Nombre de personnes sont victimes de stress chronique. Dans la campagne vaudoise, une thérapeute propose un accompagnement inédit avec des ânes, afin d’apprendre à ralentir le rythme.

Têtu comme un âne: qui n’a jamais entendu cette expression? Le caractère particulier de cet animal en fait pourtant un allié de choix pour aider des personnes en souffrance à surmonter leur mal-être. À Servion (VD), Véronique Julier, infirmière zoothérapeute, tire notamment parti de leur douceur pour accompagner les personnes victimes d’un burn out dans la gestion de leur stress. «Nombre d’entre elles cherchent un complément ou une alternative aux thérapies médicamenteuses, souligne la professionnelle. Certaines ne sont pas prêtes pour une psychothérapie classique. Cet équidé est un médiateur qui facilite l’accès à la parole.» 

Il impose son rythme 

L’âne a en outre la capacité unique d’inviter le patient, le temps d’une séance, à ralentir sa vie trépidante. Impossible en effet de presser le pas: c’est lui qui dicte son rythme. Anne, qui est en arrêt de travail depuis plusieurs semaines, en fait l’expérience lors d’une sortie en extérieur. «Marcher lentement est éprouvant pour quelqu’un de nerveux comme moi, constate-t-elle. Mais le calme de l’âne m’apporte peu à peu, par mimétisme, un sentiment d’apaisement.» Balthazar, un âne miniature, s’arrête régulièrement pour contempler son environnement. Anne est alors obligée d’abandonner un objectif précis, à savoir effectuer tel parcours à telle vitesse, pour seulement apprécier l’instant présent. «J’ai l’habitude de carburer à 200%, avec des idées qui fusent en permanence dans tous les sens, témoigne-t-elle. Grâce à cet animal, j’arrive mieux à fixer mon attention sur un élément spécifique, en tentant d’observer ce qui l’intrigue. Ces séances me permettent ainsi d’arrêter de ruminer des pensées négatives.» 

Savoir refuser 

De par leur caractère entier, les ânes permettent également d’apprendre à oser dire non. «Souvent, les personnes en burn out ont l’habitude de s’engager à fond, avouant avec difficulté avoir atteint leurs limites, observe Véronique Julier. Elles éprouvent un fort sentiment de culpabilité à refuser une tâche. L’âne leur montre qu’il est possible d’affirmer son refus de ce dont on ne se sent pas capable.» Cet animal ayant une conscience aiguë de ses propres limites, il ne passera jamais à un endroit où il se sent en danger. Anne l’expérimente après la sortie en extérieur. Elle doit alors effectuer un parcours semé d’obstacles avec Balthazar. Si les premiers enchaînements se déroulent à merveille, ce dernier passant sans souci sur une bascule, slalomant entre des piquets et enjambant un tronc, il résiste obstinément à l’idée de mettre un sabot sur une bâche. 

«Rencontrer une telle opposition, qui peut générer de la frustration, oblige à mobiliser des ressources de patience, relève la thérapeute. Revoir ses priorités, peut-être accepter simplement de ne rien faire ce jour-là, est un apprentissage en soi. Dans la vie actuelle, où chaque moment est planifié, les personnes ayant vécu un burn out sont vite déstabilisées si un grain de sable se glisse dans leur quotidien. L’âne, en demandant sans cesse de revoir ses intentions, aide à développer ses capacités d’adaptation.» 

Privilégier la relation 

Anne modifie alors sa stratégie pour obtenir la collaboration de l’équidé. En choisissant de franchir l’obstacle dans l’autre sens, en direction des ânes Melchior et Gaspar, elle arrive facilement à convaincre Balthazar de marcher sur la bâche. Changer de perspective a permis d’apporter à son partenaire un sens à l’exercice: rejoindre ses compagnons. «Cette notion devrait être retranscrite dans la vie réelle, explique Véronique Julier. Mais atteindre ou non l’objectif n’a aucune influence sur la qualité de notre relation avec l’âne. Le plaisir de celui-ci réside uniquement dans le lien qu’on a créé, sans notion de réussite ou d’échec.» Pour les personnes qui traversent une étape de leur vie où elles sont particulièrement fragiles, il est rassurant de voir qu’un âne aussi est peu téméraire face à l’inconnu. Il a besoin de temps pour observer ce qui l’inquiète, analysant chaque situation. «Souvent, les gens en burn out se dévalorisent. Avoir comme miroir un animal qui n’est pas pleinement performant peut être déculpabilisant.» 

De retour chez elle, Anne va essayer de mettre en pratique les principes travaillés auprès des trois ânes de Véronique Julier. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’ils se nomment comme les rois mages Melchior, Gaspar et Balthazar. «Chaque jour, ils nous offrent des trésors de sagesse!»

Ânes

Ànes
Infirmière spécialisée en zoothérapie, Véronique Julier accueille des patients qui souffrent de burn out. Avec l’aide de ses trois ânes, elle leur permet de reprendre pied dans la vie.

Des sessions structurées

Une séance débute en général par un temps de parole, où thérapeute et patient abordent la problématique de ce dernier. Ce moment permet de faire le bilan depuis la dernière rencontre et d’évoquer les points à travailler de manière plus spécifique. Ensuite, le patient va au contact avec l’animal, en prenant part à une activité plus ou moins dynamique: parcours d’obstacles, balade en extérieur ou séance de méditation entourée des ânes. La session se termine par un débriefing au cours duquel le thérapeute met des mots sur ce qui a été expérimenté avec l’animal. L’objectif est de repartir avec des outils concrets à transposer dans sa vie. 

+ D’INFOS Centre romand d’asinothérapie et médiation par l’animal: www.asinotherapie.ch 


De multiples zoothérapies

Si les ânes sont fréquemment utilisés, ce ne sont de loin pas les seuls animaux à intervenir. Lamas, chevaux, chiens, lapins et même poules permettent d’améliorer la santé mentale, émotionnelle et physique des patients. Chaque espèce a ses spécificités et permet de travailler avec une approche différente. Le thérapeute choisit l’animal en fonction de ses propres affinités et des activités qu’il souhaite développer. Un chien ou un cochon d’Inde conviennent par exemple mieux à des séances avec des personnes âgées en EMS. Quant au cheval, il demande une infrastructure conséquente et exige que les patients se déplacent. À noter que la zoothérapie n’est pas remboursée par les assurances maladie.


Véronique Curchod