D’un arbre en pleine falaise tombent les cris de ce redoutable rapace. L’été est la période où les jeunes prennent leur indépendance. Zoom sur une espèce discrète, qui a failli disparaître du pays il y a quelques décennies. 

Le plus grand de Suisse

Sa robuste constitution le distingue d’autres membres de sa famille, comme le faucon crécerelle ou le faucon hobereau, d’allure beaucoup plus frêle. Le monitorage mené sur cette espèce a permis à Julia Wildi, biologiste spécialisée en écologie et en conservation, de découvrir la vie de cet oiseau difficile à observer. «Le faucon pèlerin appartient à la famille des falconidae, un groupe de rapaces diurnes reconnaissables à leur silhouette aux ailes pointues. C’est le plus grand faucon de Suisse, avec une envergure allant de 89 à 113 cm. Le mâle, plus petit que la femelle, pèse environ 600 g alors que cette dernière peut atteindre un poids de 1,3 kg. Ils forment un couple fidèle, qui garde le même territoire tout au long de sa vie. Le record d’âge pour l’espèce est de 17 ans et 4 mois.» 

Prédateur de haut vol

Ce faucon fait partie des prédateurs spécialisés qui s’attaquent à une catégorie de proies bien définie, en l’occurrence des oiseaux. «Cela va de petits passereaux de quelques dizaines de grammes de la taille d’une fauvette à des plus grands, tel le pigeon ramier qui peut peser 500 g, poursuit la spécialiste. Ce rapace a d’ailleurs une prédilection pour les palombes, ce qui peut mener à des conflits avec les éleveurs de pigeons. En vol, il prend de la hauteur et utilise sa vue perçante pour repérer une proie potentielle croisant en dessous de lui. Une fois cette dernière en vue, il plonge alors sur elle à une vitesse pouvant atteindre 300km/h. L’impact suffit à la tuer. Il chasse aussi depuis un perchoir, souvent un arbre mort au sommet d’une falaise ou le faîte d’un toit d’immeuble élevé.» 

Nidification vertigineuse

La difficulté d’observation du faucon pèlerin tient à son habitude d’établir ses quartiers dans les parois rocheuses. «Sa nidification se déroule essentiellement en falaise, parfois aussi sur des bâtiments. Elle débute plus tôt que chez la plupart des autres oiseaux. Le mâle doit d’abord prouver sa valeur en offrant des proies à sa partenaire. Le couple accomplit des parades aériennes faites d’acrobaties et de piqués. La ponte a lieu de fin février à début mars. Les oeufs éclosent en avril, ce qui correspond au pic de passage des oiseaux migrateurs, moment où la nourriture est la plus abondante. La femelle réalise le gros du travail d’incubation (29 à 32 jours). Pendant ce temps, le mâle la nourrit régulièrement ou prend sa relève afin qu’elle puisse se nettoyer, s’étirer les ailes ou aller chasser à son tour.» 

Apprentissage de la vie

À l’exemple d’autres espèces d’oiseaux nidicoles, les parents nourrissent et s’occupent de l’éducation de leurs poussins. «La femelle reste auprès d’eux pour éviter qu’ils n’aient froid ou se fassent prédater par le grand corbeau. Le mâle, quant à lui, apporte la nourriture. Les oisillons devenus suffisamment grands, les deux parents les nourriront puis leur apprendront à chasser, signale l’ornithologue. Les jeunes quittent le nid à l’âge de 40 jours en moyenne. Au début, ils se concentrent sur l’apprentissage pas évident du vol, mais, une fois à l’aise, ils sont nourris en plein ciel. Ils s’entraînent ainsi à manoeuvrer pour parvenir à capturer leurs propres proies dans les airs par la suite. Cet apprentissage dure deux mois et demi. Courant août, une bonne partie des jeunes ont pris leur indépendance.» 

Un rescapé du DDT

Entendre l’appel d’un jeune prêt à quitter le territoire familial au mois d’août est un privilège que les ornithologues estiment à sa juste valeur. Membre du Groupe des jeunes de la société Nos Oiseaux, qui propose des sorties une fois par mois dans toute la Suisse romande, Julia Wildi sait le triste destin qu’aurait subi l’espèce en Suisse si des mesures n’avaient pas été prises dans les années 1950. «La raison principale de sa quasi-extinction était l’utilisation du DDT, un pesticide désormais strictement interdit. Au sommet de la chaîne alimentaire, les faucons pèlerins s’intoxiquaient en mangeant leurs proies. L’un des effets sur les oiseaux empoisonnés était la fragilisation de leurs oeufs. Leurs coquilles se brisaient durant la couvaison.» Depuis, la situation s’est heureusement améliorée et les effectifs suisses de cette espèce sont estimés à ce jour à environ 300 couples. 

Faucon Pélerin
On sent toute l’intensité du regard des rapaces chez ce mâle de faucon pèlerin installé sur son perchoir d’observation. On peut aussi remarquer sur sa gorge et autour du bec de petites macules rouges, indices d’un récent repas.

Daniel Aubort