Entre les scandales liés à des résidus toxiques et une pléthore de produits à disposition, il est difficile de savoir quels aliments donner à son chien ou son chat. Le point avec Chantal Brunner, vétérinaire nutritionniste.

Les rayons pour animaux de compagnie offrent un choix considérable d’aliments, ciblant des races, voire des pathologies particulières. De quoi donner le tournis. 

Devant tant de diversité, comment s’y retrouver? 

➤ Le marché des croquettes étant très lucratif, le nombre de marques et d’articles a explosé ces dernières années. Chaque entreprise essaie de se démarquer. Mais au final, très peu d’entre elles font des études sur l’impact réel de leurs aliments sur la santé animale, la majorité se contentant de copier ce que fait la concurrence. Quoi qu’il en soit, les croquettes les plus avantageuses sont rarement les meilleures: les ingrédients sont souvent de qualité moindre, avec un taux de minéraux élevé. 

À quoi faut-il faire spécialement attention lors de l’achat de ces aliments? 

➤ Il faut être critique vis-à-vis de la composition, même s’il n’est pas évident de s’y retrouver, car des informations manquent souvent sur les étiquettes. Mais le plus important est de choisir un aliment en rapport avec l’âge de son animal. Il est en effet avéré que les besoins en nutriments ne sont pas les mêmes pour un chiot que pour un chien âgé. Quant aux gammes adaptées à chaque race, elles sont surtout une affaire de marketing. 

Le marketing a-t-il donc pris le dessus sur les besoins réels des animaux? 

➤ Dans certains cas oui, malheureusement. La nourriture sans gluten, voire par extension sans céréales, remporte ainsi un succès phénoménal auprès de nombreux propriétaires de chiens. Ceux-ci sont convaincus du bien-fondé de cette mode, influencés par l’alimentation humaine qui tend à diaboliser le gluten. Des cas d’intolérance, extrêmement rares, ont été prouvés scientifiquement chez une seule race, le setter irlandais. Pour les autres, ce type d’aliment ne présente aucun intérêt particulier. Un régime sans céréales peut amener à un inconfort digestif, voire à des troubles plus graves: des problèmes cardiaques liés à une telle ration ont été démontrés. 

Cette analogie avec l’alimentation humaine a-t-elle d’autres incidences? 

➤ Bien sûr, car l’animal de compagnie fait désormais partie du cercle familial, poussant ses maîtres à se préoccuper davantage du contenu de son assiette, tout en ayant les moyens financiers pour investir dans ce domaine. Il en va ainsi de la tendance végane, qui est plus une philosophie qu’un mode alimentaire. Le problème est qu’elle est difficilement applicable aux chiens, et carrément déconseillée aux chats, strictement carnivores. La taurine, indispensable à leur organisme, n’est en effet présente que dans les tissus animaux. On trouve des croquettes industrielles où cet élément a été rajouté, mais honnêtement, n’est-il pas plus sain d’utiliser un produit naturel – la viande – qu’un additif? 

Les récents scandales alimentaires avec des croquettes contenant de l’acrylamide ou du glyphosate ne devraient-ils pas faire renoncer à ce type d’aliment? 

➤ La présence d’acrylamide est liée au processus de fabrication. À l’heure actuelle, personne n’en connaît l’impact sur la santé des animaux. Mais voilà plus de trente ans que la consommation de croquette s’est généralisée, et force est de constater que, depuis lors, les animaux vivent plus longtemps. Quand j’ai terminé mes études en 2002, l’espérance de vie d’un labrador était d’environ 12 ans, contre 14 aujourd’hui. L’amélioration de l’alimentation animale, couplée au développement de la médecine vétérinaire, a contribué à augmenter la longévité des animaux. Il faut donc relativiser ces scandales, qui jouent pour une grande part sur un aspect émotionnel. 

Par sécurité, ne faudrait-il pas malgré tout privilégier une ration ménagère? 

➤ Pas forcément, car les croquettes présentent de nombreux avantages, comme une action mécanique positive sur la plaque dentaire, ainsi qu’un ratio adéquat entre les divers nutriments. Il est en effet très difficile d’arriver à une ration bien équilibrée sans faire des calculs très complexes nécessitant les conseils d’un professionnel. Une ration ménagère, bien que contraignante, est néanmoins intéressante si elle est menée avec sérieux, car le propriétaire sait alors exactement ce que mange son animal, notamment au niveau de la provenance des viandes. Avec l’aide d’un professionnel, elle permet également d’élaborer une diète appropriée pour les chats et chiens qui souffrent de plusieurs pathologies. 

Certains propriétaires varient souvent la ration. Est-ce conseillé? 

➤ Il n’y a aucun intérêt à changer d’aliment si l’animal mange correctement sa nourriture et la supporte bien. La consistance des selles, un poil brillant, le dynamisme de l’animal donnent de précieuses indications. Mais attention toutefois, des carences ne se voient pas forcément, ou alors seulement quand elles sont à un stade avancé. 

Quels sont les progrès en nutrition qui vous semblent les plus prometteurs? 

➤ Certaines diètes vétérinaires s’apparentent désormais quasiment à un médicament. On peut ainsi traiter des cas d’hyperthyroïdie chez le chat uniquement avec un aliment spécifique, tandis que d’autres apportent un réel bénéfice dans l’accompagnement d’allergies ou de maladies urinaires ou rénales.

Vétérinaire et un chien
BIO EXPRESS CHANTAL BRUNNER Cette diplômée du Tierspital de Berne est l’une des rares vétérinaires romandes à s’être spécialisée en nutrition animale. La Vaudoise bénéficie aussi bien d’une expérience en pratique qu’en industrie, s’étant occupée pendant plusieurs années de gammes alimentaires destinées aux vétérinaires. Elle a ouvert récemment son propre cabinet vétérinaire, Espace Vet, à Rennaz (VD), où elle propose aussi bien des consultations en nutrition qu’en médecine classique.

Le local plutôt que l'industriel ?

La question se pose: faut-il privilégier des aliments fabriqués par une petite entreprise locale avec des produits de la région au détriment de ceux proposés par de grandes marques? «Ce n’est pas toujours la bonne solution, estime Chantal Brunner. Tous les producteurs d’aliments pour chien et chat n’ont pas le même niveau d’expertise nutritionnelle et de contrôle qualité. Les marques établies depuis des décennies possèdent des centres de recherche dédiés et sont les seules à avoir suffisamment de moyens pour faire des études scientifiques sérieuses, ainsi que pour contrôler la chaîne de production et l’origine des matières premières.» 


Propos recueillis par Véronique Curchod