Ne le confondez surtout pas avec les autres races qui ont le nom d’épagneul et sont connues pour leurs talents de chasseurs. Surnommé «Tibbie», ce chien gai et affectueux est avant tout un merveilleux compagnon. 

Alors qu’un piéton passe dans la rue, les sept chiens de la maison aboient avec vigueur pour signaler la présence de l’inconnu. «L’épagneul du Tibet a conervé un caractère de gardien, observe l’éleveuse Marie-Claude Saudan. À l’origine, il était en effet chargé de garantir la tranquillité des monastères. D’une curiosité insatiable, il aime surveiller les alentours de sa demeure.» Mais cet attachant compagnon sait aussi rester zen: une fois le danger signalé, voilà que toute la troupe se tait pour se reposer. Malgré son rôle de chien veilleur, il n’avait en effet pas le droit de troubler la paix méditative des couvents. 

Installée à Chemin, la Valaisanne a découvert le tibbie voilà une vingtaine d’années, en admirant le chien d’une voisine. «J’ai eu un coup de foudre pour son allure. L’abondance de ses poils ainsi que la forme de son nez m’ont instantanément rappelé les chats persans que j’ai longtemps côtoyés, raconte-t-elle. J’ai découvert ensuite qu’il avait même un caractère similaire: indépendant, il aime se trouver une place stratégique en hauteur pour surveiller l’extérieur.» 

Une joyeuse clique 

Roméo est le premier épagneul du Tibet à rejoindre la famille. «J’avais un lien très fusionnel avec lui, souligne Marie-Claude Saudan, visiblement émue. Il nous accompagnait partout, mon mari et moi. Malgré sa taille modeste, c’était un grand sportif qui appréciait les longues balades. Il était fripon, et sa curiosité le rendait parfois peu obéissant, suivant ce qu’il avait déniché.» Si Roméo est décédé, son fils Yuma est désormais l’un des reproducteurs de l’élevage baptisé Nyin-Djé – le seigneur du coeur. Des femelles ont également rejoint le clan, comme Jampal et Minnie, nées au Danemark, si bien que ce sont désormais sept gais lurons qui s’amusent quotidiennement ensemble. «Très expressifs, les épagneuls du Tibet apportent beaucoup de bonne humeur, signale l’éleveuse. Leur queue en panache qui frétille est un bon baromètre de leur état d’esprit.» Parmi eux, Emaho, qui appartient à la troisième génération de chiens nés à Chemin, est une source de fierté. Son nom, qui veut dire «le magnifique», semble d’ailleurs prédestiné. Ce mâle de robe sable a notamment terminé quatrième de sa catégorie à la Crufts, la plus grande exposition cynologique du monde qui se tient annuellement en Grande-Bretagne. Signe de la qualité des sujets de Marie-Claude Saudan, trois autres de ses chiens sont déjà qualifiés pour la prochaine édition. 

Une race peu connue 

Finlande, Hongrie ou Danemark: Marie- Claude Saudan se déplace pour amener du sang neuf dans la race, que cela soit en acquérant des sujets à l’étranger ou en y faisant saillir ses femelles. «Cette race est encore peu répandue en Suisse. Parfois, les gens le confondent avec le pékinois, qui est plus petit avec un nez un peu plus enfoncé.» S’accordant bien avec les enfants, l’épagneul du Tibet fait également le bonheur de gens vivant en appartement. Pour ceux qui souhaitent adopter l’une de ces boules de poils, la patience est de mise: vu le peu d’élevages romands, il faut compter un délai d’attente d’un à deux ans, les chiots étant réservés avant la naissance. Malgré l’intérêt suscité, seules deux portées au maximum voient le jour chaque année chez Marie-Claude Saudan. La Valaisanne tient en effet à rester un élevage familial: ses reproducteurs sont avant tout des compagnons avec lesquels elle prend plaisir à partager son quotidien.

Marie-Claude Saudan
Marie-Claude Saudan élève des épagneuls du Tibet depuis une dizaine d’années.
Nyin-djé Galante
«Nyin-djé Galante», pétillante petite femelle âgée de 8 mois.

Fiche signalétique

  •  Origine Tibet. 
  • Morphologie Chien de compagnie de petite taille avec un corps bien proportionné et une queue fournie. Il pèse entre 4 et 7 kg. Le pelage mi-long est soyeux et peut être de toutes les couleurs. Le museau est noir et les yeux brun foncé. La mâchoire inférieure est légèrement prognathe. 
  • Particularité Race très ancienne qui a été élevée depuis la fin de l’Antiquité dans les monastères tibétains. Certains individus seraient parvenus en Europe déjà du temps de Marco Polo, au gré des échanges commerciaux le long de la route de la soie. Plus récemment, les premiers sujets attestés sont arrivés au XIXe siècle en Grande-Bretagne, en provenance de l’Inde, qui était alors encore sous protectorat britannique. Aujourd’hui encore, ces chiens sont considérés comme des porte-bonheur au Tibet et ne sont offerts qu’aux bons amis ou à titre de marque de respect. 
  • Prix 1800 francs pour un chiot sevré, avec passeport, puce électronique, pedigree, vacciné et vermifugé. 
  • Ses points forts Sa rusticité. Son caractère joyeux, curieux et amical. Sa diversité de robes. 
  • Ses points faibles Il peut être sujet à la luxation de la rotule. Mue abondamment deux fois par année. A parfois des difficultés à obéir. 
  • Élevages romands Nyin-Djé, Marie-Claude Saudan, Chemin (VS), www.nyin-dje.ch Lollipop, Pascale Kolly-Badan, Treytorrens (VD), oflollipop Buitonne, Joël Carron, Montpreveyres (VD), joelcarron@hotmail.com 


Témoignage d'une propriétaire

 Béatrice Farquet

 Béatrice Farquet, de Martigny (VS), et Csiky 

«Lorsque j’ai perdu mon premier chien, un pékinois, je me suis juré de ne plus en reprendre, tant la douleur était vive. Mais à peine quinze jours plus tard, j’ai accepté d’accompagner un ami chez sa cousine qui élève des épagneuls du Tibet. Un des chiots de la portée venait toujours vers moi. J’y suis retournée après quelque temps et le même scénario s’est répété: Csiky m’avait choisie! J’apprécie 

son caractère particulièrement affectueux. Il joue en douceur avec mes petits-enfants. Facétieux, il sait se faire comprendre d’un regard: il ne lui manque que la parole. De plus, sa taille est idéale pour pouvoir l’emmener partout avec moi. Dans la rue, il suscite la curiosité, les passants m’arrêtant fréquemment pour me demander sa race.» 


Véronique Curchod