Fascinant, hypnotique et un brin angoissant, cet insecte à la sulfureuse réputation ne laisse personne indifférent. Sa vie se termine en octobre, après la ponte de ses oeufs sur des sites choisis avec soin. 

FAMILLE NOMBREUSE 

La mante religieuse (Mantis religiosa) est l’unique représentante de la famille des Mantidae en Suisse, mais elle a de nombreuses cousines à travers le monde. On compte neuf espèces distinctes dans le sud de la France, alors qu’il en existe environ 2000 au niveau mondial. On peut rencontrer le bel insecte, adepte de terrains chauds et secs, au Tessin, en Valais et dans le bassin lémanique. «La mante religieuse ne figure pas sur la liste rouge des espèces menacées, mais elle est protégée à l’échelon national selon l'ordonnance sur la protection de la nature», indique l’entomologiste Stève Breitenmoser. Le réchauffement climatique lui serait bénéfique, ses populations se regarnissant petit à petit dans notre pays. 

EXPERTE EN MIMÉTISME 

L’insecte gracile mesure près de 8 centimètres. Vert ou brun, il apprécie tout particulièrement les hautes herbes. On peut l’admirer en forêt, dans les prairies ou dans les vignes où il parvient bien à se fondre dans le paysage. «Sa présence est un très bon signe, explique Stève Breitenmoser. Cela signifie qu’il y a de nombreux insectes à cet endroit. Elle est un indicateur de la vitalité biologique des lieux.» Mais la mante religieuse est aussi vulnérable: elle disparaît des terrains trop bien entretenus, victime des faucheuses, à cause de sa grande taille. 

UN LOOK ATYPIQUE 

Avec ses immenses yeux à facettes et son impressionnante taille, elle a tout d’un extraterrestre. Ses grandes pattes antérieures, dites ravisseuses, sont hérissées de pics et se replient sous l’abdomen d’une manière caractéristique. On pourrait croire que la mante prie, ce qui lui a valu son nom de religieuse ou de Gottesanbeterin, «adoratrice de Dieu» en allemand. «C’est l’un des rares insectes qui peut tourner sa tête. On a parfois l’impression qu’elle nous regarde, ce qui peut être assez flippant», reconnaît Stève Breitenmoser. Elle est peu farouche et on a la possibilité de l’admirer de près lorsqu’elle se déplace en marchant. La mante, qui possède aussi des ailes, peut voler sur de courtes distances mais cela la rend vulnérable. Lente en vol, elle devient, dans les airs, une proie facile pour les oiseaux. 

ACCOUPLEMENT RISQUÉ 

Redoutable prédatrice, elle a aussi un appétit féroce. On la surnomme parfois la lionne des prairies. La femelle va jusqu'à dévorer le mâle avant, pendant ou après l'accouplement. «S’il n’est pas habile, elle le prend pour une proie et le mange, s’en servant comme d’un énorme apport de protéines pour nourrir sa progéniture, relève l’entomologiste. Il arrive également que les larves s’entre-dévorent après être sorties de l’oeuf.» Avec ses longs membres, la mante religieuse est loin d’être gauche. Elle attaque à la vitesse de l’éclair, comptant sur l’effet de surprise pour composer son menu. Mouche, araignée, criquet et papillon: ses pattes agrippent la proie tandis que ses mandibules acérées broient la tête, la tuant instantanément. La belle ne s’en prend toutefois pas à l’homme. «Il ne faut pas la craindre, la mante est plutôt une alliée pour les jardiniers», estime Steve Breitenmoser. 

L’HIVER DANS UN COCON 

À la fin de l’été, les femelles deviennent de plus en plus dodues, leur abdomen se remplissant d’oeufs. «Elles les pondent sur un substrat dur, généralement sur des cailloux ou du bois», poursuit le spécialiste. Ses rejetons se développent au chaud pendant l’hiver, dans un petit sac fait d'une substance mousseuse qui se durcit au contact de l'air. Cette oothèque renferme 60 à 120 oeufs, qui n’écloront que des mois plus tard, en mai. À leur naissance, les mantes religieuses n’ont pas encore d’ailes et sont prêtes à tout pour survivre. Leur silhouette particulière est le fruit de six à sept mues successives, les menant jusqu’à l’âge adulte. Leur durée de vie est en revanche courte: les mantes religieuses n’existent en effet que le temps d’une saison.

Mante religieuse
Chez les mantes religieuses, les mâles et les femelles se ressemblent, mais ces dernières sont toujours nettement plus grandes, plus robustes et plus dodues, notamment lors de la gestation.

Céline Duruz