Ces camélidés originaires d’Amérique du Sud ont conquis la Suisse romande. Mais avant de craquer pour leur sympathique bouille, il convient d’abord de s’assurer qu’on peut répondre à leurs besoins élémentaires. 

Une frimousse exotique, un regard pour le moins particulier et un pelage tout duveteux: difficile de résister au charme d’un alpaga. Pourtant, même si on possède un coin de terrain et un abri, l’adopter ne doit pas se faire sur un simple coup de coeur. Car si sa laine évoque le mouton, ses modestes capacités de portage l’âne, sa rumination la vache et son comportement de fuite face au danger le cheval, l’assimiler à ces animaux mène inévitablement à des déboires. «Il ne faut pas oublier que cet animal, comme son cousin le lama, est un camélidé. Beaucoup de détenteurs font des erreurs par ignorance. Si on ne respecte pas leurs spécificités, les alpagas seront source de frustration, que cela soit au niveau de la relation établie avec eux ou de leur santé», met en garde Pamela Gruaz, qui propose diverses activités à l’enseigne Lampaga, à Romainmôtier (VD). 

Respecter leur nature 

En Suisse, une attestation de compétences, délivrée après une formation d’une journée, est obligatoire pour avoir le droit de détenir des lamas et des alpagas. Celle-ci doit être suivie avant l’achat d’animaux. «En Romandie, nous sommes parmi les rares à proposer ces cours, informent Ulrich et Carla Stettler, qui élèvent des lamas à Vermes (JU). Comme ils ont lieu une seule fois par année, il est nécessaire d’anticiper son inscription.» Le couple, qui juge des camélidés dans diverses expositions et vend des animaux dans toute l’Europe, insiste sur la nécessité de s’interroger avant une acquisition sur ce que l’on souhaite partager avec cet animal. On ne choisira ainsi pas les mêmes individus pour la reproduction, les balades, la production de laine ou l’entretien d’un pré. Animaux grégaires par excellence, avec une structure sociale fortement hiérarchisée, lamas et alpagas doivent être détenus au minimum par paire, un groupe plus grand est néanmoins préférable. Une détention ou des manipulations inappropriées de ces compagnons attachants peuvent en outre conduire à des troubles du comportement. Un lama qui crache sur un être humain en est l’un des révélateurs les plus courants. Cette attitude, liée à une question de hiérarchie, ne devrait en effet avoir lieu qu’entre congénères. «Les camélidés ont parfois mauvaise réputation pour cette raison, se désole Pamela Gruaz. Ce trouble du comportement est malheureusement irrémédiable. Il est dû à une mauvaise imprégnation, le lama assimilant l’homme à un autre lama.» 

Une autre erreur fréquente est liée à leur toison, qui invite à la caresse. Mais céder à la tentation de les cajoler risque de leur causer un stress considérable. Les camélidés n’ont en effet pas l’habitude du toucher, même entre eux: la mère ne lèche pas ses petits et les adultes ne se toilettent pas mutuellement, comme les équidés par exemple. «Lamas et alpagas sont des animaux de proie, qui ont comme unique moyen de défense la fuite, souligne la Vaudoise. Ils ont donc développé des facultés d’observation et une sensibilité extrêmes.» 

Soins et alimentation appropriés 

Originaires des Andes, ces animaux à la démarche caractéristique ont un système digestif plus adapté à l’herbe pauvre des montagnes qu’à nos vertes prairies de plaine. Un accès permanent à du fourrage grossier est important. De plus, les parasites intestinaux représentent un problème particulièrement difficile à gérer. «Ces animaux sont très stoïques, encaissant sans crier quand ils ont mal, relève Ulrich Stettler. Quand on voit que l’un deux est malade, il est souvent déjà trop tard pour le guérir.» Parmi les soins à ne pas négliger, la tonte, annuelle, est indispensable, car le poil de ces camélidés pousse en continu. Il en est de même pour le parage des onglons, qui doivent être raccourcis régulièrement. «Je suis toujours émerveillé par le calme que dégagent mes lamas, s’enthousiasme l’éleveur jurassien. Les côtoyer m’apporte un sentiment d’apaisement. La complicité se construit pas à pas, sans domination.» 

Alpagas
Les alpagas sont des animaux sensibles et curieux, qui sont à la fois sauvages et domestiques.
Alpagas et lamas
Pamela Gruaz, qui élève des alpagas et des lamas, propose diverses activités en leur compagnie dont des balades accompagnées.

En chiffres

Les camélidés du Nouveau-Monde 

  • 6000 ans de domestication. 
  • 90% des alpagas vivent au Pérou, 70% des lamas en Bolivie. 
  • 3 estomacs qui leur permettent de ruminer, contre 4 pour les bovins. 
  • 4500 mètres, l’altitude jusqu’où vit l’alpaga dans la cordillère des Andes. 
  • 60 kilos pour l’alpaga, contre 140 en moyenne pour un lama. 
  • 15 à 25 ans de longévité. 
  • 2 kilos de laine en moyenne par alpaga par an. 
  • 1500 à plusieurs milliers de francs leur prix, en fonction du sexe, de la robe, de la qualité de la laine, de l’âge et de l’éducation reçue.

Deux cousins d'Amérique du Sud

Bien qu’ils appartiennent à la même famille – on peut d’ailleurs les croiser entrer eux –, le lama et l’alpaga ont chacun leurs spécificités. Ils se distinguent notamment par leurs origines, leur morphologie, leur caractère et leur utilisation. Le lama, qui descend du guanaco, a surtout été exploité comme animal de bât pour transporter des charges pouvant atteindre une trentaine de kilos. L’alpaga, dont l’ancêtre est la vigogne, est reconnaissable à sa taille plus petite et à sa toison abondante. Il a en effet été sélectionné pour la production de laine. Cet usage distinct explique certainement la différence de caractère entre ces deux camélidés. L’alpaga est de manière générale plus réservé, car l’élevage pour la laine ne nécessitait pas des animaux acceptant d’être manipulés quotidiennement, contrairement à ceux utilisés pour le transport de marchandises. «En Romandie, l’alpaga rencontre plus de succès que le lama, note Didier Blanc, président de l’Association des petits camélidés de Suisse romande. Peut-être est-ce dû à sa taille modeste, qui lui donne l’image d’un animal plus facile à manipuler, ou à son allure de peluche duveteuse?» 

+ D’INFOS www.petitscamelides.ch 


Véronique Curchod