LA FOUINE LUI RESSEMBLE 

De taille moyenne, la martre appartient à la famille des mustélidés, parmi lesquels on compte, entre autres, le massif blaireau et la belette, le plus petit carnivore d’Europe. «Le corps fuselé de la martre atteint une quarantaine de centimètres, la queue en mesurant 20 à 25. Son pelage est d’un brun prononcé et le dessous de ses pattes, recouvert de poils, laisse une empreinte particulière», relève Bastien Siggen, garde forestier depuis quatorze ans au triage du Nozon, dans le Jura vaudois. «Dimensions et silhouette sont proches de celles de la fouine. Elle s’en distingue par une bavette orangée sur la gorge – blanche chez la fouine – qui ne s’étend pas sur les pattes antérieures comme c’est le cas pour cette dernière. La couleur de leur truffe permet aussi de les distinguer, celle de la martre est noire alors qu’elle est rose chez de la fouine.» 

ELLE LOGE DANS LES ARBRES 

Il est rare d’apercevoir la martre ailleurs qu’en forêt. L’espèce passe le plus clair de son temps perchée dans le houppier. «Surtout active au crépuscule et la nuit, elle occupe tous les types forestiers, de la sylve humide de résineux aux vastes massifs de feuillus. Certains arbres, dits habitats, ont une valeur toute particulière pour nous, souligne le professionnel. Nous les protégeons, car ce sont des refuges ou des sites de nidification indispensables à diverses espèces, dont la martre, qui s’y se reproduit ou s’y repose, en occupant des nids d’oiseaux ou les loges de pics.» Durant le mois de septembre, la rencontre avec ce mustélidé est plus fréquente durant la journée, car les jeunes, alors sevrés, sont en quête d’un territoire. 

NAISSANCES PRINTANIÈRES 

L’endroit de mise bas de la martre est très bien caché. Il peut aussi bien se situer dans une fissure au pied d’un arbre mort que dans un trou de pic; il est donc difficile de savoir avec précision ce qui s’y passe exactement. «La martre utilise les cavités des arbres pour mettre bas sa progéniture. Je n’ai personnellement jamais eu l’occasion de suivre cette période sensible, précise Bastien Siggen. Il est intéressant de noter que cette espèce a une gestation différée. La fécondation a en effet lieu entre les mois de juin et d’août, puis se met en dormance jusqu’en février. La martre donne ensuite naissance à ses petits – ils sont en général entre un et six – entre mars et avril. Cette espèce étant solitaire, c’est la femelle qui a la charge de nourrir et d’éduquer les jeunes.» 

RÉGIME ALIMENTAIRE VARIÉ 

Observer une martre chasser en plein jour est plutôt rare. Le prédateur, immobile et silencieux, se tient volontiers perché sur une souche ou les branches basses d’un sapelot et se fie à son ouïe pour repérer les rongeurs dans la végétation. L’animal fait parfois un bond de plusieurs mètres pour les capturer. «Mulots et campagnols constituent son plat de résistance. Lièvres, insectes, grenouilles et lombrics viennent compléter le menu. La martre dérobe aussi volontiers des oeufs d’oiseaux et chasse l’écureuil – elle est considérée comme le plus agile des mammifères – ainsi que des oiseaux. J’ai également pu la voir sur la carcasse d’un cerf, probablement tué lors d’une collision avec un véhicule.» L’espèce se montre toutefois très éclectique dans son régime alimentaire. «Durant la belle saison, la martre se nourrit à 75% de baies, champignons et fruits.» 

PAS DU TOUT NUISIBLE 

La martre n’est pas protégée par la législation suisse. Elle n’est pas non plus menacée, bien qu’elle ait été longtemps été considérée, à tort, comme un animal nuisible. «Le développement des activités humaines et la destruction de son milieu sont des facteurs plus néfastes sur l’espèce que la chasse. Ce petit carnivore ne commet pas de dégâts sur les animaux de rente et n’est pas source de nuisances pour l’homme en raison de l’habitat qu’il privilégie et qui est souvent éloigné des agglomérations. On ne le trouvera donc jamais à ronger les câbles des moteurs de voiture, pas plus que dans de squatter les soupentes des toits», conclut Bastien Siggen. 

Martre
En pleine chasse au campagnol, cette martre fait montre d’une concentration sans faille. Ce magnifique mustélidé se fie à ses sens extrêmement développés pour repérer ses proies. La bavette orangée est typique de cette espèce qui atteint l’âge de 10 à 15 ans dans la nature

Daniel Aubort