La station valaisanne de soins pour oiseaux a trouvé un emplacement aux Marécottes où s’installer durablement. Les accueils ont pu reprendre, même si la crise du coronavirus n’a pas facilité les choses. 

Cet après-midi, mission bandage pour un jeune merle qui souffre d’une fracture à l’aile. Les deux fondatrices de Nouvel Envol le manipulent délicatement: pendant que l’une le tient dans ses mains, l’autre pose une attelle. «Maintenant, il ne reste plus qu’à croiser les doigts et attendre.» Mélanie Fellay et Aurélie Berthod chuchotent dans la caravane de l’association Nouvel Envol posée à côté du zoo des Marécottes (VS). «De l’extérieur, on ne dirait pas, mais c’est un véritable petit hôpital», relèvent-elles. Une quinzaine de caisses en plastique grillagées occupent l’intérieur de la roulotte. Des piaillements de plusieurs tonalités s’en échappent. Sur les caisses, un écriteau précise l’espèce, le régime alimentaire, les précautions à prendre pour chaque oiseau. Dans les tiroirs et les armoires, un attirail médical composé de seringues, pinces à épiler, bandes élastiques, coupelles et plateaux en inox. Épaulées par une vétérinaire, c’est dans ces quelques mètres carrés que les deux Valaisannes prennent soin des centaines de volatiles blessés qui leur sont apportés chaque année de tout le Valais. «Récemment, les chats ont fait énormément de dégâts, déplore Mélanie Fellay. Ces attaques sont parmi les plus mortelles.» 

À l’extérieur trônent trois volières de réadaptation. Les oiseaux en convalescence y passent plusieurs semaines, voire des mois dans les cas les plus graves. Les bénévoles de l’association observent leur comportement et s’assurent que les immatures ont retrouvé leurs instincts sauvages. S’ils se perchent pour dormir ou s’éloignent à l’approche d’un humain, un grand pas est fait dans leur convalescence. Dès qu’ils seront capables de voler convenablement, ils seront relâchés dans leur milieu naturel. Une trentaine de personnes se relaient tous les jours bénévolement pour nourrir, soigner et rééduquer ces pensionnaires. 

Enfin un endroit où se poser 

Le 1er mai, les accueils ont donc repris à Nouvel Envol et le téléphone de la permanence sonne entre quinze et vingt fois par jour. Mais pour la première fois depuis l’éclosion du centre de soins en 2016, ses responsables ont un souci en moins. Finis, les emplacements provisoires qui ont hébergé la station jusque-là. En avertissant ses partenaires d’une fermeture imminente, l’association a attiré l’attention de l’un d’eux, qui lui a déniché un terrain, aujourd’hui définitif. 

De quoi envisager un avenir plus serein pour Mélanie et Aurélie qui peuvent concentrer les efforts sur d’autres objectifs. Les deux jeunes femmes ont ainsi profité pour faire grandir Nouvel Envol. Elles ont trouvé des bénévoles pour se consacrer à la recherche de fonds, à la sensibilisation du public à leur action et à la communication. Se faire connaître reste un enjeu majeur. «On alimente notre page Facebook, on contacte des vétérinaires et d’autres associations pour qu’un maximum de gens pensent à nous», relèvent les chevilles ouvrières de l’association. 

Si l’implantation aux Marécottes devait régler bien des problèmes, la crise du coronavirus a généré un obstacle inattendu. Nouvel Envol fonctionne beaucoup grâce à des bénévoles du Service volontaire international (voir l’encadré ci-contre). L’association comptait donc sur ces derniers pour reprendre ses activités à la mi-avril déjà. La fermeture des frontières a compromis la venue de ces renforts, obligeant Mélanie et Aurélie à recruter en Suisse romande. Heureusement pour elles, des personnes au chômage technique ou ayant perdu leur emploi ont répondu à l’appel. Après quelques semaines de formation, les équipes recomposées étaient opérationnelles et la station de soins a pu rouvrir ses portes à peine un mois plus tard que prévu. «On a retenu une leçon de tout ça. Les volontaires de l’étranger seront toujours les bienvenus, mais il est nécessaire qu’on ne dépende plus seulement d’eux», conclut Mélanie Fellay.

Instruments

Oiseau

Soigneuses d'oiseau
Mélanie Fellay et Aurélie Berthod posent une attelle à un jeune merle souffrant d’une fracture de l’aile. L’oiseau sera gardé au centre de soins le temps nécessaire à ce qu’il guérisse puis sera relâché dans son milieu naturel.

Collaboration demandée

Nouvel Envol n’est pas en mesure de se déplacer pour récupérer des animaux blessés. Elle demande donc de les amener aux Marécottes. Avant de se rendre sur place, il est toutefois nécessaire d’appeler l’association pour un premier contact et un diagnostic. Le site internet du centre de soins regorge de conseils sur la manière de capturer et de transporter un oiseau blessé. + D’INFOS www.nouvelenvol.org 


Questions A

Annabelle Marquois, coordinatrice Europe auprès du Service volontaire international 

Comment le Service volontaire international (SVI) et Nouvel Envol ont-ils commencé leur collaboration? 

J’ai découvert cette association en prospectant sur Facebook. Je cherchais des opportunités de mettre en place des volontariats dits de «long terme». Il y a très peu de projets de ce genre en Europe, la plupart se limitant à accueillir des volontaires pour deux semaines durant la belle saison. J’ai alors contacté Mélanie Fellay, qui s’est montrée intéressée. 

Qu’est-ce qui motive les personnes que vous encadrez à choisir Nouvel Envol? 

Les volontariats sur la thématique de l’environnement et de la protection de la faune sont très demandés. À la station de soins, les bénévoles ont par ailleurs la possibilité d’acquérir une foule de connaissances sur les oiseaux, quel que soit leur bagage à la base. Enfin, et c’est un critère central pour le SVI, Nouvel Envol accueille des volontaires en offrant des conditions qui réduisent au maximum le coût de leur séjour. 

Quel retour avez-vous eu des personnes qui ont tenté l’expérience? 

Les échos sont très positifs, la plupart disent avoir énormément appris. Les volontaires apprécient de pouvoir suivre le rétablissement des oiseaux. De plus, le cadre et l’ambiance semblent leur avoir particulièrement plu. 

+ D’INFOS www.servicevolontaire.org 


 Valentine Zenker