Si l’exotisme séduit nombre de nouveaux propriétaires, on aurait tort d’oublier les races locales. Notre pays présente en effet une belle diversité de chiens, qui mérite d’être redécouverte.

Si l’on devait ne citer qu’un seul chien originaire de Suisse, le saint-bernard serait probablement celui qui viendrait le premier à l’esprit. Bénéficiant d’un fort capital sympathie, il peuple en effet notre imaginaire. Qui ne connaît pas son courage légendaire pour venir en aide aux voyageurs égarés dans les Alpes? Pourtant, réduire les canidés helvétiques à cet unique représentant ne rendrait pas hommage à la grande variété de races de notre pays. Chiens de garde, de troupeau, de chasse ou de compagnie: chaque futur propriétaire peut trouver un animal qui convient à ses attentes parmi ceux qui sont estampillés «Swiss Made». 

Située à un carrefour géographique, la Suisse a vu passer en effet un flux migratoire important au cours des siècles passés. Les Romains ont ainsi fortement contribué au développement de plusieurs races indigènes, emmenant dans leurs bagages des chiens aux provenances lointaines. «Le saint-bernard descendrait d’un molosse de la Haute-Assyrie, du type du dogue du Tibet, note l’éleveuse Rachel Lüthi, de Marchissy (VD). On imagine que certains spécimens ont été importés en Grèce, puis à Rome, d’où ils se seraient dispersés en Europe via les légions romaines et le commerce.» Le bouvier bernois posséderait aussi des origines similaires. Les soldats et marchands auraient également apporté dans leur sillage des chiens de chasse provenant de la vallée du Nil. Ceux-ci ont donné naissance au chien courant suisse, dont les racines sont très lointaines. 

Tournés vers l’avenir 

Ces anciennes races ont su pour une part s’adapter à l’évolution des besoins de la société, réussissant leur reconversion comme animaux de compagnie, à l’image du bouvier bernois. Ce n’est cependant pas le cas de toutes, certaines faisant face à un fort déclin. «Les chiens courants suisses ont vu ces trente dernières années le nombre de naissances chuter de 80%, regrette Bruno Émonet, éleveur à Sembrancher (VS). Je suis inquiet à terme pour la survie de la race. Des réflexions sont en cours pour stimuler un regain d’intérêt, notamment auprès des chasseurs.» 

Innovants, des éleveurs suisses se sont également engagés ces dernières décennies pour créer et faire reconnaître de nouvelles races, comme le berger blanc suisse. Dernier-né, le continental bulldog a été conçu par une éleveuse saint-galloise. «Ce chien rencontre un franc succès, se réjouit Thomas Tschanz, président du club suisse de la race. L’objectif est de proposer un molossoïde de taille moyenne, qui soit sportif et ne souffre pas de problèmes respiratoires, contrairement à nombre de races brachycéphales.» Vu la popularité des chiens de ce type, le continental bulldog est promis à un bel avenir.

Le bouvier de l’Entlebuch
Le bouvier de l’Entlebuch fait partie des quatre races indigènes de bouviers.

Quatre races à adopter

Berger blanc suisse
Le berger blanc suisse D’un blanc immaculé, ce chien est un grand sportif qui apprécie les longues balades. Sa morphologie est semblable à celle du berger allemand. Si ses origines remontent à plus d’un siècle, son standard officiel a été reconnu en 2011. Doté d’une grande sensibilité, il supporte mal la solitude.
Le Bouvier bernois
Le Bouvier Bernois. Chien de ferme par excellence, il était apprécié pour sa polyvalence, gardant les bovins et transportant les boilles de lait sur une charrette. Facilement reconnaissable à sa robe noire tricolore mi-longue, il est un bon compagnon apprécié pour son tempérament affectueux et calme.
Le chien courant suisse
Le chien courant suisse De taille moyenne, ce chien a été sélectionné depuis des siècles pour la chasse, notamment au lièvre. Endurant, vif et joueur, il aime se dépenser, tout en étant docile et attaché à son maître. La race admet quatre variétés, qui se distinguent par la couleur de leur robe.
Le Saint-Bernard
Le saint-bernard Élevé par les chanoines du Grand-Saint- Bernard (VS), ce chien descend du mâtin du Tibet. Malgré son gabarit imposant qui en fait un bon gardien, cet emblème des Alpes est doux et patient, en particulier avec les enfants. Pouvant atteindre 80 kg, il faut néanmoins un grand espace pour l’accueillir.

En chiffres et en dates

Les races indigènes 

  • 7 races reconnues par la Fédération cynologique internationale (FCI). 
  • 4 races de bouviers: le bouvier bernois, l’appenzellois, le bouvier de l’Entlebuch et le grand bouvier suisse. 
  • 4 variétés de chiens courants suisses: le bruno du Jura, le chien courant bernois, le lucernois et le schwytzois. 
  • 1708: première mention du saint-bernard . 
  • 2004: naissance de la race suisse la plus récente, le continental bulldog, qui devrait être admis en 2020 par la FCI. 
  • 2011: la FCI reconnaît le berger blanc suisse.

Questions A....

Bertrand Leidi, éleveur de grands bouviers suisses à Siviriez (FR) 

En quoi se distinguent les quatre races de bouviers suisses? 

Leur morphologie, leur taille et leur caractère diffèrent, alors que leur robe tricolore est identique. L’entlebuch, le grand bouvier suisse et l’appenzellois, qui sont à poil court, posséderaient des gènes similaires qui évoquent un ancêtre commun ou des croisements entre eux, contrairement au bouvier bernois, au pelage long. Tous étaient utilisés dans le milieu agricole, mais chacun avait sa spécificité: l’entlebuch et l’appenzellois excellaient pour déplacer les troupeaux, alors que le grand bouvier suisse était utilisé pour les garder contre les prédateurs ou comme animal de bât. Le bouvier bernois allait de son côté amener seul le lait à la laiterie. 

Ont-ils réussi leur reconversion comme animal de compagnie? 

Certainement, car ce sont des chiens avec un caractère en or qui s’adaptent bien à la vie de famille. Ils sont faciles à éduquer et doux avec les enfants. Un grand bouvier suisse, c’est 50 kg d’amour, un vrai pot de colle! Cette race rencontre d’ailleurs du succès à l’étranger. Malheureusement, l’entlebuch et le grand bouvier suisse – qui compte moins de 600 individus inscrits au Livre des origines suisses – manquent de visibilité en Suisse romande et peinent à s’y développer.


Véronique Curchod