille ou de chrysalide, le citron fait figure d’exception avec quelques autres espèces. «Il est un des rares papillons qui hivernent toujours à l’état adulte, au même titre que la petite tortue (Aglais urticae) ou le morio (Nymphalis antiopa), détaille le scientifique. Il ne craint pas le gel, et peut résister à un mois de congélation par déshydratation. C’est un des papillons que l’on voit le plus tôt dans l’année, souvent dès le mois de février.» Animal dit poïkilotherme, c’est-à-dire à sang froid, le citron se laisse souvent observer lorsqu’il est posé au sol, lors de bains de soleil prolongés. Cette chaleur lui est nécessaire pour se mettre en mouvement. 

MIMÉTISME OPPORTUN 

Insecte particulièrement voyant lorsqu’il traverse les paysages de son vol saccadé et hésitant, le mâle peut tenter certains prédateurs. Il sait toutefois se fondre aussi dans son milieu en cas de nécessité. D’une couleur plus pâle, la femelle attire moins l’attention. «Avec ses ailes découpées, le citron ressemble à une feuille morte. Lorsqu’il se tient immobile, il peut donc passer inaperçu. Il n’y a pas d’espèces prédatrices directement spécialisées sur ce papillon, mais de nombreux oiseaux insectivores peuvent le chasser. Les araignées en consomment aussi lorsqu’elles arrivent à en capturer dans leurs toiles. Mais la plus grande mortalité concerne surtout le stade larvaire, les chenilles étant souvent parasitées par des diptères et des hyménoptères.» 

LONGÉVITÉ REMARQUABLE 

Dès sa sortie d’hivernation, le citron semble pris d’une euphorie jubilatoire à voler à toute allure en tout sens. Il file dans une direction, puis revient en arrière, avant de poursuivre un congénère pas toujours de la bonne espèce. Il est alors en quête d’un partenaire ou d’une nourriture encore rare. «Le citron se reproduit dès mars-avril. La chenille se développe sur la bourdaine ou du nerprun. Après le stade immobile de la chrysalide par lequel passent les lépidoptères, les descendants éclosent au début de l’été, en juin-juillet, et volent parfois jusqu’en octobre avant d’entrer en hivernation pour ressortir au printemps. Les adultes vivent très longtemps, presque une année, ce qui est remarquable pour un insecte!» Le citron n’a qu’une génération par an. 

CANICULE PROBLÉMATIQUE 

Insectes que l’on associe assez systématiquement au beau temps et à la chaleur, certains papillons disparaissent toutefois lors de périodes plus ou moins longues au coeur même de l’été. En raison de ses couleurs vives qui le mettent en évidence, le citron fait partie de ces espèces dont l’éclipse soudaine ne passe pas inaperçue. «Effectivement, conclut Yannick Chittaro, cette absence peut surprendre mais se justifie par la poïkilothermie citée plus haut. Par grandes chaleurs, de nombreux lépidoptères se tiennent en effet cachés à l’ombre, leur incapacité de réguler leur température corporelle constituant un risque pour leur survie lors de canicules.» Mais pour l’heure, avec le printemps qui s’amorce, des partenaires à trouver et des fleurs à butiner, le citron fait plus que jamais penser à un feu follet.

Papillon
Après un hiver souvent passé dans un épais tapis de lierre ou de ronces, le citron doit réchauffer son corps pour atteindre sa pleine activité. Ces longues minutes passées au soleil sont la meilleure occasion d’observer l’insecte. La couleur jaune du mâle permet souvent de le repérer à distance.

Daniel Aubort