Un insecte jaune et noir s’intéresse de près aux fleurs que nous cultivons. Rien à redouter de cet adepte du vol stationnaire, ce n’est pas une guêpe, à laquelle il ressemble, mais un syrphe, diptère parfaitement inoffensif. 

HABILE MIMÉTISME 

Dans le contre-jour d’un sous-bois, des insectes semblent suspendus à un fil. Une fois posés, ils se laissent admirer de près. «Les Syrphidae, ou syrphes, sont classés dans l’ordre des diptères et non celui des hyménoptères, telles les guêpes avec lesquelles ils sont bien souvent confondus, explique Lisa Fisler, collaboratrice scientifique au Centre suisse de cartographie de la faune et à l’association de la Grande Cariçaie. Les Syrphidae ressemblent aux abeilles, aux guêpes ou même aux frelons. Ce mimétisme leur évite l’attaque de prédateurs ayant appris par expérience l’agressivité, le goût répulsif ou la nocivité des hyménoptères.» Bien que fréquemment habillés des lignes jaunes et noires des guêpes, les syrphes ne piquent pas! 

CYCLE DE VIE PARTICULIER 

Les syrphes sont des insectes dits à «métamorphose complète». «Les adultes pondent des oeufs. Les larves qui éclosent passent par trois phases de développement. Puis les larves subissent une métamorphose complète (la pupe), avant d’atteindre le stade adulte. La grande majorité des Syrphidae ont une ou deux générations par année. Certaines espèces ont un cycle de deux semaines, d’autres, très rares, en suivent un étalé sur deux ans. Elles hivernent au stade de larve, de pupe, ou d’adulte selon les espèces. Elles entrent en principe dans un mode dit de «diapause» durant laquelle toutes les fonctions du corps sont mises en repos en saison hivernale. Cependant, certaines espèces migrent au sud en automne pour profiter des températures plus douces», détaille la scientifique dont le master en biologie a justement porté sur la migration des syrphes. 

NECTAR POUR NOURRITURE 

La manière dont un syrphe s’intéresse à une fleur est surprenante. En vol stationnaire, il touche brièvement la corolle de ses pattes. Il avance, recule, à la manière des colibris, avant de se poser. «Au stade adulte, les syrphes se nourrissent de nectar et de pollen, parfois de miellat de puceron ou de coulée de sève qu’ils aspirent par des pièces buccales de type suceur. Les astéracées, tels les pissenlits, ou les apiacées, comme la carotte, leur conviennent très bien, mais on les retrouve sur presque toutes les fleurs. Quelques syrphes ont des pièces buccales allongées leur permettant d’atteindre le nectar de fleurs à corolle profonde. Il existe même une orchidée au Brésil qui est exclusivement visitée et pollinisée par deux espèces de Syrphidae 

UN VOL STATIONNAIRE 

«Chez les syrphes, l’évolution a transformé la seconde paire d’ailes en balanciers. Ceux-ci s’agitent durant le vol et servent à stabiliser l’insecte tout en donnant des informations sur la rotation du corps. Ils sont particulièrement importants dans cette famille qui pratique le vol stationnaire.» Déterminer une espèce de syrphe à vue est ardu. Les entomologistes utilisent le microscope. L’analyse par l’ADN sert surtout à décrire de nouvelles espèces. Cette famille est vaste: «Il existe plus de 470 espèces en Suisse, environ 800 en Europe et plus de 6000 dans le monde. Les Syrphidae sont loin d’être tous recensés et de nouvelles espèces sont découvertes chaque année, y compris en Europe.» 

INSECTE À FAVORISER 

Il n’y a pas de liste rouge des Syrphidae en Suisse ni à l’échelle européenne, selon les critères de l’Union internationale pour la conservation de la faune. «Chaque canton a sa législation concernant les insectes. Ils sont mieux protégés dans certains d’entre eux que dans d’autres, fait remarquer Lisa Fisler. Certains syrphes sont toutefois menacés. Planter des astéracées et des apiacées sur un balcon ou dans son jardin favorise ces beaux insectes. Plus un jardin est diversifié – étang, jachères, vieux arbres fruitiers – plus grande sera la diversité des Syrphidae présente, car les insectes adultes choisissent des sites de reproduction très variés.» Lorsqu’un syrphe se pose sur votre main, il ne vous veut aucun mal, il n’est qu’en escale. Ne l’écrasez pas mais profitez de l’observer!

Les syrphes
Les syrphes sont dotés de pièces buccales de type suceur leur permettant d’aspirer le nectar des plantes comme on les voit sur cette image de «Sphaerophoria sp» femelle. Elles se rétractent sous la tête au repos. La minuscule sphère jaune visible entre l’aile et la patte est une aile transformée. Elle sert de balancier pour stabiliser le vol de l’insecte.

Daniel Aubort