À pattes, écailles, pétales ou coquilles, certaines espèces arrivent chez nous après une longue expansion – ou à la faveur d’un climat plus clément. Cet été, Terre&Nature souhaite la bienvenue à ces nouveaux résidents. 

RAID SUR GENÈVE 

Difficile de faire une apparition plus furtive que celle de la genette en territoire helvète, dont la Revue suisse de zoologie s’est fait l’écho dans une publication remarquée début juin… «Elle a passé deux fois devant le piège vidéo installé par un naturaliste amateur dans la région de Bernex, raconte Manuel Ruedi, l’auteur de l’article et conservateur du Muséum de Genève. La première fois le 6 juin 2019, la seconde le 15 du même mois. C’était si inattendu que nous avons obtenu du Canton de poser une vingtaine de pièges photographiques dans la région pour obtenir plus de données. En vain! On pense donc que la genette ne s’est pas attardée. En revanche, ces deux vidéos de quelques secondes ont été corroborées par un témoignage oculaire fiable.» 

D’OÙ VIENT-ELLE? 

Ce viverridé aux griffes rétractiles s’est probablement limité à une visite exploratoire de quelques jours, avant de retourner dans son Vuache natal, à quelques kilomètres en Haute-Savoie. «On y trouve une population bien établie de genettes, probablement limitée à deux ou trois couples, explique Manuel Ruedi: nous sommes aux marges de la distribution principale de l’espèce, bien plus dense dans le Sud-Ouest et les Pyrénées.» Originaire d’Afrique du Nord, la genette aurait été introduite en Europe il y a trois ou quatre mille ans par les Phéniciens, comme animal de compagnie. «Elle s’apprivoise bien, même si son statut de protection l’interdit strictement, précise le zoologiste. Et il faut passer outre son odeur, due à ses puissantes glandes anales.» 

EXPANSION NATURELLE 

«Comme dans le cas du loup ou de l’ours, ces explorateurs du genre animal sont souvent de jeunes mâles chassés de leur territoire natal à leur maturité et en quête d’un nouveau fief, détaille encore Manuel Ruedi.» Protégée depuis 1981 en France après avoir passé des décennies à être traquée à l’instar de tous les «puants» tels les renards ou les blaireaux, la petite genette commune Genetta genetta s’est progressivement installée plus au nord et à l’est, franchissant les rives de la Loire et du Rhône, une dynamique bien documentée par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. Et qui ne doit rien aux facteurs climatiques, souligne encore le scientifique: «Corrélation n’est pas explication! Même s’il s’agit d’un animal méditerranéen, son expansion parallèle au réchauffement climatique est une coïncidence. La genette, qui supporte très bien le froid, est d’ailleurs présente aux portes de Paris…» 

CE QUI LUI PLAÎT CHEZ NOUS 

Plus arboricole que le chat, la genette chasse pourtant au sol, se nourrissant surtout de petits rongeurs. «Les forêts longeant le Rhône lui offrent un itinéraire idéal, quasiment jusqu’au centre-ville de Genève. Et comme ce n’est pas un animal exotique, aucun souci quant à l’équilibre écologique: même si elle occupe une niche identique à celle du chat sauvage, par exemple, l’abondance de ses proies exclut toute concurrence dommageable pour les résidents de longue date.» 

ALORS, ELLE VA RESTER? 

«Dans dix ou quinze ans, il y a de bonnes chances que ces incursions se muent en colonisation, puis en installation, acquiesce Manuel Ruedi. Pas seulement à Genève, mais aussi dans le Jura et les Alpes. C’est surtout l’état de la population source de France voisine qui sera déterminant, ainsi que le maintien des couloirs verts le long du Rhône, menacés en permanence par la pression démographique. La disparition des milieux reste le premier facteur de diminution de la biodiversité…» La perspective de tomber nez à nez avec la jolie mais discrète genette reste de toute façon très faible, même si elle prend ses quartiers dans nos forêts. Et la première preuve de son installation sera peut-être bien la découverte d’un «crottier», un genre de WC public pour genettes servant aussi de mur Facebook à cette solitaire qui y lit toutes sortes d’informations utiles sur ses semblables: sexe, date de passage, disposition sexuelle, etc! 

Genette
Avec sa robe tachetée et sa taille atteignant environ 50 cm, la genette européenne ne manque pas de charme – ni d’atouts pour rester discrète. La longueur de sa queue annelée, quasiment supérieure à celle de son corps, témoigne des dispositions arboricoles de ce petit viverridé, seul représentant du genre à avoir vu sa présence attestée en Suisse.

Blaise Guignard

 + D’INFOS www.oncfs.gouv.fr «genette»