Première femme de son canton à la tête d’une police municipale, Violaine Grau a rendu son uniforme cet été pour se consacrer à ses huskies et développer des activités thérapeutiques et touristiques à Morgins (VS).

Entrer chez Violaine Grau, c’est pénétrer en même temps dans le repaire du Team des loups du val de They. Un chalet massif en bois sablé à l’intérieur moderne, où se mêlent harmonieusement pierre naturelle et décoration montagnarde. La terrasse construite en hauteur surplombe le parc grillagé qui occupe la majeure partie du jardin. Onze huskies de Sibérie s’y reposent. «Ils ont l’interdiction d’aboyer», avertit d’emblée leur maîtresse. Elle jette un dernier coup d’oeil à ses protégés avant de venir s’attabler sous un agréable soleil de septembre. Malgré un téléphone qui n’arrête pas de sonner alors qu’elle informe être en vacances, la Chablaisienne prend le temps de la rencontre. De sa voix posée, elle décrit non sans fierté son nouveau livre, le deuxième, intitulé La puissance de l’animal thérapeute . Il vient d’être publié en Suisse et dans d’autres pays francophones. Psychologue de formation, Violaine Grau l’a écrit sur la base d’expériences menées avec des personnes isolées socialement et un chien. 

Un nouveau départ

La parution de cet ouvrage fait partie d’un virage à 180 degrés négocié en juin par l’ancienne commandante de la police montheysanne. Première femme du canton à accéder à ce poste, elle a rangé son uniforme huit ans plus tard pour passer l’entier de ses journées entourée de sa meute. Objectif: faire grandir son centre thérapeutique et de loisirs installé chez elle, dans la station des Portes-du-Soleil. Cette maman divorcée a par exemple mis sur pied une formation destinée au personnel des institutions. Dès le printemps prochain, le livre qu’elle vient de signer servira de fil conducteur à la première volée de professionnels qui suivra le cursus. Violaine Grau veut aussi renforcer ses activités de coach en développement personnel, qui incluent évidemment la médiation animale. En parallèle, elle organise des sorties en traîneau, à pied ou en trottinette avec ses huskies. Et pour être sûre de ne jamais s’ennuyer, la gestion d’un élevage et la location du chalet pour de courts séjours viennent également rythmer ses semaines. «Il y a deux ans environ, je me suis rendu compte que c’étaient les chiens qui étaient le trait d’union entre tout ce que je faisais», explique- t-elle en tendant l’oreille, puis en rappelant à l’ordre Mumba  et Isis  qui ont lâché un jappement. Peur des regrets, de l’échec professionnel: la décision a été néanmoins très difficile à prendre. «Je crois bien que l’original de la lettre de démission est encore dans ma voiture. Elle était imprimée sans date depuis longtemps, mais j’ai vraiment eu du mal à la donner à mon employeur.»

Championnes du monde

Cette relation fusionnelle entre la Valaisanne et ses chiens doit beaucoup à la course en traîneau. Enfant, Violaine Grau éprouvait déjà le besoin de se défouler et de partager quelque chose avec son animal de compagnie. «J’avais appris à Mozart à me tirer à skis de fond», se souvient-elle. Après vingt ans d’hippisme à haut niveau, elle est donc devenue musher. Elle a ensuite découvert la palette de disciplines impliquant un ou essaie de traduire avec des mots depuis plus d’une heure. La Morginoise préfère parler de perception extrasensorielle. «Les chiens sentent ce que je veux sans que je doive les interpeller. Parfois, quand on est en attelage, ils savent où j’aimerais aller avant que je ne leur aie donné l’ordre de tourner…» Difficile de ne pas ressentir à son tour la complicité, la bienveillance et le respect qui règnent entre eux.

Engagement communal

L’année 2020 marque le début d’une autre nouvelle aventure pour la sportive valaisanne. Violaine Grau se lance en politique, se présentant aux élections communales du 18 octobre prochain sous les couleurs du PDC de son village. «En quittant mes fonctions de commandante, je ne voulais pas passer pour une mémé qui ne verrait plus que ses bêtes», avoue-t-elle. Quand le parti l’a approchée pour lui demander d’être candidate, elle n’a pas hésité une seconde, mue par le souhait de mettre ses compétences au service de la collectivité, tout comme elle le fait avec ses huskies.

Maîtresse et ses Huskies
Il y a deux ans environ, je me suis rendu compte que c’étaient les chiens qui étaient le trait d’union entre tout ce que je faisais.

Son univers

UN ANIMAL : Le loup «Pour son côté sauvage, la fascination et la peur qu’il suscite. Pour son côté controversé, aussi.»

UN LIVRE : «La chartreuse de Parme», de Stendhal. «Ça me permet de déconnecter.»

UN PLAT :  Une fondue vigneronne de chasse «Avec un verre de vin valaisan.»


Valentine Zenker