Trois espèces indigènes peuplent discrètement nos lacs et rivières. En fort déclin, ces membres de la famille des crustacés sont placés sous haute surveillance afin d’assurer leur sauvegarde. 

ESPÈCES INDIGÈNES 

C’est dans les plans d’eau, mais également en rivière que vivent les trois espèces d’écrevisses indigènes que compte la Suisse. «L’écrevisse à pattes rouges aime les eaux stagnantes de plaine et habite de préférence les canaux, étangs et lacs, explique Vincent Sonnay, biologiste au bureau d’écologie n+p. Les écrevisses à pattes blanches et des torrents fréquentent pour leur part les eaux courantes. La première citée occupe une large part du Plateau et certaines vallées des Grisons, du Valais et du Tessin, celle des torrents est cantonnée au nord-est de la Suisse.» Menacées de disparition, nos écrevisses indigènes font l’objet de mesures de préservation, notamment par le biais de la renaturation des cours d’eau. 

CRUSTACÉS IMPORTÉS 

Afin de compenser la raréfaction des espèces de Suisse – leurs effectifs ayant drastiquement décliné en raison de la dégradation du milieu et de l’utilisation de produits chimiques polluants – quatre espèces, dont trois originaires d’Amérique, ont été introduites il y a plusieurs dizaines d’années, notamment à des fins gastronomiques. «C’était une grossière erreur, fait remarquer le spécialiste. Ces espèces exercent une concurrence et sont porteuses de la peste de l’écrevisse. Une maladie provoquée par un champignon pathogène qui n’affecte pas les espèces d’outre-Atlantique, porteuses saines, mais qui a décimé les écrevisses européennes. Atteintes par la maladie, elles en meurent en quinze jours. Il est malheureusement pratiquement impossible d’éradiquer ces espèces introduites.» À noter que l’utilisation de bottes ou d’une filoche dans un milieu contaminé suffit à transporter la maladie dans des zones non infectées. 

UNE ANATOMIE BIEN PARTICULIÈRE 

L’anatomie des écrevisses – qui sont nos plus grands invertébrés – est particulière. «Avec un corps segmenté en deux parties – céphalothorax et abdomen – un exosquelette, ou squelette externe, sous forme de carapace et une première paire de pattes transformées en pinces volumineuses, les écrevisses sont les homologues d’eau douce des homards, détaille le scientifique, président de la Société vaudoise des sciences naturelles. Après l’éclosion des oeufs, les écrevisses passent par des mues successives pour grandir, leur carapace n’étant pas extensible. La fréquence est soutenue chez les jeunes individus (plusieurs par année) puis diminue ensuite chez les adultes.» La mue étant une étape délicate et à risques accrus de prédation, les écrevisses se tiennent cachées le temps que durcisse leur nouvelle carapace. 

RÉGIME ALIMENTAIRE VARIÉ 

Les écrevisses sortent la nuit pour se nourrir, elles réduisent ainsi leur propre prédation par les hérons, goélands ou poissons (truite). Leur régime est omnivore. Il est constitué d’une part de matière végétale en décomposition, d’algues et de mousses. Ce menu est complété par la capture de crevettes d’eau douce (gamarres) et de larves d’insectes aquatiques. Dans un but d’autorégulation de leur population, mais parfois aussi par manque de nourriture, il arrive que les écrevisses deviennent cannibales. 

ANIMAUX DISCRETS 

Observer des écrevisses en milieu naturel est difficile. Particulièrement l’écrevisse à pattes rouges, qui vit dans des plans d’eau parfois profonds. «Les écrevisses à pattes blanches et des torrents sont plus aisées à voir, mais, comme elles sont nocturnes, une lampe de poche est nécessaire pour les repérer dans les rivières peu profondes, précise Vincent Sonnay. Les animaux sortent de leur cachette au crépuscule. Il s’agit parfois d’un abri sous berge, du système racinaire d’un arbre, mais aussi de galeries que les écrevisses creusent dans la terre meuble au moyen de leurs puissantes pinces.» Toute observation d’écrevisses, espèces protégées en péril, peut être transmise au Centre suisse de cartographie de la faune. 

Ecrevisse
L’écrevisse à pattes blanches se reconnaît à la fine ligne – appelée crête postorbitale – que l’on distingue derrière l’oeil, dans le prolongement du corps. Chez l’écrevisse à pattes rouges, cette crête postorbitale est composée de deux segments distincts.

Daniel Aubort

+ D’INFOS Centre suisse de cartographie de la faune, tél. 032 725 72 57.