Avec sa haute stature et son plumage d’un blanc éclatant, difficile de le manquer dans les champs et les marais où il cherche sa nourriture: cet échassier peu discret est de retour pour passer l’hiver en Suisse.

COUSINE DU HÉRON 

Du coin de l’oeil, on pense avoir aperçu un héron. Puis on regarde mieux, intrigué par une teinte inhabituellement claire. Pas de doute, c’est une aigrette: «Avec sa taille qui peut aller jusqu’à un mètre, son plumage blanc, ses longues pattes noires et son bec jaune qui vire au noir en saison de nidification, la grande aigrette est facile à identifier, indique Chloé Pang, porte-parole de la Station ornithologique suisse. Il ne s’agit pas d’un héron albinos, comme on nous le demande parfois, mais les deux échassiers font partie de la même famille. D’ailleurs, leurs noms allemands rappellent cette proximité génétique: Silberreiher pour la grande aigrette, Graureiher pour le héron cendré.» 

VILLÉGIATURE EN ROMANDIE 

La grande majorité des 2500 à 3500 grandes aigrettes observées en Suisse chaque année y séjournent seulement le temps de l’hiver. «Elles arrivent de Hongrie, d’Ukraine ou d’Autriche au mois de novembre, précise Chloé Pang. Elles passent les mois les plus froids sous nos latitudes avant de repartir vers l’Est en février.» Elles privilégient la Suisse romande: la région des Trois-Lacs et la plaine de l’Orbe sont les principaux lieux d’observation du pays. Pour tenter d’apercevoir l’impressionnant échassier blanc, on peut par exemple tenter sa chance du côté de la Grande Cariçaie. 

RÉGIME VARIÉ 

Si l’on voit le plus souvent une grande aigrette dans un champ ou dans une zone humide, c’est parce que c’est là qu’elle trouve les poissons, les amphibiens et les micromammifères dont elle se nourrit. Un régime alimentaire similaire à celui du héron, qui explique qu’on les aperçoive régulièrement ensemble. Le soir, l’aigrette se retire dans une roselière ou un bosquet, où elle passe la nuit avec quelques congénères. 

MENACÉE AUTREFOIS 

La couleur immaculée de la grande aigrette a bien failli causer sa perte: chassée pour ses plumes, particulièrement spectaculaires en période de reproduction, utilisées pour orner des chapeaux, elle est quasi éradiquée en Europe à la fin du XIXe siècle, ne subsistant que dans quelques zones naturelles de Hongrie. Il faudra une interdiction de chasse, un statut d’espèce protégée et des mesures de préservation des zones humides pour permettre aux effectifs de croître à nouveau. Aujourd’hui, la grande aigrette est tirée d’affaire. 

PROLONGER LE SÉJOUR 

Quand on dit que la plus grande partie des aigrettes observables dans notre pays sont des migratrices, c’est parce qu’une poignée d’entre elles s’y sont installées: «Deux couples ont niché dans le pays entre 2013 et 2015, d’autres habitent déjà toute l’année ici sans pour autant nicher, note Chloé Pang. C’est un processus connu: il n’est pas rare que des oiseaux hivernants restent en fin de saison, devenant peu à peu des nicheurs réguliers.» Les tentatives de nidification pourraient donc se multiplier, et la silhouette élancée de la grande aigrette s’établir un peu plus dans le paysage suisse.

Grande Aigrette
Immobilité de statue, regard fixé vers l’eau… Pas de doute: la grande aigrette est en chasse.

Clément Grandjean

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